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Yaoundé : L’entrepreneur soutient la thèse du dynamitage de l’immeuble de Nkolndongo

Écrit par Claude Tadjon| Mercredi, 03 Mars 2010| Le Jour |

Dany Yoho, entrepreneur en bâtiment et responsable du chantier de l’immeuble qui s’est effondré jeudi 25 février dernier au quartier Nkolndongo à Yaoundé, s’est fait une conviction : « La manière dont cet immeuble s’est effondré se produit quand il y a dynamitage »,

affirme-t-il (lire ci-dessous l’intégralité de son interview). Déclaré porté disparu après l’accident, il sort de sa réserve et accuse : « C’est un acte de sabotage ». Un acte de sabotage de qui ? Dany Yoho n’en dit mot.

D’après nos sources, les agents de police du commissariat de Nkolndongo ont été chargés de l’enquête. Les mêmes sources indiquent que les auditions de plusieurs personnes ont déjà été faites. Rien n’a cependant filtré. Mais à ce jour, les seules interpellations portées à notre connaissance sont celles de présumés voleurs pris la main dans le sac, alors qu’ils pillaient les décombres de l’immeuble, notamment les fers à béton.

Le bilan officiel du drame reste pour l’instant inchangé : plusieurs blessés, quatre morts, dont trois issus de la famille de Cyprien Enyegué, maçon, l’un des responsables du chantier. Celui-ci déplore d’ailleurs, parmi les victimes, la disparition de sa femme. Les dégâts matériels, selon diverses sources, s’élèveraient à plusieurs dizaines de millions de Fcfa. Près d’une semaine après l’incident, le mystère plane toujours sur ce qui s’est réellement passé. L’hypothèse d’un dynamitage, qui n’est désormais plus écartée, épaissit davantage le mystère. Nos sources font état de descentes d’experts sur le terrain, pour divers prélèvements et constats.

Le Jour a appris qu’un certificat de salubrité indique que l’immeuble non bâti de Nkolndongo, d’une superficie de 198 m2, est salubre à l’édification d’une construction à usage d’habitation. Il est signé par le chef du service de l’environnement et de l’hygiène de la Communauté urbaine de Yaoundé.  D’autres éléments en notre possession montrent que la demande de permis de construire introduite le 10 décembre 2008 par le propriétaire de l’immeuble a abouti le 16 avril 2009 à un arrêté signé par le délégué du gouvernement auprès de la Communauté urbaine de Yaoundé, Gilbert Tsimi Evouna, lui « accordant un permis de construire » sur un terrain objet du titre foncier n° 23 850/Mf.

immeuble_nkolndongo_2Cet arrêté du délégué du gouvernement précise en son article 1er qu’il revient au demandeur (le propriétaire) de se « conformer aux plans et documents annexés au (…) permis, aux dispositions réglementaires en matière de construction ». Le même arrêté liste une série de conditions spéciales auxquelles doit se soumettre le propriétaire. Parmi celles-ci, l’article 10 ainsi libellé : « Le préfet, le sous-préfet, le délégué du gouvernement, les fonctionnaires du ministère des Travaux publics et leurs délégués peuvent à tout moment visiter la construction en cours et procéder aux vérifications qu’ils jugent utiles ».

Ces visites et vérifications prévues par les textes ont-elles effectivement été faites ? Quand ? Ont-elles donné lieu à des observations permettant de corriger d’éventuels manquements ? Lesquelles ? Des questions pour l’instant sans réponses, qui interrogent l’efficacité du dispositif réglementaire mis en place, pour limiter d’éventuels errements de promoteurs véreux. Dans un tel contexte, quid des indemnités aux victimes ? A Nkoldndongo, on fait état de rencontres entre le propriétaire de l’immeuble effondré et les familles des victimes.

Dany Yoho :  « La manière dont l’immeuble s’est effondré se produit quand il y a dynamitage »

L’entrepreneur du chantier de Nkolndongo penche pour l’hypothèse d’un acte de sabotage.

Dany Yoho vous êtes l’entrepreneur de l’immeuble qui s’est effondré à Nkolndongo. Que s’est-il passé jeudi soir ?

J’ai fait un déplacement pour Douala deux jours avant le drame. En principe, je devais rentrer jeudi dernier, c’est-à-dire le jour de l’accident. Mais une crise de paludisme m’a empêché de prendre le volant pour retourner à Yaoundé. J’ai donc dû décaler mon retour de quelques heures. Mais ce même jeudi, à 21h30mn, mon représentant sur le chantier, Cyprien Enyégué m’a appelé au téléphone pour me dire qu’il a appris que l’immeuble en construction s’est effondré à Nkolndongo. Aussitôt, j’ai appelé l’électricien qui était sur le site, mais les bruits que j’ai entendus en fond sonore m’ont terrifié, avant même qu’il ne me confirme l’effondrement de l’immeuble. J’étais abattu. La première chose qui m’est venue à l’idée c’était de lui demander s’il y avait des personnes dans l’immeuble. Il m’a répondu qu’il y avait le carreleur, ses trois aides et le gardien de l’immeuble. J’ai appelé le carreleur pour me rassurer. Un de ses aides ne répondait pas au téléphone.

Vous êtes, dit-on, porté disparu depuis l’effondrement de l’immeuble. Etes-vous en fuite ?

Je vous répète que je n’étais pas à Yaoundé le jour du drame. J’ai dû prolonger mon séjour à Douala pour des raisons de santé et l’annonce de l’effondrement de l’immeuble ne pouvait que m’affecter davantage. Mais je suis rentré à Yaoundé vendredi soir, c’est-à-dire le lendemain de l’accident. Mon téléphone est resté ouvert tout ce temps, j’ai répondu à plusieurs coups de fil. Je n’étais pas du tout caché. Mais on m’a conseillé la prudence, compte tenu des risques auxquels je m’exposais si je me rendais sur le site du drame. Mais je voulais bien être là, pour comprendre ce qui s’est passé.

Précisément, on vous accuse d’avoir construit un immeuble sans obtenir les autorisations nécessaires et sans avoir respecté les normes en la matière…

En ce qui concerne les autorisations administratives, j’affirme que nous avons obtenu tous les documents administratifs nécessaires avant de lancer les travaux sur le chantier. Le 10 décembre 2008, en effet, nous avons déposé une demande de permis de construire à la Communauté urbaine de Yaoundé comprenant un dossier technique indiquant les hauteurs, les matériaux utilisés, le plan, les différentes coupes du plan… Le 16 avril 2009, le délégué du gouvernement auprès de la Communauté urbaine de Yaoundé a signé l’arrêté accordant un permis de construire à mon patron. Le permis de construire parle d’un bâtiment à sous-sol, rez-de-chaussée plus quatre étages. Or le sous-sol n’a pas été utilisé, le rez-de-chaussée n’avait pas sa charge en mur, il n’y avait que les poutres et nous avions effectivement quatre étapes de structure. Le matériau utilisé sur le chantier répondait aux normes. Nous utilisions du fer importé. Le ciment était celui produit au Cameroun. Les poteaux qui soutenaient l’immeuble avaient un diamètre de 33 X 2 (64). Mon avis sur ce qui s’est passé est que cet immeuble a souffert d’une rupture brusque dans sa structure. Le choc que l’immeuble a reçu correspond à la manière dont il est tombé. Qu’un immeuble s’asseye sur lui-même en quelques secondes après un craquement ou une explosion, selon certains témoins, ne peut qu’être un acte de sabotage. La manière dont cet immeuble s’est effondré se produit quand il y a dynamitage.

D’aucun remettent en cause vos qualifications, celle du personnel employé sur ce chantier et surtout la vitesse avec laquelle l’immeuble a poussé de terre…

J’ai douze ans d’expérience comme chef chantier. Mon père était constructeur en bâtiment. J’ai été formé à l’Institut des techniques industrielles et commerciales de Douala où j’ai eu un bac F4 en 1998. Ce chantier a utilisé, par roulement, 25 personnes et il y avait des maçons, des ferrailleurs, des coffreurs… tous pétris d’expérience. A propos de la vitesse du chantier, les fouilles ont eu lieu en décembre 2008, les constructions ont démarré en avril 2009, l’accident s’est produit dix mois après, alors que nous étions à la phase de finition, et non quatre mois comme j’ai entendu.




 

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