Par lemessager | Mardi 9 mars 2010 | Le Messager|

Très tôt ce lundi 8 mars 2010 alors que les femmes de la métropole économique prennent le départ pour la Place de l’UDEAC aux fins d’assister au défilé, le pont sur le Wouri a encore fait parler de lui. Pas à cause des agressions nocturnes ni du vol des candélabres. Il s’agit plutôt d’un camion semi-remorque de marque Mercedes immatriculé Lt Tr 235 Ab, effectuant la ligne Deïdo- Bonabéri, qui a achevé sa course dans le Wouri. D’après des informations recueillies sur place, ce tragique incident aurait été causé par un léger embouteillage enregistré sur ce pont, aux environs de 5h30.
«Ce que j’ai vu est très grave. Le camion transportait du sable et venait du côté de Deïdo à vive allure. Au milieu du pont, il a été gêné par un bus de la SOCATUR. Ce bus venait de renverser un conducteur de « bend skin (moto-taxi, ndlr) » et les deux se chamaillaient sur la chaussée car le « bend skin » voulait être conduit à l’hôpital pour avoir des soins. Lorsqu’il a braqué pour éviter le bus, il se retrouve nez à nez avec un camion, un gros porteur transportant du ciment. Pris de panique, il va encore braquer et va finir dans l’eau en brisant les garde-fous. Le grand bruit provoqué par le choc a réveillé les fumeurs de chanvre qui prenaient leur sieste. Depuis que le camion est tombé, on n’a aucune information sur les deux occupants (chauffeur et convoyeur). C’est la première fois que j’assiste à une mort en direct», témoigne Pascal Adiog, un creuseur de sable.
Récidive
Après l’accident, ceux que les riverains accusent d’être à l’origine du crash avaient vidé les lieux. «Les conducteurs du bus SOCATUR, du « bend skin » et du camion de ciment ont tous fui. Personne ne s’est arrêté pour s’enquérir de la situation, ou pour porter secours alors que ceux qui sont morts se sont donnés en martyrs pour éviter des désagréments aux usagers de la route, ajoute Paul Masso, un autre riverain. Ils ont tous fui car ils ont eu peur d’être indexés en cas d’une enquête approfondie».
Alertés, les éléments de la brigade de gendarmerie de Bonassama sont descendus sur les lieux, pour réguler la circulation et prévenir d’éventuels accidents, comme celui d’une moto qui s’est renversée non loin du lieu du drame, à quelques mètres d’un camion citerne qui a failli l’écraser n’eut été la vigilance de la gendarmerie nationale qui veillait au grain. «Nous sommes là pour maîtriser la situation, dit un adjudant chef de gendarmerie trouvé sur place. Chaque automobiliste va vouloir s’arrêter pour demander ce qui se passe et voir où la voiture est tombée. Si nous ne sommes pas là, il y aura un embouteillage indescriptible comme la dernière fois qu’il y a eu mort d’homme au fond de l’eau dans des conditions plus ou moins similaires. Si nous n’étions pas là, ce camion aurait écrasé cette moto alors que nous avons interdit aux motos de ne pas rouler sur les rails qui sont glissants».
Aucun corps repêché
Ce n’est pas la première fois qu’un véhicule dont le chauffeur a perdu le contrôle, tombe dans le Wouri. On en veut pour preuve les multiples dégâts causés sur ce qui reste de garde-fous se trouvant sur ce pont. «Il ne se passe pas un seul mois sans qu’il n’y ait d’accident sur ce pont. Les gens sont tellement pressés qu’on ne comprend plus rien. C’est seulement quand c’est grave qu’on en parle. Il faut mettre sur pied des équipes de contrôles pour limiter la vitesse, sinon chaque mois, on investira l’argent du contribuable pour ramasser des cadavres au fond du fleuve », précise Maxime Dika, un piroguier. Pour lui, il y’a une cause essentielle à la récurrence de ce type d’accidents : « Ces accidents sont causés par l’ivresse du chauffeur qui roule à vive allure après avoir ingurgité une dose forte d’éthanol la nuit, au petit matin lorsque le chauffeur a encore du sommeil dans les yeux. Pour ceux qui connaissent la mentalité des chauffeurs de camions de sable, ils veulent rapidement pointer leur journée en faisant plusieurs navettes avant les embouteillages. C’est ce qui a causé sa perte, même s’il aurait pu cogner le camion de ciment pour avoir une chance de survie».
On s’étonne tout de même que malgré leur répétition sur le pont du Wouri, les pouvoirs publics restent insensibles à ce taux de plus en plus croissant des accidents de circulations, mortels ou non, enregistrés sur ce trajet. Pourquoi ne pas renforcer la sécurité des balustrades par des barres de fer plus solides ? Pourquoi ne pas combler les espaces béants qui exposent les piétons à une noyade involontaire, suite à la défection des parapets par des conducteurs indélicats ? Au moment où nous quittions les lieux vers 13h hier, des dispositions avaient été prises pour sortir de l’eau, le conducteur de camion et son convoyeur, probablement morts, au cours de cet accident. Les opérations de repêchage de l’épave se sont déroulées de 15 à 18h grâce à une grue affrétée par le Chantier naval. Toute chose qui a bloquée la circulation bien au-delà de 21h. Comme déjà le 26 juin 2009, plusieurs personnes sont tombées évanouies sur le pont au point qu’il a fallu environ trois navettes d’ambulance pour évacuer ces victimes vers des hôpitaux. Mais jusqu’au moment où nous allions sous presses hier soir, aucun des trois passagers n’était repêché.
Etame Kouoh
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