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Gestion hospitalière Hôpital Laquintinie : la morgue au seuil de la mort

Morgue puante. Eau stagnante et malodorante à l’entrée du bâtiment principal. Chanvre indien vendu dans la salle de lavage -infecte- des corps, et fumé aux quatre coins de la morgue. Tel est le constat effectué au sein de l’hôpital Laquintinie de Douala. Une remarque que partage Janvier Essomba, chauffeur de taxi le 18 septembre 2010 lors de la mise en bière de son neveu. «J’ai failli vomir lorsqu’on a ouvert la morgue. L’odeur était si forte qu’il fallait s’armer de courage pour y entrer. Depuis un mois, toutes les levées s’y effectuent dans une seconde douleur : affronter l’odeur nauséabonde. Comme je suis un habitué des lieux, j’ai vu une femme s’évanouir. Elle a été par la suite conduite aux urgences». Ce dernier s’indigne contre le comportement «irresponsable» de ceux ayant en charge la gestion de cette unité de l’hôpital. «Avec tout l’argent que génère cette morgue, on pouvait au moins bien la traiter. Même les chaises sont insuffisantes pour les cérémonies de mise en bière. En fait, ironie du sort, cette morgue semble au seuil de la… mort elle-même ».

Dans l’impossibilité de rencontrer le Dr Gérémi Sollè, directeur de cet hôpital (en pleine réunion de crise contre le choléra), Emmanuel Parfait Bwaka, l’économe relativise l’inquiétude de la majorité exprimée par cet usager. «Pour commencer, l’odeur à laquelle vous faites allusion se limite à la morgue et ne se répand dans tout l’hôpital. Ces odeurs obéissent à un phénomène clinique normal car après six heures, il y a décomposition primaire qui donne lieu à la putréfaction. Une cellule qui ne vit plus se dégrade car privé d’oxygène», explique-t-il. L’économe ne manque d’énumérer toutes les stratégies d’hygiène et d’assainissement. «Cette morgue est désinfectée trois fois par semaine. On la lave à grande eau, avec du crésyl, avec de l’eau de javel et un produit spécial qu’on appelle le Major 6. En dehors de ça, nous administrons de soins mortuaires aux cadavres, en dehors du formol».

Mais pourquoi dans ce cas, l’odeur de la morgue est-elle aussi forte, malgré toutes ces mesures prises ? Notre interlocuteur parle de mélange hétérogène. «Cette morgue garde tous les corps de la ville : les noyés, ceux qui sont victimes de la justice populaire, ceux qui meurent chez eux ou dans les hôpitaux sans oublier les accidentés. Vous comprenez que l’odeur ne peut forcément pas être la même car tous ne sont pas morts de la même manière». Il ne manque pas de souligner les conditions climatiques. «On ouvre la porte de la morgue à chaque cinq-dix minutes pour conserver ou retirer les corps. Le fait d’ouvrir cette porte diminue la température et il se pose donc par conséquent un problème d’instabilité climatique». A propos de l’eau stagnante, un morguier parle d’oubli. «C’est seulement ce matin qu’on a oublié de laver le sol et quand bien même on le fait, l’intense trafic qu’il y a ici laisse des traces. On est souvent obligé de le nettoyer plusieurs fois par jour».

Focal Chanvre indien : l’opium des morguiers

En dehors de tous les autres sites de vente et de consommation du chanvre indien connus ou inconnus de Douala, la morgue de l’hôpital Laquintine est le lieu par excellence où cette drogue est presque légalisée et érigée en première unité de valeur à valider avant d’entrer en fonction. Car il est de notoriété publique que les morguiers en consomment au vu et au su de tous. «Notre travail est très délicat car nous faisons ce qui fait peur aux autres. Il nous faut une dose de fortifiants pour bien travailler», justifie un morguier. De Bonny Mbassi à Gérémi Sollè en passant par Fritz Ntonè Ntonè, tous les directeurs de cet hôpital ont d’abord condamné cette pratique, avant de décider de «fermer les yeux». Surtout que Doumbe Dibobe, le célèbre morguier qui se promène d’un bout à l’autre de la ville avec un mégot de chanvre indien suspendu à ses lèvres, avait créé la sensation en fumant cette drogue en présence de Peter Mafany Musonge alors Premier ministre, en visite de travail à l’hôpital Laquintinie de Douala.

Par lemessager | Mardi 21 septembre 2010 | Le Messager

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