Écrit par Irène Gaouda| Mardi, 02 Février| Le Jour
Frais de séquences, frais de vidange de toilettes ou de cours de répétition, rames de papier… les astuces ne manquent pas pour récolter de l’argent. Pour de nombreux parents d’élèves de Yaoundé, la gratuité de l’école primaire au Cameroun relève encore d’une vue de l’esprit. Serge Ngankaing a inscrit deux enfants…
à l’école publique des Sources de Biyem-Assi pour l’année 2009/2010. Samedi 30 janvier 2010, comme tous les samedis du mois, cet ingénieur agronome a déboursé 400 Fcfa pour ses deux filles. Frais destinés aux cours de répétition du week-end. Auparavant, il a payé 10 000 Fcfa pour, dit-on, « les cours de répétitions journalières».
D’ici la fin de l’année, ce parent d’élève aura dépensé pour les cours de répétition, environ 150 000 Fcfa. Ce qui, d’après l’ingénieur agronome « pose le problème de la gratuité de l’école aujourd’hui au Cameroun ». A l’école publique de Nkomo, par exemple, le chef d’établissement a fait signer deux notes. Astucieuse, la directrice « informe les maîtres à stimuler les élèves de manière douce à payer la contribution de 100 Fcfa destiné à la vidange des toilettes de leur école ». (Note numéro 34 du 22 février 2008). Et les parents ont intérêts à s’y plier, faute de quoi : «Leurs enfants n’auront pas leurs bulletins de note », poursuit la note.
Dans le même ordre d’idée, la directrice tient à ce que : « Les frais de séquences par élève soient payés à hauteur de 2 000 Fcfa pour les niveaux I et II et 3 000 Fcfa au niveau 3 ». Comme Elise Ntoulou, de nombreux parents ayant inscrit leurs enfants dans cette école ont donné de la voix. Sans succès. Car, d’après la responsable de l’établissement, « si ces parents estiment que l’école est gratuite, pourquoi ne demandent-ils pas à cet Etat d’acheter les fournitures scolaires à leurs enfants ? »
Les responsables de syndicat, eux, croient savoir pourquoi les chefs d’établissements multiplient des astuces pour récolter illégalement ce que l’Etat leur a refusé officiellement. D’après Laurent Essomba, le coordonnateur départemental du syndicat national unitaire des instituteurs et des professeurs des écoles normales (Snuipen), la difficulté viendrait du fait qu’il y a un manque d’organe de supervision des écoles. Le Conseil d’école créé en 2001 par la loi 041/du 19 février 2001, avait pour missions la supervision, le contrôle et l’évaluation du fonctionnement de ces écoles. 9 ans après sa création cependant, cet organe tarde à prendre corps.
Laurent Essomba : «Nous avons saisi le Premier ministre, la Conac, Transparency international…»
Le président du Syndicat national des instituteurs (Snuipen) parle des démarches entreprises .
Quelle solution a été trouvée aux doléances des parents d’élèves qui estiment que des chefs d’établissements leur exigent injustement de l’argent ?
Nous avons justement enregistré de nombreuses plaintes, allant de l’augmentation abusive des frais d’examen au paiement des cours. Les frais d’examen au Cep et au concours d’entrée en 6ème s’élèvent à 9 400 Fcfa. Rare sont les chefs d’établissement qui respectent cette donne. Le cas le plus flagrant, c’est celui de l’école publique du Camp Bové où les enfants ont versé 22 000 Fcfa de frais d’examen. A l’école publique d’Ekoumdoum, ainsi qu’à Nkomo, ils ont payé 12 000 Fcfa. A l’école privée Laruche, c’était 11 000 Fcfa. A l’école privée Noula, 15 000 Fcfa. La situation est pareille que ce soit à l’école publique d’Ekoudou à la Briqueterie, ou encore à Nkolbisson. Les plus modestes prennent 10 000 Fcfa. C’est le cas par exemple de l’école maternelle et primaire annexe d’Essos. Certains de ces directeurs se livrent au faux timbrage compostage. D’autres sont de connivence avec les faussaires qui leur fabriquent des faux compostages. Ce qui crée un grand manque à gagner au trésor public. Nous avons décidé de porter le problème auprès des autorités compétentes. On s’est plaint auprès du Pm, du préfet du Mfoundi, de l’Anif, de la Conac, de Transparency international. On a commencé à les convoquer au Commissariat des renseignements généraux (Crg). Il faudrait que chacun réponde de ses actes.
Pourquoi certains chefs d’établissements continuent de fonctionner en marge de la réglementation?
Il y a d’abord un problème de suivi. Ceux qui créent les lois ne s’assurent pas de leur mise en application. Peut-être parce que leurs enfants ne fréquentent pas ces établissements. Le Conseil d’Ecole a été crée depuis 2001. Personne ne descend dans les écoles pour voir son effectivité. Je suis par exemple membre d’un Conseil d’école à Nkolndongo. Je l’ai découvert en passant par cette école. On ne m’a pas contacté. C’est injuste.
You must be logged in to post a comment Login