9/26/09 BBC Afrique -
Un capitaine de l’armée ougandaise, le Pasteur Isaac Bakka, a relaté à la BBC le récit du raid israélien mené en 1976, à l’aéroport d’Entebbe, pour libérer une centaine d’otages.
Ce récit est intervenu en marge de la visite du ministre israélien des affaires étrangères, qui a déposé une gerbe de fleurs à la mémoire des personnes qui ont trouvé la mort durant l’opération.
“Trois otages et l’officier israélien qui dirigeait l’opération avaient été tués.
Le président ougandais de l’époque, Idi Amin, s’était insurgé contre ce raid mené à son insu.
A l’époque, j’étais aumônier de l’armée ougandaise.
Quand les preneurs d’otages ont atteri à Entebbe, ils ont été placés dans l’ancien bâtiment de l’aéroport.
Nous avons ensuite appris que des négociations étaient en cours et que le président Idi Amin assurait la médiation entre les preneurs d’otages palestiniens et le gouvernement israélien.
Le président Amin rendait visite aux otages de temps à autre.
Un bataillon de l’armée ougandaise avait été déployé dans l’aéroport, qui était fermé au trafic international car le gouvernement craignait de voir Israël se servir d’un avion de ligne pour tenter de libérer les otages.
Cette nuit-là, autour de minuit, toutes les lumières de l’aéroport se sont éteintes soudainement et on a entendu le bruit d’un avion.
Je pense que les Israéliens avaient initialement prévu que l’opération coïncide avec l’arrivée du président Amin qui rentrait de l’Ile Maurice, où il s’était rendu dans le cadre d’un sommet de l’Organisation de l’unité africaine.
Les Israéliens avaient un plan caché : prendre Idi Amin en otage, mais le président était arrivé un peu plus tôt.
Il voulait passer du temps avec les soldats à Entebbe pour assurer lui-même la direction des opérations.
Mais le chef d’état major de l’armée, qui doutait des intentions israéliennes, l’en a dissuadé et le raid a eu lieu, à peine 20 minutes après son départ.
Toute la zone était couverte de bruits assourdissants, on entendait des tirs et nos troupes avaient également commencé à ouvrir le feu durant quelque 15 à 20 minutes.
Division dans les rangs ougandais
Tout s’était passé très rapidement.
Deux avions avaient atterri et les soldats avaient pris d’assaut l’ancien bâtiment de l’aéroport où étaient détenus les otages.
Au bout de trois à cinq minutes, tous les pirates avaient été éliminés.
Tous les otages avaient alors été acheminés vers l’avion, de manière à ce qu’il puisse s’envoler le plus tôt possible, de crainte de voir arriver des renforts de l’armée ougandaise.
Mais les Israéliens ignoraient que l’opinion était divisée au sein du détachement de l’armée ougandaise qui avait pris position à l’aéroport.
Certains officiers à la tête du contingent, qui étaient de confession chrétienne, avaient ordonné aux soldats de ne pas ouvrir le feu sur les avions israéliens.
Ces commandants n’avaient pas trouvé sage d’engager un échange de tirs avec le commando israélien, de peur de voir les affrontements déborder sur la ville d’Entebbe.
Ils se disaient: “Laissons-les prendre leurs concitoyens et s’en aller”.
Pendant ce temps, le colonel israélien, Yoni Netanyahu, donnait des ordres du haut d’un bâtiment de l’aéroport.
Mais un officier de l’armée ougandaise qui se trouvait sur les lieux s’était rapproché discrètement de lui et l’avait tué par balle.
Il y avait eu des mouvements au sein des troupes israéliennes, mais l’opération s’était poursuivie comme si rien ne s’était passé.
Après le décollage des avions, nos hommes s’étaient précipités sur les lieux et avaient rétabli l’électricité dans l’enceinte de l’aéroport.
Finalement, nous avions découvert que 15 de nos soldats et deux officiers avaient trouvé la mort.
Aucune armée ne donne de bilan exact des victimes mais je suis en mesure de le faire car je faisais partie de ceux qui avaient préparé les corps avant de les placer dans des cercueils.”
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