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Viabilisation de la Ville de Yaounde: Décryptage des Coûts et manquements

Depuis près de 20 ans, la viabilisation de la ville de Yaoundé, avec son corollaire consistant à améliorer la circulation des personnes et des véhicules est l’objet de beaucoup de débats. On en parle, mais les actes suivent peu. En 20 ans, le parc automobile de la capitale a accru de 80% au moins; la ville a accueilli une population impressionnante en nombre. Paradoxalement, les infrastructures routières n’ont pas suivi cette double cadence. La construction du Carrefour de la Préfecture, au de là de ses options critiquables, relève de ce souci de rendre la circulation fluide dans la capitale, ce faisant, mettre un peu d’esthétique dans une ville où rien d’attractif n’a été construit curieusement jusqu’à ce jour.

Au terme des études qui auront duré 2 ans, la construction du Carrefour de la Préfecture a été officiellement lancée le 11 avril par le Premier ministre de l’époque, Ephraïm Enoni. Des travaux gigantesques consistaient à dégager 72 000 m3 de terre pour tracer le souterrain doté de 4 860 m3 de béton armé ; construire 28 200 m2 de chaussées en enrobés ; creuser 5050 ml de caniveaux pour l’évacuation des eaux de pluies ; aménager des jardins paysagers sur 6 500 m2 ; faire la signalisation et poser l’éclairage sur toute l’étendue de la zone aménagée.
Tous ces travaux ont coûté globalement 11 milliards de francs Cfa. 7 118.778.036 de francs ont supportés par les fonds Ppte multilatéral, et le reste, soit 4 milliards de francs par les fonds Ppte relevant du C2D, inscrits dans le budget d’investissement public du ministère du Développement urbain et de l’habitat.

Ces financements n’ont pas été acquis sans heurts. Un climat de méfiance persistante entre le partenaire français et les autorités de Yaoundé ne favorisait pas le décaissement de la tranche des fonds relevant du C2D. Les Français ne percevaient le bien fondé et la nécessité d’un souterrain. Pour le délégué du gouvernement auprès de la Communauté urbaine, un tunnel n’est peut-être pas nécessaire, mais son impact esthétique est indéniable, argument que la partie française au sein des négociations dans le cadre du Comité technique bilatéral jugeait « complètement farfelue ».
Le fait de confier la réalisation de cet ouvrage à Razel, une entreprise française, avait été certainement déterminant pour arracher l’accord de ce partenaire que la partie camerounaise accuse de favoriser les entreprises de l’Hexagone dans l’attribution des marchés financés sur fonds Ppte.

Les Français eux, accusent la partie camerounaise de manquer souvent de transparence dans les circuits financiers des marchés publics, ce qui aiguise davantage leur méfiance dans la gestion des fonds du C2D. Les Français souhaitent qu’il y ait davantage de communication de part et d’autre pour dissiper les suspicions dans cette coopération.
Le Carrefour de la Préfecture est maintenant une réalité. En attendant d’officialiser son nom de baptême, les spécialistes continuent de poser leur regard critique sur cet ouvrage. Un urbaniste environnementaliste qui a requit l’anonymat, relève que les concepteurs de cette réalisation ont complètement fermé les yeux sur toutes les caractéristiques qui doivent justifier l’existence d’un tel ouvrage. Pour lui, « l’ouvrage est totalement en déphasage avec son environnement architectural et sociologique. Il n’a résolu aucun problème relatif à l’arrêt des véhicules de transport public, à savoir les autobus et les taxis. Les piétons ont tous les problèmes du monde pour accéder au rond central. »

Outre ces carences, il relève également que, « pour ce genre d’ouvrage, une activité économique du genre objets de marque pour souvenirs, petits magasins pour produits de luxe devraient meubler son environnement afin d’inciter la fréquentation de ce lieu ». « Tous ces manquements font de ce carrefour un endroit anodin où les gens passent sans un quelconque intérêt », estime t-il.
Les mois à venir vont déterminer si ce carrefour demeurera anonyme ou s’il portera un nom. Celui que le Conseil de la Communauté urbaine de Yaoundé lui a trouvé ne semble pas avoir l’adhésion de tout le monde, notamment les Français qui estiment qu’en procédant comme ils l’ont fait, les responsables de la Communauté urbaine ont manqué d’élégance à leur endroit : « Nous n’avons pas à nous mêler de la souveraineté du Cameroun ; nous estimons simplement qu’ayant pris une part active à la construction de cet ouvrage, la moindre des courtoisie voudrait qu’on nous informe tout au moins. Cela ne signifie en rien, demander notre avis ou notre accord ». Est-ce la raison pour laquelle le gouvernement tarde à faire inaugurer un espace dont la présentation officielle avait été initialement programmée autour des festivités du cinquantenaire de l’indépendance, mi mai dernier ?

26 Juillet 2010|Mutations|


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