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Comment les fonds de l’APEE sont détournés…

En dehors des frais inhérents à l’inscription et scolarité (pension dans le privé) et autres accessoires (tenue de sport, tee-shirt du mercredi), figurent en place ceux de l’association des parents d’élèves et des enseignants (APEE). Evalués à 10.000 francs Cfa dans le public pour un peu plus dans le privé, c’est chaque fondateur qui use et en abuse à sa volonté. A la question de savoir leur utilité, Lucien Djongwane, enseignant de physique dans un lycée de Douala parle d’assistance : «C’est grâce à cet argent que les lycées arrivent à boucler l’année scolaire dans de bonnes conditions. Ces frais servent à payer les vacataires, aux travaux d’entretien et d’équipements». Voulant vanter les mérites de l’APEE, il parle de quelques réalisations : «Pour le seul compte de l’année dernière, l’APEE a acheté plus de 100 tables-bancs, nous avons refait la peinture et acheté des ordinateurs».

Même son de cloche au niveau du privé. Josué Mbog III, gestionnaire d’un collège à Bali-Douala, réagit : «Ce n’est pas nous qui avons inventé l’APEE mais c’est un concept que nous pérennisons car il vaut son pesant d’or. Ces frais nous permettent de faire beaucoup de choses visant à satisfaire nos élèves». Si les idées premières qui prédestinent à l’avènement de l’APEE sont à saluer, c’est la gestion de ces fonds qui préoccupe. Ce sont les guéguerres de positionnement et les querelles internes entre les membres des APEE qui ont fait découvrir le pot aux roses. Car chaque élection étant émaillée de chaudes empoignades, avec à la clé des dénonciations relatives aux soupçons de détournement.

Des millions en fumées chaque année

Considérée comme la poule aux œufs d’or, l’APEE dévoile au fil des années ses propres dysfonctionnements (qu’on soit du public que du privé) et a étalé au grand jour la grande maffia autour de sa gestion financière, sous l’œil vigilant du chef d’établissement se comportant plus en caïd qu’en pédagogue. Pour comprendre comment ces fonds sont détournés et ne sont pas toujours utilisés à bon escient, une comparaison entre les recettes et les dépenses (déclarées) s’avèrent nécessaires. Une esquisse de réponse de Maximilien Dalle Ekambe, ex-enseignant à l’école principale d’Akwa : «Si vous multipliez 10.000 par 3.000 élèves que compte un lycée, ça fait 30.000.000. Le président et le trésorier de l’APEE s’entendent pour dépenser au trop la moitié de cette somme, et conservent le reste. Le bilan qu’ils présentent en fin d’exercice n’est que de la poudre aux yeux. Ce sont des comptes non certifiés que personne ne peut vérifier car le proviseur a sa quote-part. C’est d’ailleurs lui qui désigne, non qui s’arrange à faire élire son poulain pour des raisons évidentes»

Si au public la bataille s’organise autour de la gestion des fonds, c’est motus et bouche cousue dans le privé. Pour noyer ces fonds, les fondateurs les injectent dans les frais d’inscription. Résultats des courses : pas d’association des parents d’élèves, pas de réunion, mais distraction «légale» des fonds. Ni vu ni connu. «On croyait que l’entrée en lice des enseignants allait changer la donne. Ils se sont plutôt invités à la soupe en protégeant les intérêts du proviseur qui les observe et les note», observe un parent.

Entre salles de classe surpeuplées, tableaux blanchis, tables-bancs dégarnies, bibliothèques inexistantes ou dépassées, tôles percées…, c’est tout le calvaire de l’élève camerounais qui est visible sur l’autel d’une distraction de fonds qui aurait pu servir à améliorer les conditions de travail des apprenant. Ce qui fait dire à Alphonse Etoundi Kanga, un andragogue, que «après on sera surpris que le niveau baisse d’année en année»

Etame Kouoh|| Vendredi 3 septembre 2010 | Le Messager|


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