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Lapiro de Mbanga : je ne veux pas de la grâce présidentielle

Par frederic.boungou | Mardi 23 mars 2010 | Le Messager|

«Je ne veux pas de la grâce présidentielle. Je n’en ai d’ailleurs pas besoin. Tout ce que je veux, c’est que mon dossier aboutisse à la Cour suprême. D’autres personnes, surtout celles qui ont écopé de dix ou quinze ans en ont plus besoin que moi». Tels sont les propos tenus hier lundi 22 mars 2010 au pénitencier de New-Bell par Lambo Sandjo Pierre Roger, plus connu sous son nom d’artiste de Lapiro de Mbanga. Ces propos viennent en réaction au communiqué de la Commission indépendante contre la corruption et la discrimination (COMICODI) adressé au président de la République du Cameroun, communiqué publié hier et dans lequel cette organisation non gouvernementale demandait une grâce présidentielle pour Paul Eric Kingue et Lapiro de Mbanga. Dans ce communiqué qui a fait le tour de l’essentiel des rédactions, on peut lire que «ces deux personnalités constituent dorénavant une sorte de plaie béante que seule votre haute décision (s’adressant à Paul Biya, ndlr) en vertu de vos larges pouvoirs consacrés par la constitution, permettrait de refermer». Toujours dans ce communiqué, la COMICODI attire l’attention de Paul Biya sur les «témoignages contradictoires, les rétractions, des témoins, les soupçons de règlement de comptes, la remise en cause de certaines preuves qui jettent le doute sur des condamnations prononcées contre ces deux compatriotes».

Si le chef du quartier XII de Mbanga approuve l’initiative de la COMICODI visant la libération des détenus dans le cadre des émeutes de février 2008, il suggère à la commission dirigée par Shanda Tonme, d’élargir son champ d’action et de s’intéresser à d’autres prisonniers. «Il y a beaucoup d’autres jeunes qui sont enfermés dans ce même cadre. Eux en ont plus besoin que moi», explique Ndinga man. Pendant toute la conversation de près d’une vingtaine de minutes accordée au reporter du Messager allé quérir sa réaction à la suite de l’initiative de la COMICODI, le concerné est resté déterminé. «Je resterai en prison tout le temps qu’il faudra. Je ne demande et ne demanderai jamais la grâce présidentielle. Je tiens à préciser que ces paroles m’engagent. Je parle seulement en mon nom propre. Si je ne dis rien, un décret risque de tomber demain et on dira ce qu’on dira. Il faut que tout soit clair depuis le début».

Récupération ?

Cet accueil froid de l’un des concernés à son initiative ne chagrine pas Shanda Tonme qui veut rester sérein. « Ça ne fait rien. En tant que leader d’opinion, Lapiro est libre d’apprécier et de s’exprimer sur cette démarche comme il l’entend. Pour ce qui nous concerne, cette démarche procède de la popularité et du charisme que Lapiro incarne. C’est quelqu’un d’honorable. Ce qu’on lui reproche nous semble invraisemblable et nous pensons que c’est une démarche visant à museler les leaders d’opinion qui ont son courage. Tout ça ressemble à un grossier montage. Voilà ce qui fonde notre initiative. », répond Jean Claude Shanda Tonme joint hier par Le Messager. Sur les soupçons d’une éventuelle récupération politique qui pourrait accompagner la libération de Lapiro et Paul Eric Kingué, crainte légitime qu’on dévine sur la position tranchée de l’artiste, Shanda Tonme ne se démonte pas : « Récupération par qui ? interroge-t-il. La société camerounaise a besoin de lui pour continuer le combat d’émancipation populaire qu’il mène depuis de nombreuses années. Cette demande de grâce ne le concerne donc pas en premier ni sa famille. C’est un leader dont la société camerounaise a besoin ». En attendant la réaction de Paul Eric Kingue que le reporter n’a pu rencontrer au cours de cette descente au pénitencier de Douala, il est à noter que «Ndinga man» a déjà passé sept cent douze (712) jours de détention. Avec son refus officiel d’entériner la demande de grâce de la COMICODI, le célèbre prisonnier reste désormais accroché à la Cour suprême dont l’arrêt est attendu.

Arrêté au lendemain des émeutes de février, Lapiro de Mbanga avait été condamné le 24 septembre 2008 par le tribunal de grande instance du Moungo à 3 ans de prison ferme et à 280 millions Fcfa de dommages et intérêt au terme d’un procès très médiatisé. La Cour d’appel du Littoral confirmera peu après cette décision malgré des révélations troublantes de certains témoins de l’accusation innocentant l’accusé. L’affaire se trouve actuellement à la Cour suprême.




 

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