Lyes Menace| 17 Décembre 2009 | La Tribune (Algiers)
Après treize jours sans nouvelles de lui, Toumba, l’ancien aide de camp du capitaine Moussa Dadis Camara, a refait surface. Dans un entretien qu’il a accordé à Radio France internationale (RFI), Toumba, de son vrai nom Aboubacar Sidiki Diakité, a livré sa version des faits relatifs à sa tentative d’assassinat le 3 décembre contre Camara, qui est depuis soigné dans un hôpital militaire de Rabat, au Maroc.
Selon Toumba, toujours en cavale, le chef de la junte au pouvoir en Guinée voulait lui faire porter la responsabilité des massacres des 157 civils et le viol de plusieurs dizaines de femmes, le 28 septembre dernier à Conakry, a rapporté hier RFI dans un entretien exclusif de l’homme le plus recherché actuellement dans ce petit pays de l’Afrique de l’Ouest. «J’ai tiré sur lui parce qu’à un certain moment il y avait trahison totale [...] à mon égard. [...] Il a essayé de [faire] reposer toutes les charges des événements du 28 septembre [sur moi]», a déclaré Aboubacar Sidiki Diakité, joint au téléphone par RFI. Dadis Camara, président autoproclamé de la Guinée et chef du Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD, junte), avait été la cible d’une embuscade tendue par Toumba qui l’a grièvement atteint par plusieurs balles à la tête.
Camara qui rentrait chez lui le soir avait échappé miraculeusement à la mort et avait été directement évacué en urgence dans un hôpital militaire marocain. «C’est actuellement important parce que les événements du 28 septembre ont été montés [...]», affirme le militaire en fuite, précisant que le massacre ce jour-là de plus de 150 personnes et le viol de dizaines de femmes, selon l’ONU, lors d’un rassemblement de l’opposition au stade de Conakry avait été planifié par le chef de la junte. Il assure notamment que Dadis Camara a fait venir au stade des «hommes infiltrés par le pouvoir», dont «250 recrues» d’une école militaire «qui ont été habillées en tenue civile, munies d’armes blanches et qui ont causé d’énormes massacres». Toumba reconnaît avoir été au stade, mais affirme qu’il a tenté de calmer les forces de l’ordre, dont «tous les corps se sont mal comportés».
«La responsabilité individuelle que j’ai prise, c’était directement pour sauver les leaders [de l'opposition]», plaide-t-il. «Je ne compte pas me livrer, parce qu’ils [les dirigeants de la junte] ne veulent pas que la vérité soit connue. Ils préfèrent me tuer», a-t-il encore affirmé. Selon la thèse officielle en Guinée, il y a eu
«tentative de coup d’Etat», perpétrée par l’aide de camp du chef de la junte qui a montré du doigt les services secrets français sans apporter, évidemment, la moindre preuve. Des négociations sont en cours à Ouagadougou (Burkina Faso), mais la situation se complique davantage en raison du refus par la junte de céder le pouvoir à un civil.
You must be logged in to post a comment Login