Par lemessager | Jeudi 25 mars 2010 | Le Messager

La visite de René Sadi, secrétaire général (SG) du RDPC (Rassemblement démocratique du peuple camerounais) le week-end dernier continue de faire des vagues parmi les chefs traditionnels Sawa. Même si on ne peut pas encore parler de désunion, les investigations du Messager laissent croire que le consensus est loin d’être fait autour de la gestion du séjour du Sg du parti des flammes à Douala. Du moins en ce qui concerne plus spécifiquement l’audience que René Sadi a accordée à la délégation de ces dépositaires de l’autorité traditionnelle. Les chefs n’arrivent visiblement pas à accorder leurs violons par rapport au traitement qui leur a été accordé. En fait, deux tendances semblent s’affronter à ce propos. D’un côté, une frange qui se veut fière de ses attributs traditionnels, affiche de façon presque officielle sa réprobation sur le peu de respect que leur hôte aurait manifesté à leur égard en les obligeant à faire le pied de grue (quatre heures durant) dimanche 21 mars à l’hôtel Sawa de Douala avant de les recevoir en audience dans le cadre d’une réunion à huis-clos. Dimanche en effet, certains d’entre ces chefs traditionnels Sawa, las d’attendre après que le protocole les ait fait changer de salle, avaient tout simplement choisi de claquer la porte. Estimant qu’il s’agit d’une irrévérence inacceptable.
« C’est incroyable. On ne peut pas faire attendre des personnalités aussi importantes que nous sommes. Ce n’est pas normal. Je ne peux pas admettre que l’on fasse venir les chefs traditionnels et les faire attendre pendant des heures sous prétexte que le secrétaire général doit d’abord recevoir les présidents de section du parti et autres hommes politiques », s’insurge à cet effet un chef traditionnel Sawa, confirmant le malaise. « A l’Ouest, une telle entorse ne se serait pas produite. Je pense qu’on devrait réapprendre à donner aux chefs traditionnels que nous sommes, une place hautement significative. Nous valons plus que ça. Qu’on cesse de chosifier les chefs traditionnels de la sorte. On ne peut pas nous faire attendre comme si nous n’étions pas des personnalités. Moi personnellement, je ne suis pas allé à cette rencontre parce que j’estime qu’on ne devrait pas inviter des chefs traditionnels sans un minimum de considération », renchérit le chef de Bodiman, Sa Majesté Eteki, qui se fait l’écho d’un sentiment partagé par quelques uns de ses pairs qui « refusent de se laisser caporaliser par le RDPC ».
Rangs dispersés
Ce sentiment de fierté est loin de faire l’unanimité au sein de l’association. Car en effet, la seconde frange reputée proche du pouvoir et dont les partisans se recrutent pour l’essentiel parmi les militants du RDPC, minimise l’incident. « Que les gens cessent de dire n’importe quoi. Nous n’avons pas boudé René Sadi. Où est-ce que les gens sont allés chercher tout cela, s’emporte Sa Majesté Madiba Songué du Canton Bakoko joint hier au téléphone par Le Messager. Qui vous a dit qu’on nous a fait attendre pendant des heures et que certains d’entre les chefs traditionnels fâchés ont dû quitter prématurément la salle et n’ont pas assisté à la réunion que nous avons eue avec René Sadi ? C’est faux », tranche-t-il. Sur la même lancée, notre interlocuteur refute toute idée de division parmi ses pairs née à la suite du passage de René Sadi à Douala : « Toute cette histoire n’est pas vraie. Je ne pense pas qu’entre les chefs traditionnels Sawa, il existe un climat qui n’est pas serein. Où est-ce que vous avez vu les chefs traditionnels sortir de la salle ? ».
Pourtant certains observateurs avaient cru voir en la convocation de ces chefs à Yaoundé les 27 et 28 mars 2010 comme une volonté déguisée pour le Rdpc de rassenérer les troupes à défaut de faire son mea culpa. Marie-Louise Eteki-Otabela est de ceux-là. Pour elle, cela ne change rien que l’initiative émane du ministère de l’Administration territoriale et de la décentralisation et non pas du Rdpc. « On ne peut pas convoquer les chefs traditionnels du Cameroun dans un forum -une appelation que je conteste du reste. On ne peut pas réduire les responsables de nos peuples en vassaux de l’administration d’un Etat qui a été crée par un décret administratif de l’Etat français. Les chefs traditionnels n’attendaient pas un forum. Ils attendent le Sénat qu’on leur a promis depuis 15 ans. On ne peut pas convoquer des gens à qui nous accordons un minimum de légitimité », s’énerve la présidente de la Coordination des forces alternatives, sous les auspices de laquelle s’est tenue le 15 mars 2010, la « première assemblée des peuples du Cameroun ». Si comme elle, certains parmi les concernés partagent cet avis, les chefs Sawa, contrairement aux autres associations des autres régions du pays, pourraient aller à ce premier forum national des chefs traditionnels du Cameroun en rangs dispersés.
Blaise-Pascal Dassié
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