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Ouest : Mboua Massok accueilli en héros à Dschang

Écrit par Honoré Feukouo| Jeudi, 11 Février 2010| Le Jour

La marche du père des villes mortes pour des élections transparentes au Cameroun l’a conduit hier dans le département de la Menoua. Mboua Massok avait les jambes moins lourdes que d’habitude, hier, mardi 9 février 2010, lorsqu’il parcourait le trajet Bafoussam-Dschang.

On avait peine à penser en l’observant gambader vers les habitants qui l’accueillaient avec joie, que c’est dep uis le 29 décembre 2009, qu’il effectue une marche de protestation à travers les différentes régions du Cameroun. L’optimum de sa cote de popularité, il l’a remarqué aux côtés des étudiants de l’université de Dschang. A ces jeunes qui ont massivement accouru dès que sa présence a été signalée dans la ville, il s’est présenté comme un orateur convainquant. Chacune de ses phrases était ovationnée par des étudiants. Les étudiants ont même collecté de l’argent, pour aller multiplier les tracts qu’il distribuait.

La chaleur de cet accueil a noyé l’inquiétude transparaissant sur son visage. Il redoutait de se retrouver de nouveau face aux forces de l’ordre, comme c’était le cas à Bamenda, le 27 janvier, et à Koutaba, le 4 février 2010.  Mboua Massok  d’un air amusé, s’est dit prêt à passer « pourquoi pas 2 ou 3 jours  en plus dans cette ville, pour satisfaire à toutes les demandes». Pourtant, son programme, qu’il s’emploie à respecter avec plus ou moins de rigueur, prévoyait qu’il allait parcourir le trajet Bafoussam, Dschang, Penka-Michel,  Santchou d’un trait, pour finir, avec l’escale du département de la Ménoua, dans la région de l’Ouest Cameroun. Comme il le reconnaît personnellement, c’est avec beaucoup de peine qu’il a parcouru ce trajet. Son visage radieux et sa barbe blanche étaient très vite identifiables par les riverains de l’axe lourd Bafoussam-Dschang. «Que pouvons nous faire pour sortir le Cameroun de cette misère ? », a lancé une femme qui se trouvait dans son champ situé au sommet d’une colline à Kong Zem. Dès qu’il l’a aperçue, Mboua Massok a réajusté son mini pantalon rouge,  resserré le brassard de la même couleur qu’il a noué au bras gauche. Sa chemise noire couverte de sueur, sans se presser, il a gravi la colline de pierres, pour s’entretenir avec le groupe de femmes qu’il y avait. Celles-ci l’ont écouté attentivement, en ramenant le débat sur les difficultés de l’agriculture en milieu rural : baisse de la production, faute d’engrais, routes cahoteuses qui ne permettent pas de commercialiser la récolte des champs…

Remontant le moral à ces interlocutrices, le père des villes mortes au Cameroun, va délivrer son message. C’est le même discours qu’il a  présenté aux étudiants et aux différentes personnes rencontrées sur son parcours, depuis quelques semaines, lorsqu’il n’est pas éconduit. Il distribue des tracts ou sont rédigées les 12 exigences préélectorales et les 5 interpellations qu’il adresse au peuple. Dans les exigences, on retient qu’il sollicite l’organisation, en toute transparence, l’élection présidentielle dès la fin du mandat en cours.  Il souhaite aussi la libre participation au processus de vote de tous les Camerounais sans aucune exclusive, dès lors qu’ils ont 18 ans et que soient exclus les candidats octogénaires. Il interpelle par la suite les Camerounais à s’approprier le cinquantenaire de l’Etat du Cameroun qui devrait se célébrer le 1er octobre 2011, ainsi que les élections présidentielles de 2011, par une inscription massive des candidats sur les listes électorales. C’est avec le slogan «le pas décisif», que le père des villes mortes au Cameroun, a initié la présente marche, avec pour objectif de parcourir 3000 km à pied à travers l’ensemble du territoire national camerounais. Il veut par cette nième marche qu’il initie, pousser les Camerounais à se réapproprier leur destin, loin du contrôle de la France. C’est ainsi qu’il justifie le nom de baptême qu’il a donné à la présente opération : «campagne nationale de souveraineté (Conaso)».

Lire l’interview ci-dessous.

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Mboua Massok : «Je suis un résistant et non un dissident »

Le père des villes mortes parle de la marche qu’il mène actuellement et des difficultés qu’il a déjà rencontrées sur son chemin.

Quelle est la signification de cette marche?
C’est une continuité d’action. En ce moment, nous sommes dans le cinquantenaire de l’indépendance du Cameroun, qui va se concrétiser en réalité le 1er octobre 2011 avec l’indépendance des 2 parties du Cameroun, contrairement à ce que certaines personnes pensent, lorsqu’elles évoquent la date du 1er janvier 1960. Cette date est  celle de l’indépendance partielle du Cameroun. Toutes ces 50 dernières années, notre pays, n’a pas été géré localement. Le Cameroun est encore géré par la France. Nos aïeux sont morts en combattant pour que notre pays ne demeure pas un département d’outre mer de la France. Il faut que les Camerounais se battent  pour reprendre en main les clés de notre pays. Voila pourquoi nous avons initié une marche qui repose sur 12 principes, afin que l’élection présidentielle de 2011, se déroule en toute transparence et en toute égalité.

Quelles sont les difficultés que vous avez rencontrées sur votre parcours?
Je vais commencer par parler du bonheur que j’ai eu dans les régions de l’Ouest et du Nord Ouest. Il s’agit de l’accueil extraordinaire que j’ai eu. Pour les difficultés connues, il y a les obstacles administratifs. A Bamenda, le mercredi 27 janvier, j’étais à mon hôtel lorsque deux officiers de la gendarmerie sont arrivés. Ils m’ont emmené à la légion de gendarmerie où j’ai passé plus de 2 heures. Ils me reprochaient de n’avoir pas eu les autorisations. J’ai répliqué que je ne présidais pas de meeting, et que je n’avais, au vu de la légalité,  pas besoin d’une autorisation pour rencontrer des gens. Je laisse juste des messages qui circulent individuellement. Je suis un citoyen camerounais et, comme tel, je n’ai pas besoin de me signaler absolument lorsque  je circule à l’intérieur de nos 475.000 km2. J’ai aussi rencontré un problème à Koutaba. Les éléments du bataillon des troupes aéroportées (Btap) de Koutaba ont semblé nous confondre aux espions. C’est même le terme qui a été utilisé.

Mon compagnon  de marche a un appareil. Lorsqu’il l’a soulevé, les militaires ont accouru et nous ont traîné de force dans leur garnison. Cela nous a pris environ une heure. Leur chef a laissé deux soldats nous accompagner sur une bonne distance, pour veiller à ce que nous ne commettions aucun délit d’espionnage. Moi, j’ai considéré cela comme leur participation à notre engagement qu’est le pas décisif.  Que tous ceux qui veulent bêtement freiner l’avancement du Cameroun sachent que je suis un résistant et non un dissident. Dans l’histoire du Cameroun, il y en a eu, et il y en aura après moi. Nous devons nous battre pour laisser un espoir à notre jeunesse.




 

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