Écrit par Jacques Bessala Manga|Vendredi, 26 Mars 2010|Le Jour|
Précision de Anne Marie Medou : « Il faut des études préalables avant de construire un immeuble »
La présidente du Conseil de l’Ordre national des architectes du Cameroun explique les procédures à respecter pour garantir la sécurité des bâtiments.
Depuis quelques temps, on constate lus que les édifices s’écroulent avant même qu’ils ne soient achevés. Quelle explication peut-on avoir sur ce qui semble être devenu un phénomène récurrent ?
Le problème est peut-être récurrent. Je ne peux donner une explication tranchée sur les causes des effondrements des immeubles bâtis ou en cours de construction. Mais ce que je peux affirmer, c’est que l’acte de bâtir est devenu banal, du fait de l’intrusion de toutes sortes d’aventuriers dans les métiers du bâtiment. Ce qui ne devrait pas être, au regard des responsabilités que construire implique. Le bâtiment est d’abord une question de professionnels répartis dans des corps de métiers certes différents, mais complémentaires. Il est vrai qu’à l’origine, le bâtiment est une activité humaine, pratiquée par les femmes. La hutte des pygmées, la case Mousgoum ou même la cabane bantoue de la forêt, étaient réalisées parfois les femmes. Le bâtiment a donc été une question culturelle et éminemment économique. Je pense que la survivance de ces pratiques du passé fait que, les gens continuent de vouloir construire eux-mêmes leur demeure, lorsqu’ils n’en réfèrent pas à des bricoleurs plus ou moins au faîte de la profession de bâtisseur, des techniques et des matériaux. Les techniques ont aujourd’hui différentes. De nouveaux matériaux entrent désormais dans la construction, autant que certains sont épuisés. Pour construire une maison moderne, il faut désormais intégrer toutes les nouvelles techniques, dont la nature du sol sur lequel on veut bâtir, les matériaux à utiliser, l’usage final qui sera fait du bâtiment, l’aménagement particulier de l’espace.
Quel est l’état actuel de la législation sur la sécurité du bâtiment ?
Les conventions internationales sur les établissements humains, et auxquelles le Cameroun est partie, comprennent un faisceau de normes qui méritent d’être aussi appliquées dans notre pays. Gérer l’acte de construire est une mission régalienne des Etats, car l’acte de construire est un acte d’aménagement de l’espace de vie. Notre pays essaye de combler les lacunes qui ont été siennes dans le domaine du bâtiment. Certaines règles existent depuis 1984 par exemple, signées du ministre Joseph Fofé, qui concernent la sécurité et l’hygiène sur les lieux de travail. La loi de l’urbanisme de 2004 a renforcé les dispositions du décret de 1984, mais en plus, elle intègre les règles de sécurité dans les maisons d’habitation. Nous nous attelons à aller plus loin, en exigeant d’intégrer dans la réalisation d’ouvrage pour qu’ils soient utilisés par les handicapés visuels ou moteurs. Un projet de loi a d’ailleurs été récemment déposé à l’Assemblée nationale lors de la dernière session parlementaire. Si on faisait l’effort d’appliquer le peu de lois et règlements qui existent, on éviterait un grand nombre de problèmes liés à la sécurité des bâtiments.
La multiplicité des acteurs ne complique-t-elle pas les opérations de contrôle ?
Je dois avouer que les professionnels, qui ne sont pas déjà nombreux, peinent à faire respecter l’application des règles de construction des bâtiments, du fait qu’ils ne peuvent pas être partout à la fois. Et même, le peu de professionnels disponibles est concentré dans les agglomérations urbaines principales que sont Yaoundé et Douala. Vous n’êtes pas sans ignorer la vitesse et le désordre qui accompagnent l’urbanisation spontané se réalise au Cameroun. Toutefois, cette situation ne doit pas justifier qu’il ne faille pas appliquer la législation en matière de sécurité dans le bâtiment. Pour ce faire, il faut éduquer les gens, propriétaires d’immeubles, professionnels du bâtiment et autorités publiques. Construire sans respecter les normes, c’est s’exposer à des effondrements, comme ceux qu’on a connus récemment à l’école Dora et Djemba de Douala, ou à Nkoldongo à Yaoundé.
On a l’impression de laxisme dans les différents contrôles…
Lorsque les gens seront bien sensibilisés sur les règles à respecter pour construire, il faut passer à la phase répressive. C’est dommage que lorsqu’on a cassé une bâtisse parce qu’elle ne respecte pas les normes de sécurité minimale, les autres estiment que c’est de la malchance ou c’est parce qu’on n’a pas payé les dessous de table nombreux dans le secteur. Figurez-vous que Yaoundé est placé sur une faille. Les mouvements sismiques sont peut-être de faible amplitude, mais ils existent tout de même. Il faut donc parfois sacrifier à réaliser des études minimales avant de construire un immeuble. On ne peut pas dire de façon péremptoire qu’il y ait laxisme dans les sanctions. Les casses qui sont observées dans nos villes sont les manifestations des différents actes administratifs qui sont régulièrement pris, à l’instar du permis de démolir. Mais seulement, il y a des procédures qui peuvent être complexes. Pour le dernier cas de l’effondrement de l’immeuble de Nkolndongo à Yaoundé, il y a eu mort d’hommes. Ce qui peut, au-delà de la démolition de l’immeuble, déclencher une procédure judiciaire par le procureur de la République contre certains acteurs qui pourraient être mis en cause de façon directe ou indirecte.
N’est-il donc pas impérieux de clarifier les rôles de chacun des acteurs ?
Il ne faut pas mettre des freins quand il faut établir les responsabilités sur la qualité, et finalement, la sécurité des ouvrages. Ce n’est pas particulièrement insurmontable. Je vous prends des exemples que nous rencontrons chaque jour, et qui sont devenues courants. Lorsqu’il faut construire une école ou un lycée, le ministère de l’Education de base demande des dossiers dits « techniques ». Avant de donner la permission de construire une école, il faut que le dossier technique passe par les services de l’Urbanisme, des Travaux publics ou même du Développement urbain, pour s’en tenir aux principales administrations impliquées dans la réalisation des ouvrages et autres bâtiments. Le maître d’ouvrage, qui est en réalité le propriétaire de l’immeuble à bâtir, le ministère de l’éducation de base pour notre exemple pris ici, a tendance à ordonner la construction du bâtiment en marge des procédures administratives sus citées. Il se passe, malheureusement, que certains bâtiments sont construits sans les visas nécessaires de ces administrations. Pis encore, la plupart des bâtiments en construction ne sont pas couverts par une police d’assurance. Si les procédures de construction sont respectées, les responsabilités vont naturellement se dégager, car, les rôles de chacun des acteurs sont clairement définis.
Que vaut le contrôle de qualité dans le bâtiment? – Addenda : Le contrôle doit être permanent
Addenda : Le contrôle doit être permanent
L’ingénieur des ponts et chaussées parle de l’opportunité du contrôle dans la réalisation des ouvrages.
Que faut-il comprendre par contrôle de qualité dans la construction d’un bâtiment ?
Le contrôle de la qualité d’un bâtiment est un ensemble d’opérations qui consistent à vérifier que toutes les spécifications techniques ont été respectées au moment de la réalisation du bâtiment. Ce contrôle concerne les matériaux utilisés, le sol sur lequel le bâtiment va être construit, la répartition des charges, le type de semelles à réaliser, la largeur des poutres des poteaux, etc. Il faut savoir que l’un des éléments dans la stabilité du bâtiment c’est le poteau. Sa structure doit être faite en béton vibré, pour ne pas laisser des vides d’air. Lorsqu’un immeuble s’effondre, c’est en grande partie parce que ses poteaux sont de mauvaise qualité.
Pourquoi les normes qui semblent si précises ne sont pas respectées ?
C’est tout un système qu’il faut revoir. On a souvent tendance à évoquer les questions financières. Certaines personnes estiment que le contrôle de la qualité coûte cher. Mais il n’en est rien. C’est plus la mentalité des acteurs du bâtiment. Lorsqu’on calcule ce que coûtent l’ensemble des formalités qu’il faut remplir pour avoir un bâtiment de qualité, on tourne aux alentours de 2% de l’ouvrage. Si le propriétaire d’un immeuble est convaincu que le bâtiment que vous lui proposez ca durer 20 ans, il ne perd rien de payer les 2% que les procédures coûtent.
Quand faut-il faire le contrôle de qualité et par qui doit-il être fait ?
Le contrôle doit être permanent, du début à la fin de la réalisation d’ouvrage. Dès l’idée du bâtiment, il faut mettre sur pied des mécanismes de contrôles. C’est pourquoi il faut en référer aux professionnels. Moi, en tant qu’ingénieur, je ne saurai me substituer à l’architecte, ou au conducteur des travaux sur le chantier. Même si dans certains cas, le contrôle effectué par une expertise externe est l’idéal, il faut instituer des contrôles internes, tant par l’architecte du projet, que par l’ingénieur chargé des travaux. S’il y a le moindre relâchement à chaque étape, il y a accroissement du risque d’accident, tel que nous en avons connus ces derniers temps.
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