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Liberté de la presse: Policiers et gendarmes répriment une manifestation des journalistes

Justin Blaise Akono | Mardi 4 Mai 2010 | Mutations|

Le sit-in pacifique prévu hier à Yaoundé s’est mué en affrontements entre les deux parties.

L’Union des journalistes du Cameroun (Ujc) a prévu un sit-in pacifique hier lundi, 03 mai 2010 devant les services du Premier ministre (Pm) aux fins de célébrer la journée internationale de la liberté de la presse, jumelée à l’hommage au confrère Bibi Ngota décédé à la prison centrale de Yaoundé Kondengui le 21 avril dernier. Et les menaces sur la tenue de cette manifestation se sont avérées réelles lorsque des escouades de policiers et gendarmes ont investi les lieux aux premières heures de la journée.

Pendant leur rassemblement sur le terrain vague en face de l’hôtel Hilton, les journalistes sont tenus en respect par des éléments couplés de la police et de la gendarmerie, qui auront constitué une ceinture autour d’eux. Ce qui ne va pas tarder à irriter les 300 journalistes présents. De noir vêtus ou en T-shirt estampillé de la photo de Bibi Ngota et armés de pancartes assez expressives, les gens de médias ont tenu à se faire entendre. ” Nous sommes tous des Bibi Ngota ! Vigilance Monsieur le Président ! Libérez tous les journalistes en prison ! Non à la torture ! Non à la persécution des journalistes ! “, a-t-on pu lire.

Jouant de ruse comme le chat face à la souris, les professionnels des médias auront multiplié des tentatives de se rendre sur l’esplanade des services du Premier ministre quand les gendarmes sont entrés en scène en empoignant certains, frappant d’autres de leurs matraques, non sans arracher les pancartes. La confrontation sera si violente que les vêtements de certains journalistes voleront en lambeaux.Polycarpe Essomba, journaliste à Equinoxe Tv et correspondant de Radio France internationale (Rfi), venu de Douala avec une cinquantaine d’autres confrères pour soutenir la manifestation est pris à partie par les gendarmes qui l’enfourchent.

Sa chemise est déchirée. Il perd ses pièces personnelles dont un passeport et ne retrouvera point sa veste. Plusieurs autres journalistes prennent des coups de matraque et de ceinturon des pandores et des agents de police. Pour ces forces de répression, une correspondance du sous préfet de l’arrondissement de Yaoundé III, Loko Motassi, interdit la manifestation. Le courrier remis à l’instant aux dirigeants de l’Union des journalistes du Cameroun indique que la manifestation a été déclarée hors délai. En face, les journalistes opposent une disposition de la loi indiquant que seul un arrêté peut interdire une manifestation publique, et non une lettre.

“Je suis déçu du fait que les autorités administratives font un effort de violer la loi portant régime des manifestations au Cameroun “, s’insurge Okala Ebodé, l’ancien leader de l’Association de défense des étudiants du Cameroun (Addec) pour qui ” cette manifestation est un message fort : que ce soit le premier et le dernier journaliste qui meurt dans ces conditions. La liberté d’expression doit être un vécu au quotidien “. Au front de l’action, des reporters de différents organes de presse à capitaux publics et privés, membres des syndicats ou non, mais aussi des directeurs de publications (Dp) et hauts responsables des organes qui ont pignon sur rue.

Répression

Assis à même le sol par solidarité, les directeurs de publications de Mutations Alain Blaise Batongué, Haman Mana de Le Jour, Guibaï Gatama de “l’Œil du Sahel”, Séverin Tchounkeu de La Nouvelle Expression et Equinoxe (radio et Tv -qui a fait le déplacement de Douala), se joignent aux centaines de leurs confrères présents dont Parfait Siki le Sg de Repères, Marie Noël Guichi et François Channon du Messager, Léger Ntiga, Yerima Kini Nsom de The Post, Jules Domche de Vox Africa (en T-shirt). ” Les forces de l’ordre nous ont opposé le fait que nous ne disposions pas d’autorisation légale. Et ce matin, on nous remet une lettre du sous préfet au lieu d’un arrêté interdisant la manifestation “, proteste Guibaï Gatama.

Plusieurs observateurs sont désagréablement surpris par la démarche des forces de l’ordre. ” Paul Biya, en 1983 lors de sa première visite en France, avait dit : [Il n'est plus nécessaire de gagner le maquis pour exprimer son opinion au Cameroun]. D’où vient-il qu’il y a la police et l’armée face aux journalistes qui viennent exprimer leurs opinions ?

Le chemin est encore long pour que le Cameroun soit une démocratie authentique “, déplore Enoh Meyomesse, intellectuel et écrivain camerounais présent sur le lieu. Pour Pauline Biyong, membre de la société civile, ” la mort de Bibi est regrettable et c’est le fait de certains collaborateurs qui veulent mettre en difficulté le chef de l’Etat, qui a prescrit une enquête. Que le gouvernement arrête de communiquer dessus “, martèle-t-elle. Et Guibaï Gatama de penser que ” Nous avons à faire à un pouvoir fragile. Nous n’avions ni pierre ni bâton. C’est quelque chose d’incompréhensible “. Le sit-in pacifique tel que prévu s’est déroulé en face du lieu indiqué. Mais, les organisateurs ont déroulé leur programme: Une minute de silence observée en hommage au confrère décédé ainsi que la lecture du mémorandum et la déclaration de l’Ujc. Sous le regard de soldats qui croient détenir les plus grands malfaiteurs de la planète.




 

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