Monique Ngo Mayag | 24 février 2010| Mutations |
Elle comparaît ce mercredi au Tpi, après une plainte des populations de Pk 14 à 17.
Au lendemain de la destruction de 15 maisons qui a eu lieu lundi dernier, la vie suit timidement son cours à PK 16, quartier situé dans la zone de Bassa à Douala. Certains habitants ont repris le chemin des plantations, d’autres cogitent sur leur sort, sur la véranda d’une église dite de réveil. «Dieu seul sauve, Jésus est notre seul espoir», peut-on lire sur la banderole qui décore le mur du «lieu de prière». L’heure est visiblement à la mobilisation. Le passage la veille des bulldozers et quelques centaines d’hommes en tenue est au centre des conversations. Non loin, les propriétaires des habitations sinistrées récupèrent ce qui peut encore l’être.
José Marie Tchandjou range ainsi tout ce qui reste de sa demeure. Avec des gestes lents, le sexagénaire superpose tôles et planches. C’est ce qui reste de son logis de 600 mètres carrés, construit en matériaux provisoires. «J’étais en service à Pk 21 lorsque, hier (lundi 22 février ndlr), on m’alerte que Pk 16 est à feu et à sang, ma maison avec. En arrivant, ma maison n’était plus qu’un amas de planches», raconte le vieil homme en clignant les yeux pour se protéger du soleil de plomb qui brille sur la capitale économique ce mardi. «Suis-je un Camerounais ou un réfugié», s’interroge-t-il, la voix étranglée. M. Tchandjou aura passé 25 ans à Pk 16. Il y aurait fini ses jours si le projet de l’Université de Douala de construire une faculté de Génie civil industriel et celle de Médecine et de sciences pharmaceutiques, n’avait pas existé. Le ministère de l’Enseignement supérieure convoite, en effet, la zone qui s’étend le long de la «route Razel» de PK 14 à Pk 17. Soit une superficie de plus de 61 hectares !
L’aménagement de cette annexe de l’Université de Douala suppose le déguerpissement d’environs 1000 familles, selon les estimations de Me Jules Binyom, l’avocat de l’Association groupement de défense des intérêts, différends individuels, socio-économiques et fonciers des habitants de Pk 14 à Pk 17 (Agrodicedifah). Me Binyom dit avoir épuisé toutes les voies de recours pour faire respecter les droits de ses clients. Jusqu’à la casse de lundi dernier, ses efforts auront été vains, «le Préfet du Wouri, Bernard Okalia Bilaï, ayant opté pour la méthode forte».
La démolition des habitations entamée à Pk 16 en augure d’ailleurs d’autres. Les victimes et les potentiels victimes disent compter sur le procès qui démarre ce mercredi, 24 février 2010, au tribunal de première instance (Tpi) de Ndokoti à 10h. Me Binyom ayant obtenu que L’Université de Douala et les délégués des populations de Pk 14 à Pk 17 se retrouvent devant le juge de référé.
You must be logged in to post a comment Login