Par nadege.christelle.bowa | Lundi 5 avril 2010 | Le Messager|
1- L’ISID et les maladies infectieuses dans le monde
Les maladies infectieuses sont provoquées par des virus, des bactéries, des parasites ou des champignons. Elles sont responsables de 14 millions de décès chaque année, partout dans le monde. Plus de 90% de ces maladies surviennent dans les pays en développement. En les listant, on se rend bien compte que le Cameroun est concerné au premier chef. Ce sont entre autres : le SIDA et les autres IST, les maladies respiratoires aiguës bactériennes (pneumocoques) et virales (grippe, virus respiratoire syncitial), maladies diarrhéiques (rotavirus, shigellose, Escherichia coli pathogènes, choléra, fièvre typhoïde, etc.), Tuberculose, paludisme, rougeole. Très meurtrières, ces six groupes de maladies représentent à elles seules 90% des décès par infection dans le monde.
Les maladies infectieuses ont franchi toutes les frontières nationales et régionales. Et pour la Société internationale de pathologies infectieuses (ISID) l’efficacité des solutions à long terme exige des échanges scientifiques internationaux et la coopération. Créé en 1986 de la fusion entre le Congrès international des maladies infectieuses et la Fédération internationale des maladies infectieuses et parasitaires, l’ISID est un organe consultatif et opérationnel de plusieurs agences des Nations unies. Il s’agit d’une société savante composée de plus de 20.000 experts originaires de près de 155 pays. Elle a pour mission l’amélioration de la santé des populations affectées par les maladies infectieuses, la formation continue des spécialistes en pathologie infectieuses, le contrôle et la riposte contre les maladies infectieuses dans le monde. Afin d’atteindre ces objectifs, ses membres se consacrent à développer des partenariats et à trouver des solutions au problème des maladies infectieuses à travers le globe.
2- Dr Mbopi-Kéou, désormais membre de l’équipage
Sur le plan organique, l’ISID est composée d’un conseil exécutif d’une trentaine de membres et d’un bureau exécutif. Pendant les six prochaines années, un Camerounais siègera au sein de ce conseil. Le Dr François-Xavier Mbopi-Kéou, enseignant chercheur au département de microbiologie et pathologie infectieuse de la faculté de médecine et des sciences biomédicales de l’Université de Yaoundé I et administrateur du Laboratoire national de santé hygiène mobile a été élu par ses pairs. C’était à l’occasion de la 14ème conférence internationale de pathologies infectieuses, qui s’est tenue à Miami aux Etats-Unis du 9 au 12 mars 2010. C’est un homme ému et surpris qui raconte l’aventure qui l’a conduit au sein de l’auguste équipe. A son insu, sa candidature a été proposée.
« …J’ai reçu un autre courrier au mois d’avril 2009 qui m’annonçait que j’étais dans la short list des candidats dont les noms allaient être soumis à l’élection ». Le 25 février 2010, un 3e courrier lui annonce qu’il est « proposé parmi ceux qui vont participer à l’élection. Il lui est demandé également de faire un corpus, une espèce de plaidoyer pour valoriser sa candidature afin de mieux se présenter au corps électoral ». En réalité, le comité chargé de l’élection avait déjà réuni les CV des candidats, lesquels sont envoyés par ceux qui vous proposent au regard de la qualité de vos travaux souligne t-il. « Donc, ils avaient déjà les informations requises sur mes travaux ». Lesquels sont visibles sur Google, Pubmed (site de référence qui actualise les journaux de renom, publication des uns et des autres).
Son plaidoyer est en quelque sorte une profession de foi, laquelle vient achever de convaincre les électeurs. « Il est clair que nous sommes dans un continent où les maladies infectieuses commettent tellement de ravages et des dégâts d’une ampleur incommensurable. Je pense sincèrement que nous devons participer à l’édification d’une société où tous les acteurs qui luttent contre les maladies infectieuses parlent d’une même voix, s’asseyent pour produire des actions synergiques et non antagonistes. J’aimerais me souvenir d’une belle phrase d’une Grande Dame de notre pays qui disait que beaucoup de gens combattent autour et non contre le SIDA». Pour cet enseignant, la lutte doit être ouverte à toutes les sensibilités.
« Il y en a qui à un moment, ont pensé que ceux qui pouvaient lutter contre les maladies infectieuses étaient uniquement des cliniciens et des chercheurs. Je suis de ceux qui pensent que dans un contexte de maladies infectieuses, tout être humain y compris ceux qui sont touchés, peuvent apporter un sens à ce combat. Les philanthropes comme Bill Gates, ne sont pas des spécialistes de la pathologie infectieuse… Bien expliquées à la population, je pense que chacun peut jouer son rôle. Il y a une action communautaire qui doit être forte ». C’est clair qu’il faut agir. Mais comment ?
« En fédérant nos actions sur le plan local, mais aussi en essayant de voir autour de nous ce que font les voisins », propose-t-il. Et d’expliquer s’agissant de ses missions : « On parlera au nom de tous ces pays qui sont fédérés au sein de l’ISID. La lutte est mondiale. Notre combat ne cessera jamais tant que séviront les maladies. J’aurai toujours dans l’esprit le sort de cette humanité souffrante. Je pense que l’Afrique ne doit pas être seulement consommatrice des recherches menées sur son sol. Je pense aussi que de l’Afrique, on peut faire entendre une voix dissonante parce que l’Afrique n’est pas à son aise dans un costume un peu étriqué que souhaiteraient lui faire endosser les tenants de la pensée unique. La pensée ne vient pas seulement du Nord. A nous de démontrer que de l’Afrique peuvent naître des solutions endogènes susceptibles de profiter à toute l’humanité… La génération émergente apparaît à ce titre porteuse d’espoir».
3- Ambassadeur du Cameroun
Au niveau du Cameroun, l’homme s’emploiera à faire connaître l’ISID. « Très peu de gens savent par exemple qu’elle octroie beaucoup de bourses, des stages de formation ; très peu savent que l’ISID publie de manière quotidienne sur la situation des maladies infectieuses de par le monde et aussi les ripostes qu’on apporte, etc.». Egalement, il sera question de faire connaître la voix de son pays d’origine. Une opportunité que tient d’ailleurs à lui rappeler l’inspecteur général des affaires académiques du ministère de l’Enseignement supérieur, Pr. Marcelline Nnomo. Ce microbiologiste virologue, co-auteur de quatre ouvrages et de plus de 50 publications dans des revues scientifiques internationales de renom, a déjà eu plusieurs reconnaissances mondiales grâce à ses travaux. Parmi lesquels le premier prix de la GlaxonSmithKline Elion Research Award alors qu’il travaille (en 2000) à la HealthProtection Agency de Londres et à la London School of Hygiene and Tropical Medicine. Il avait à l’occasion, grâce à sa recherche menée en collaboration avec des chercheurs britanniques, français et américains, démontré l’interaction entre l’Herpes et le VIH.
Né le 29 décembre 1964 à Yaoundé au Cameroun, Dr Mbopi-Kéou devient membre de l’ISID en 1992. Il participe pour la première fois au congrès de Boston par l’entremise de son maître Jacques Acar, à l’époque, président de la société française de pathologies infectieuses. Congrès que présidait Jonathan Mann qui est le premier directeur du Programme mondial de lutte contre le SIDA et le premier titulaire de la chaire d’éthique François-Xavier Bagnoud à l’Université de Harvard aux Etats-Unis.
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Karim Omer
April 8, 2010 at 1:25 PM
Felicitations a ce compatriote pour cette election. C’est toujours une fierte de voir les siens arriver au sommet. J’espere que le Cameroun en tirera profit. Bon vent!!