Jean Marie Paul Tabi accuse Charles Kooh, le commissaire aux comptes, d’avoir pas vérifié l’effectivité des prestations.
L’affaire Ministère public et Chantier naval et industriel du Cameroun contre Zacchaëus Forjindam et ses coaccusés s’est poursuivie mercredi dernier au tribunal de grande instance du Wouri, à Bonanjo.
Le troisième et dernier témoin du tribunal, François Jean Marie Paul Tabi, a achevé sa déposition. Il a dirigé la mission de contrôle et de vérification effectuée par des inspecteurs d’Etat au Chantier naval, en 2006. C’est en cette qualité que le sieur Tabi, haut commis de l’Etat retraité, intervenait. Il a été interrogé par le ministère public et les avocats de la partie civile. Ceux-ci lui ont rappelé la correspondance datée du 03 août 2006, adressée au procureur de la République et mettant en cause la gestion du directeur général du Chantier naval, Zacchaëus Forjindam. Il était reproché à Forjindam l’absence des pièces justifiant des dépenses estimées à 968 millions de francs Cfa. « Lui-même, Charles Kooh 2, a failli, il n’a pas vérifié l’effectivité des prestations (faites par les agences de conseil fiscal Sas, Logisco, etc., Ndlr). Nous autres, les inspecteurs d’Etat, nous sommes allés au-delà des pièces, vérifiant l’effectivité desdites prestations », a accusé François Tabi. Il a également souligné que les rapports du commissaire aux comptes sont assujettis au contrôle des inspecteurs d’Etat.
François Tabi a ensuite expliqué les méthodes de travail de l’équipe du Conseil supérieur de l’Etat. « Toute la structure du contrôle interne effectué reposait sur une pyramide ayant à son sommet les stratégies, au milieu la gestion et au bas l’exécution (…) Il fallait qu’on s’assure que le Chantier naval a bel et bien profité de la transaction, et donc qu’il y a eu livraison pour le service fait », a-t-il relevé. L’inspecteur d’Etat reconnaît qu’il y a eu des cas d’indiscipline liés à la tenue des comptes, mais refuse de parler d’irrégularité. « Nous ne faisions pas une enquête, encore moins un audit fiscal, il s’agissait d’un contrôle de gestion », tient-il à préciser. Pour l’économiste, il y aurait eu des sanctions à l’encontre des inspecteurs d’Etat si leur travail avait été mal apprécié par leur hiérarchie.
La lettre autorisant la mission de contrôle au Chantier naval a été signée le 21 septembre 2006, par le ministre délégué à la présidence de la République chargé du Contrôle supérieur de l’Etat, David Siegfried Etame Massoma. A cette date, note Me Eba’a, avocat de la partie civile, les inspecteurs d’Etat se trouvaient déjà au Cnic. François Tabi explique que cette pratique est courante puisque les contrôles sont inopinés. Il reconnaît qu’il a reçu globalement 15 millions de francs Cfa. L’avance sur le paiement oscillait entre 30 et 60% dans le meilleur des cas, témoigne l’inspecteur d’Etat. Les débats vont reprendre le lundi 06 septembre prochain.
Théodore Tchopa|3 Septembre 2010|Le Jour|
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