Par Félix C. Ebolé |20 octobre 2009 | Mutations
Scandale financier : Deux cadres gabonais de la Beac dans de mauvais draps
Le cerveau des détournements au bureau de Paris interpellé le 6 octobre à Libreville, le sort de M. Moutsinga devrait être décidé cette semaine.
Une délégation d’experts de la Banque des Etats de l’Afrique centrale (Beac) devrait se rendre demain mercredi à Libreville, la capitale gabonaise, en vue d’auditionner Maurice Moutsinga, ancien directeur central de la comptabilité et du contrôle budgétaire de la banque centrale au siège de Yaoundé, dans le cadre du scandale de détournements financiers qui secoue l’institution depuis quelques semaines. La commission d’enquête considère ce retraité en poste de 2000 à 2007 comme «professionnellement responsable des fausses informations comptables entretenues dans les comptes de la Banque sur la période» concernée par ces tripatouillages, qui ont fait perdre à la banque centrale quelque 19 milliards de Fcfa. «C’est à l’issue de cet interrogatoire qu’il sera décidé du dépôt, ou non, d’une plainte» contre Maurice Moutsinga, a expliqué à Mutations, sous le sceau de l’anonymat, un haut cadre de la Banque centrale.
Contrairement à M. Moutsinga, dont le sort judiciaire n’est pas encore décidé parce qu’aucune plainte n’a encore été déposée contre lui, son acolyte et compatriote, Armand Brice Ndzamba, est aux arrêts depuis le 6 octobre dernier à Libreville. Comptable du bureau extérieur de la Beac à Paris (Bep) entre février 1994 et début 2009, il est présenté comme «l’homme clé» des détournements. En mai 2009, alors que des indiscrétions commencent à filtrer sur le scandale du Bep, M. Ndzamba, suspendu de ses fonctions, quitte discrètement Paris pour son Gabon natal, avec dans les valises le disque dur de l’ordinateur contenant des données comptables essentielles du Bep. Il est, surtout, accusé d’avoir émis près de 300 chèques frauduleux, à son nom propre et à celui de son épouse, avec une signature contrefaite entre 2004 et 2008 à partir du compte Bep de la Société générale de Paris, pour un montant avoisinant les 4 milliards de francs.
Montage financier
MM. Ndzamba et Moutsinga sont associés dans le cadre d’une société immobilière dénommée Sci-Les Nénuphars, qui dispose notamment d’un terrain de 2ha situé dans le quartier huppé de la Sablière à Libreville, qu’ils ont acquis à hauteur de 60 millions de francs auprès de la famille de l’ancien Premier ministre gabonais, Léon Mebiame. A travers un montage financier bancal, ils vont se servir de 7 chèques frauduleux émanant du Bep pour un montant de 3,5 milliards de francs, en vue de financer leurs opérations immobilières. «Des sommes très importantes ont été débloquées, notamment pour la couverture des dépenses engagées par la Sci pour le démarrage des travaux. Les contrôles de vraisemblance effectués sur place par la Banque de développement des Etats de l’Afrique centrale (Bdeac), relèvent une situation préoccupante dans la mesure où les factures présentées par la Sci pour justifier les règlements qu’elle aurait effectués sont douteuses.
Les matériels qui devaient se trouver sur le chantier sont introuvables. Les travaux sont demeurés au niveau de la fondation», relève le rapport d’audit commandité par la Beac. «Les choses devraient aller vite dans ce dossier», indique notre source. A la Beac en effet, les cas Ndzamba et Moutsinga sont considérés comme «une priorité», surtout à la veille du sommet des chefs d’Etat de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac) annoncé pour novembre prochain à Bangui en Centrafrique. Le «cas» Philibert Andzembe, le gouverneur de la Beac, devrait également être au menu de ces assises, lui que certains soupçonnent au moins de laxisme dans certaines manipulations financières et comptables, et dont la tête est demandée par le président équato-guinéen, Teodoro Obiang Nguema Mbasogo.
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