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Issa Hayatou: Trois Coupes du monde en Afrique, un immense privilège »

Issa Hayatou President de la CAF

Issa Hayatou President de la CAF

Cafonline.com. Monsieur le Président, cette trilogie constitue-t-elle à vos yeux un aboutissement, une apothéose pour le football africain ?

Issa Hayatou. « Très sincèrement c’est une immense joie pour nous tous, mêlée d’une énorme responsabilité. Dans le monde de la FIFA très attaché désormais à la rotation des continents, je pense qu’il s’agit là de la récompense aux efforts que nous n’avons cessé de déployer les uns et les autres pour renforcer la crédibilité de notre football à tous les niveaux, pour améliorer sans cesse la qualité de nos organisations et je tiens à remercier chaleureusement la FIFA et plus particulièrement son Président, Sepp Blatter, de la confiance dont elle nous honore aujourd’hui. A nous de ne pas trahir cette confiance, cet honneur et ce privilège. Je voudrais ici rappeler que l’Egypte qui accueille la Coupe du monde U-20 avait déjà été l’hôte de la Coupe du monde U-17 en 1997, que le Nigeria qui recevra fin octobre la Coupe du monde U-17 avait déjà fait de même avec les U-20 en 1999. Quant à l’Afrique du Sud, il y a quelques mois, elle a abrité la Coupe des Confédérations, répétition générale de la Coupe du monde. On ne peut donc pas parler d’aventure nouvelle, exception faite de la première Coupe du monde jamais organisée sur le continent africain qui est pour tous les Africains un intense moment de fierté. Il y a bientôt trente ans, feu le Roi Hassan II du Maroc disait que le sport permettait d’avancer plus vite que la diplomatie. Je ne suis pas loin de partager sa perception de notre rôle. Nous sommes de bons ambassadeurs des capacités de notre continent. Longtemps les autres nous ont relégués au rang de cireurs de banc, pour reprendre une expression très usitée dans les sphères du football. Je crois que par notre bonne volonté, notre acharnement, nous sommes devenus, en quelque sorte, des titulaires à part entière.
Maintenant, vous me demandez s’il s’agit d’un aboutissement. Ce n’est pas le terme que j’emploierai car, dans la vie, rien n’est jamais fini. Il faut travailler et travailler sans cesse pour bâtir, consolider, développer les acquis. Cette trilogie, comme vous l’appelez, est une étape, merveilleuse je l’accepte, mais une étape. Nous aurons d’autres conquêtes à réaliser dans le futur.

Cafonline.com . Cette année des trois Coupes du monde commence avec les juniors. Quand on consulte le palmarès, on s’aperçoit que jamais l’Afrique n’est parvenue à remporter le titre, même si le Nigeria et le Ghana ont joué, chacun, deux finales, alors qu’elle a souvent dominé la compétition des cadets avec un cumul de cinq couronnes, trois pur le Nigeria et deux pour le Ghana. En 1993, ces deux pays ont même disputé l’un contre l’autre la finale. Avez-vous une explication à cette étrangeté ?

Issa Hayatou. « Vous avez raison. Ce n’est pas très logique. Nos succès chez les plus jeunes ont attiré sur le continent des sergents recruteurs qui se sont empressés de faire signer des contrats à des gamins qui pensaient plus à l’argent qu’à leur carrière. Et les meilleurs, pas seulement eux, ont choisi ce départ, pour beaucoup, vers une aventure sans grands lendemains. Les joueurs n’y ont pas gagné grand-chose et le football africain a perdu une parie de son élite. Pourquoi pensez-vous que nous avons créé le CHAN ? Pour donner une perspective à moyen terme à nos joueurs, pour tenter de les retenir dans leurs pays et limiter l’exode. Nous ne pouvons pas leur interdire de partir, nos pays n’ont pas les moyens financiers de rivaliser avec les Européens en particulier même si je constate qu’il y a de plus en pus de mouvements horizontaux ou transversaux sur le continent même avec des salaires plus que respectables. Le mouvement de professionnalisation de nos championnats est en marche. J’espère que chacun y trouvera son compte au plus grand bénéfice du football africain ».

Cafonline.com. Une équipe africaine, championne du monde juniors, est-ce possible en Egypte ?

Issa Hayatou. « Evidemment. Ce serait même un formidable point de départ pour la trilogie que vous évoquiez plus haut. Cela nous permettrait de planter le décor, d’afficher nos ambitions, la première étant celle de gagner les trois Coupes du monde.

Cafonline.com . Dans la foulée des juniors, le Nigeria hébergera les cadets. Là, on ne se pose plus la question, une victoire africaine s’inscrirait dans la continuité. Mais les succès africains ont toujours été accompagnés de réserves sur l’âge réel des joueurs.

Issa Hayatou. « Des cas de tricheries qui ne concernaient pas seulement des équipes africaines ont été avérés. C’est une question extrêmement difficile. Je réponds sans hésitation que, s’i l existe un procédé entièrement fiable permettant de déterminer avec précision l’âge des joueurs, nous sommes immédiatement preneurs. Nous avons instauré le contrôle anti-dopage dans toutes nos compétitions, de la même manière nous le ferons pour que cesse cette tricherie qui porte atteinte à tous les acteurs du football africain. C’est une affaire qui relève des dirigeants que nous sommes. Ma détermination est grande. A ce propos, je vous rappelle que nous n’avons pas hésité à exclure le Niger, coupable de tricherie, lors de la dernière CAN U-17 en Algérie, alors que ce pays avait obtenu son billet pour les demi-finales et par là même celui pour la Coupe du monde. Nous sommes et nous serons impitoyables. Ces pratiques scandaleuses font trop de mal à nos pays à commencer par les autres joueurs. Chaque fois que nécessaire, nous sanctionnerons ».

Cafonline.com . Souvent les équipes qui se sont distinguées dans les catégories d’âges ont été dirigées par des entraîneurs locaux. On les retrouve pourtant rarement au sommet de la hiérarchie, à la tête des sélections A.

Issa Hayatou. « Vous me donnez l’opportunité de rendre hommage à tous ces éducateurs qui ont façonné nos footballeurs. On a toujours parlé à propos du football africain d’un football d’instinct. Ce n’est qu’en partie vrai. Il y a du travail. Vous savez beaucoup de nos jeunes ne sont, hélas, pas scolarisés. Ils passent leurs journées et une partie de leurs nuits balle au pied. C’est sans doute la raison pour laquelle ils sont plus matures que des jeunes Européens. Mais nombre d’entre eux sont également pris en main, leur ardeur est canalisée par des éducateurs, des entraîneurs qui les orientent, qui corrigent leurs défauts et souvent leur excès d’individualisme. Alors la CAF n’est pas là pour se substituer à chacune de ses cinquante-trois associations membres. Chaque pays est maître chez lui. Mais en instaurant une licence CAF pour les entraîneurs, nous pensons revaloriser la fonction d’entraîneur et faire en sorte que les nationaux aient toute leur place dans cette profession. En 1996, le Nigeria a été champion olympique avec un sélectionneur étranger ; quatre ans plus tard, le Cameroun l’a été avec un sélectionneur camerounais. Certains persistent à aller chercher très loin ce qu’ils ne savent pas avoir chez eux. C’est un débat qui nous concerne tous et qui dépasse le seul cadre du football ».

Cafonline.com. L’Afrique championne du monde U-20 en Egypte, championne du monde U-17 au Nigeria, il n’y aura plus pour compléter ce tableau idyllique que l’Afrique championne du monde tout court en Afrique du Sud…

Issa Hayatou. « Vivons au rythme de chaque épreuve et n’anticipons pas. L’idéal est toujours à venir. Soyons pragmatiques et ne nous laissons pas endormir par un rêve utopique. Nous ne sommes pas très loin du podium. Vous voyez que je ne parle pas de la plus haute marche. Notre responsabilité de dirigeants c’est que l’Afrique, terre d’accueil de ces trois grands rendez-vous, soit digne de la confiance qui nous a été faite. Le terrain, c’est autre chose. Certains techniciens avec lesquels j’en ai discuté m’ont affirmé qu’une équipe africaine serait championne du monde le jour où elle saurait gérer une compétition d’une aussi longue haleine, lorsqu’elle aurait appris à gérer ses matches et son temps dans la durée. Pour gagner, il faut du talent, de la volonté, de l’expérience, de la réussite et un environnement humain très compétent. Quand vous reprenez l’histoire de nos participations à la Coupe du monde, il faut être honnête, le Cameroun en 1990 et le Sénégal en 2002 n’ont pas été loin de jouer une demi-finale. Le niveau, nos équipes l’ont. Ce sont tous les petits restes, et ils sont nombreux, qui font la différence. Que nous réserve l’Afrique du Sud ? Je ne sais pas. Mais si votre hypothèse de triple couronne mondiale se réalisait, il nous resterait à améliorer ce qui doit l’être. C’est bien la raison pour laquelle je me refuse à parler d’aboutissement. Sachons simplement garder la tête froide et accorder notre confiance à tous nos bâtisseurs ».




 

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