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Les Yaoundéens font leur « nyanga » à l’Avenue Kennedy

1 – L’Avenue Kennedy comme dans les prêts à porter

Une foule de personnes est attroupée au lieu dit Avenue Kennedy ce mercredi 04 août 2010. Une marée humaine dans laquelle se confondent commerçants à la criée, jeunes vacanciers, éléments des forces de l’ordre, agents de la Communauté urbaine de Yaoundé (Cuy) qui font le guet dans l’espoir de happer un commerçant malchanceux qui aurait le malheur d’exposer ses articles à cet endroit qui leur est désormais interdit proscrit. Mais ce qui attire le plus l’attention des passants ce sont surtout ces jeunes garçons qui ont investit l’entrée de la CBC Bank, établissement financier dont l’architecture s’impose au milieu des autres bâtisses qui jalonnent les deux extrémités de toute l’Avenue. En fait, ils font des va et vient avec des ensembles costumes pour messieurs. Chacun en tient au moins trois, voire quatre. Pour certains, lesdits costumes sont posés sur l’épaule. Pour d’autres, ils sont enfilés. Certains vendeurs sont carrément tirés à quatre épingles ; faisant ainsi office de mannequin. Après tout « on ne vend pas la poule dans le sac. Il faut que le client soit convaincu de ce qu’il achète, qu’il voit un peu à quoi il peut ressembler avant de s’engager. C’est plus frappant et plus crédible comme ça », explique Lamine Didier dit « Kougnaté ».
Par des sifflotements, des signes de la main et des appellations diverses, ceux-ci hèlent passants ou passagers à bord des taxis ; à la recherche d’un potentiel client. Vingt, trente, peut-être même un peu plus, difficile de se prononcer quant au nombre de ces vendeurs. Une chose est quand même sûre. Ils sont nombreux. C’est qu’ils sont devenus après la démolition de certains ateliers de couture et autres comptoirs qui foisonnaient naguère au centre-ville, des commerçants ambulants. Même si parfois certains d’entre eux sont chaussés de babouches avec des pieds recouverts de poussière, les costumes qu’ils arborent comme le témoignent certains habitués du lieu, sont de bonne qualité. « Avant nous étions un peu dubitatifs en ce qui concernait la qualité. On se disait qu’avec l’invasion du marché par les produits chinois, ils s’étaient finalement mis à l’école du faux. Mais à bien regarder, ce sont des costumes de bonne qualité, confectionnés avec de bons tissus également. On a même de la peine à’imaginer qu’on les coûts ici au pays».
Interrogés justement sur l’origine desdits costumes, ces jeunes, originaires pour la plupart de la partie septentrionale du pays, disent travailler en « étroite collaboration » avec un certain Pape, couturier sénégalais installé sur la route de Soa. Ce dernier, aurait d’abord fait ses classes dans une école de mode en Italie, puis à Dakar, avant de poser définitivement ses valises au Cameroun. Il n’est pour autant pas le seul car certains vendeurs font confectionner leurs vêtements chez quelques « stylistes modélistes » installés au quartier « Briqueterie ».

2 – Quartier Briqueterie, industrie de la mode

Il faut avouer que les multiples opérations de déguerpissements lancées par le Délégué du gouvernement auprès de la Communauté urbaine de Yaoundé au centre ville depuis 2008 n’ont pas beaucoup aidé les couturiers. Bien au contraire. Cela a fini par créer une espèce de surpeuplement à la Briqueterie. Ils sont quittés du simple au double, se muant tous en de véritables usines de confection de costumes tris pièces. Ici, les « professionnels de la haute couture » comme ils se font appeler, excellent dans toutes les coupes. Des coupes à l’italienne aux vestes cintrées, en passant par le près du corps, (modèle le plus prisé Ndlr) et les costumes droits et amples, à la française ou à l’américaine, ces couturiers apprend-t-on, abattent un travail soigné qui n’a rien à envier aux modèles européens. Zaidou, jeune couturier que nous avons rencontré à la « Brique », comme beaucoup d’autres, dit être le fournisseur de nombreux jeunes vendeurs à l’Avenue Kennedy.
Quoique la fréquence de livraisons ne soit pas aussi régulière comme certains peuvent le penser, « les prix que nous pratiquons aux détaillants sont deux, voire trois fois moins coûteux que ceux des boutiques où certains costumes tournent autour de 150.000 Fcfa à 200.000 Fcfa. Ici, on le leur laisse à partir de 40.000 FCFA et 75.000 Fcfa. A leur tour, ils vendent de façon à avoir un peu de bénéfice », explique Moussa Djinaou, couturier surnommé « El Pacha ». Cette différence de prix poursuit-il, s’explique par le fait que « le tissu super 180 coûte moins cher que le super 200. Le super 100 qui est plus léger que tous les autres coûte également moins cher. Mais les clients ne l’aiment plus comme ce fût le cas avant. Ils ont désormais jeté leur dévolu sur le près du corps, le costard pétrole et sur du velours ».
Daouda, étudiant en filière biologie animale à l’université de Yaoundé II, et vendeur de costumes à ses heures perdues, ajoute que le prix s’établit en fonction de la qualité du tissu utilisé pour confectionner le costume, de la taille et du gabarit du client. Lesquels clients se recrutent parmi les jeunes travailleurs, les étudiants et même certains adultes qui rêvent eux aussi d’être à la mode.

3 – Les mal aimés du centre ville

A côté de ces vendeurs de costumes, il y en a ceux qui ont choisi de faire dans le commerce en détails des tissus servant à la confection. Pour beaucoup de commerçants, ce commerce est tout aussi courue que celui des costumes déjà confectionné. En plus, il s’avère plus avantageux car « cela nous permet de choisir et d’acheter le tissu qui nous plaît. Puis nous allons à la Brique ou à Mokolo rencontrer un tailleur à qui nous n’allons payé que les frais de couture qui s’élèvent généralement à 20 voire 30.000 FCFA », confie un vendeur. Toutefois, il se murmure dans les circuits de ce commerce que la présence de ces débrouillards à l’Avenue Kennedy n’est pas du goût des gérants de magasins de prêt-à-porter situés dans le voisinage. Non seulement « ils encombrent l’entrée desdits magasins, mais par les prix qu’ils pratiquent, ils parviennent à arracher les potentiels clients qui se ruaient avant vers nous », se plaint Annette W, gérante d’un prêt-à-porter mixte à l’entrée de la ville. C’est dire que la concurrence (déloyale) à laquelle se livrent les deux entités tourne dans la plupart des cas, à l’avantage des « mannequins du boulevard ». De sources dignes de foi soutiennent même qu’aux fins de les couper l’herbe sous les pieds, certains propriétaires de prêts-à-porter prennent langues avec les bidasses de la Cuy pour qu’on les déguerpisse de cet endroit pourtant propice pour le commerce.
Comme si cela ne suffisait pas, on les soupçonne aussi d’être les instigateurs du vol à la tire « pickpockets », récurrent au niveau des marchés des gares routières et, partout où il y a des attroupements. Des accusations qui finissent par ternir l’image de ces débrouillards et diminuer le flux de leur clientèle. « On dit que nous suivons les passants pour leur enlever soit leur argent, soit les téléphones portables. A l’approche des fêtes ça devient grave. Car on dit partout que nous passons le temps à plumer nos clients qui deviennent de plus en plus nombreux », regrette Abou, un autre vendeur.
Réputé pour être un lieu où règne l’insécurité, l’Avenue Kennedy est très redouté par l’usagers. Ce qui n’arrange guère la situation de ces jeunes hommes qui connaissent comme tous les débrouillards des difficultés. Surtout que ce commerce qu’ils pratiquent n’est pas si florissant qu’on le prétend. Ecouler une bonne quantité de costumes au point de faire de grands bénéfices reste pour eux une gageure. Le costume n’étant pas quelque chose qui se vend comme les arachides, les clients se font souvent rares. « On peut faire deux semaines sans vendre. Il faut à ce moment remuer les méninges pour pouvoir joindre les deux bouts », confesse Mahmet Sidiki, un vendeur.

Par christian.tchapmi | Mercredi 18 août 2010 | Le Messager|




 

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