Par pierrem.djongo | Jeudi 11 mars 2010 | Le Messager

A la suite de votre plainte contre le président de la République, vous avez été entendu à la Direction générale des renseignements extérieurs. Ce type de manœuvres peut-il vous amener à mettre un terme à votre recours ?
Pas du tout ! Bien au contraire, je suis plus que jamais déterminé à poursuivre mes initiatives jusqu’à l’organisation des élections partielles concernant les députés décédés. Il est vrai, ces derniers temps, des individus sont passés à mon domicile, refusant de décliner leur identité, et se réclamant de la DGRE, dans le but de savoir quels sont les tenants ainsi que les aboutissants de mes actions judiciaires contre le président Paul Biya. A voir de près, il me semble qu’il s’agit des affidés du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC) qui se passent pour des agents de renseignement du service public pour des perquisitions. C’est bien regrettable !
Une certaine opinion émanant du comité central du RDPC déclare que vous n’avez pas qualité à ester en justice dans cette affaire.
Franchement, cette action judiciaire contre le président Paul Biya fait paniquer. Les caciques du RDPC font des déclarations à tort et à travers. Vous savez, pour une fois qu’il ne s’agit pas d’une motion de soutien ou d’un appel à candidature. Quant à ma qualité pour ester en justice dans mon pays, en tant que citoyen camerounais, je ne sais quel concours il faudrait passer pour avoir cette qualité ? Monsieur, comprenez que j’ai bien qualité en temps que citoyen et victime de la violation de la loi engageant la responsabilité personnelle de l’homme qui incarne les institutions. Il est écrit à l’article 35(1) du code de procédure pénale que la justice est rendue sur le territoire de la République au nom du peuple camerounais. Par conséquent, en cas de violation de la loi, c’est la Cour suprême qui est compétente en la matière. Mon initiative se situe dans le cadre des dispositions de l’article 60 du nouveau code de procédure pénale. Comprenez aussi que je suis originaire d’un département qui n’a pas du tout de représentant à l’Assemblée nationale. Par ailleurs, je pense que ceux qui prétendent le contraire n’ont pas qualité pour porter des préjugés et des commentaires sur des actions judiciaires .Qu’ils se taisent, c’est à la justice qui est d’ores et déjà saisie de dire le droit. Le discours du premier président était clair à la rentrée solennelle de la haute juridiction, laissons la faire son travail. Je ne plie pas aux spéculations ridicules d’un parti qui a mis le Cameroun à genoux.
Revenons sur l’affaire elle-même. Vous dénoncez la vacance des postes des députés décédés au cours de la huitième législature en cours et qu’on devrait remplacer selon la loi. Au moment où l’auguste chambre vient d’effectuer sa rentrée, pensez-vous que cette revendication a une chance d’aboutir ?
Pour commencer, comprenez qu’il y a eu des députés au cours de cette législature qui n’ont eu que le temps de porter leur écharpe tricolore et sont décédés par la suite. Or, au terme de la loi électorale en vigueur, notamment celle n°91-2O du 16 décembre 1991 fixant les conditions d’élection des députés à l’Assemblée Nationale, modifiée et complétée par la loi n°97-13 du 19 mars 1997 et par celle n°2OO6/009 du 29 décembre 2006, il est écrit et bien clair en son article 10
1) « lorsqu’il se produit une ou plusieurs vacances définitives par suite de décès, démission du titulaire ou du suppléant ou par toute autre cause dans une circonscription électorale, il est procédé à des élections partielles dans tous les douze mois suivant la vacance ». Et en son alinéa 3, il est précisé qu’il n’y a pas lieu à l’élection partielle si la vacance se produit moins d’un an avant la fin de la législature. Par conséquent, il y a de cela un an, j’ai adressé des correspondances à deux reprises au président de la République par rapport à cette situation. Elles sont restées lettres mortes. Pourtant il sait ce qu’il y a lieu de faire.
Lors de l’ouverture de la session budgétaire 2009-2010, nous avons assisté à la remise des attributs au député Adjoudji Ahmadou, en remplacement de Mme Youssouf Alim Adjidja promue ministre de l’Education de base. Bien avant, le bureau de la chambre avait procédé à la levée de l’immunité parlementaire du député Dieudonné Ambassa Zang. Cela vous paraît-il insuffisant ?
Oui c’est vrai, comprenez que ces événements rentrent en droite ligne de la loi, en l’occurrence, celle règlementant le fonctionnement de l’auguste chambre. Il ne pouvait en être autrement. Mais, c’est le cas de la levée de l’immunité parlementaire du député Ambassa Zang, qui me parait insolite car, le motif pour lequel son immunité a été levée n’a pas été élucidé au peuple camerounais et dès lors, rien ne s’en est suivi. Cela relève des pratiques dictatoriales pures et simples.
Quelles pourraient être les conséquences si les défunts députés ne sont pas remplacés jusqu’à la fin de cette législature ?
Si cela devait arriver, le président de la République actuel en subirait les conséquences. Car, il veille au respect de la Constitution et est le garant de toutes les lois de la République. La transgression d’une loi au détriment des intérêts de la population concernant surtout leur représentation nationale, est assimilable à l’usure du pouvoir. Au demeurant, elle déshonore le peuple ainsi que les institutions de la République. Imaginez-vous un département comme le Djerem qui n’a pas du tout de député, suite au décès du titulaire depuis trois ans ainsi que le Lom et Djerem avec un député sur deux décédés, et Kumba centre urbain, sans oublier les autres.
Croyez-vous qu’ELECAMest capable d’organiser des élections en son état actuel ?
Bien sûr ! Surtout que c’est des élections ciblées ! Pour ma part, je ne doute pas de la capacité de cette structure à organiser des élections partielles en son état actuel. Car, elle vient de bénéficier du transfert des données dans le cadre des élections par l’Administration territoriale qui, en son temps, avait organisé des élections partielles annulées par la cour Suprême. Aussi, ELECAM a déjà pratiquement ses responsables sur l’ensemble du territoire national. Ce sera pour eux des élections test à la vérité. Encore que la loi N°2006-11 du 29 décembre 2006 portant création, organisation et fonctionnement d’ELECAM en son article 31 alinéas 2, lui allège l’organisation des élections partielles.
Que faut-il donc faire face à cette situation ?
Ecoutez, la république du Cameroun ne doit pas être façonnée aux mesures des intérêts du président de la République en place. Cela voudrait dire que, organiser des élections présidentielles avant les partielles pour permettre à chaque région d’être représentée à l’Assemblée, entraînerait le Cameroun dans un aveu complaisant de dictature. Et, le peuple ne saurait le tolérer. En effet, je profite de l’opportunité que vous m’offrez pour appeler l’opinion nationale et internationale à se pencher sur cette situation. En fait, la loi ne se négocie pas, elle s’applique. Outre mesure, j’appellerais au boycott de la prochaine élection présidentielle dans les zones concernées, à partir du boycott des inscriptions sur les listes électorales, en préparation du boycott de la présidentielle prochaine. De même, par solidarité avec lesdites populations, les camerounais pourraient être appelés à boycotter l’élection présidentielle sur l’ensemble du territoire national. Car, le peuple dans le cas d’espèce pourrait exprimer sa solidarité aux lésés de la république. Cependant, il sera entrepris des initiatives auprès de l’opinion internationale et des bailleurs de fonds pour discréditer et disqualifier l’élu qui sera issu de ladite élection. Par ailleurs, de fortes actions administratives sont engagées, de concert avec d’autres forces politiques, ainsi que certaines organisations de la société civile, dans l’intérêt de la sauvegarde de nos valeurs républicaines contre toute action en violation des lois. Le Cameroun ne doit pas devenir un pays où des positions de privilège deviennent des passes –droit. Je souhaite que le Président Biya puisse finalement faire quelque chose pour que vive et prospère le Cameroun, au moment où nous sommes incapables d’un bilan reluisant, après 50 ans d’indépendance et d’aide au développement.
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