Par Bernard Batana | Vendredi 13 novembre 2009 | Le Messager
L’affaire a fait grand bruit au Cameroun et au-delà des frontières. On avait frôlé le pire parce qu’une forte mobilisation populaire s’était organisée autour de Celestin Monga et Pius Njawe. La justice était dans tous ses états. Le Messager avait osé, au moment du multipartisme naissant, publier dans ses colonnes un document dont le contenu était contre le régime. Suite à cela, l’auteur de la lettre Célestin Monga et le directeur de publication du Messager, Pius Njawe, connaîtront de pires ennuis. Célestin Monga a été interpellé à son domicile dans la matinée du 1er janvier 1991, au motif qu’il a commis dans le numéro 209 du journal Le Messager, une lettre très critique à l’endroit du président de la République Paul Biya, intitulée La Démocratie Truquée. Après avoir passé 48 heures dans les locaux de la police judiciaire de Douala, il est libéré le 3 janvier dans la matinée. Célestin Monga restera néanmoins sous contrôle judiciaire, le procureur général près de la cour d’appel du littoral lui ayant notifié qu’il ne pouvait quitter son domicile, encore moins la ville de Douala sans son autorisation.
L’enquête suit son cours. Et c’est au titre de cette enquête que le directeur de publication du Messager, Pius Njawe, est entendu dans la journée du 3 janvier à la police judiciaire de Douala. L’affaire Monga-Njawe-Le Messager reste la plus célèbre des affaires de la presse au Cameroun (Dieu seul sait qu’il y en a eu d’autres). Elle intervient au moment de la promulgation de la loi sur le multipartisme. Cela suppose que le délit d’opinion devrait désormais sortir du jargon juridique camerounais. D’ailleurs, juste quelques jours avant, au cours de son message de fin d’année, Paul Biya contribuait à lever toute équivoque : « Personne ne sera plus inquiété pour ses idées, ses opinions, ses convictions tant que celles-ci ne portent atteinte aux lois ni aux droits d’autrui. »
Malgré tout, la répression issue du parti unique va résister au débat contradictoire que recommande le multipartisme. En substituant au « délit d’opinion » les délits de « outrage à chef de l’Etat » ou alors « incitation à la violence », les chefs d’accusation qui pèsent sur Célestin Monga et Pius Njawe, le pouvoir politique-judiciaire venait de montrer la preuve que l’échafaudage démocratique prétendument mis en place n’est qu’un leurre. Sinon, comment comprendre que la moindre critique ou le moindre commentaire, dès lors qu’il ne plait pas aux tenants du pouvoir, ferait encourir à son auteur le risque d’être inculpé non plus pour subversion mais pour outrage à l’encontre du chef de l’Etat ou pour incitation à la violence ? Cette situation entretenue par des hommes politiques en quête de positionnement et des fonctionnaires à la recherche des postes, que Le Messager décriait dans ses colonnes il y a de cela 18 ans, a résisté à l’épreuve du temps et reste actuelle. La preuve c’est ce jeune enseignant qui a été jeté (pour outrage au chef de l’Etat) sans ménagement à la prison de Kondengui à Yaoundé pour avoir osé se plaindre du fait que les routes de Yaoundé étaient barrées pendant des heures en attendant le passage du chef de l’Etat. Au-delà de tout ceci, au-delà des malheurs de Monga, Njawe et toutes les autres victimes, les questions posées par le journal en 1991 gardent leur sens : Peut-on encore être victime du délit d’opinion au Cameroun ? La liberté de la presse est-elle garantie par la nouvelle loi ?
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