Charly Gabriel Mbock :«Tout semble s’être organisé dans la volonté d’éblouir le peuple»

Auteur de plusieurs articles et conférences scientifiques publiés dans différentes revues nationales et Internationales de Sciences Sociales, le Pr Charly Gabriel Mbock donne une conférence de presse ce jour avec  pour thème “L’opération épervier: civilités ou servilités de la Justice”. Nous l’avons approché bien avant pour en savoir plus.

On est fondé à soupçonner que vous écrivez au jour le jour la chronique d’un certain malaise déjà évoqué dans le livre ” L’opération épervier au Cameroun. Un devoir d’Injustice” dont vous assurez la coordination scientifique…

Avec l’Opération Epervier, la problématique de la justice au Cameroun est devenue une grave préoccupation citoyenne. Tout semble s’être organisé dans la volonté d’éblouir le peuple au lieu de l’éclairer. Or la justice est censée être rendue au nom dudit peuple. Il suffit que le peuple du Cameroun ait des doutes sur sa justice pour que tout procès intenté  et tout verdict rendu en son nom soit suspect. Ce me semble le cas avec L’Opération Epervier que nous suivons au jour le jour.

Précisément dans cet ouvrage collectif au titre évocateur, vous suggériez – et c’est un euphémisme – déjà des collusions  politiques et des préoccupations judiciaires. Apparemment, vous êtes dans la logique d’une affaire non classée.

La question est loin d’être classée, en effet. Il suffit d’une injustice, disions-nous, pour que tout l’appareil judiciaire soit décrédibilisé et, à la limite, frappé d’infamie. Or les injustices s’accumulent, se multiplient avec violence et arrogance, sans que personne n’envisage seulement de les réparer. Cette fuite en avant expose tout justiciable camerounais à une grave insécurité judiciaire. Comment rester indifférent si la justice, qui devait être notre ultime recours citoyen à tous, donne l’impression de se constituer en menace pour le citoyen ?

Votre sortie de ce jour intervient alors que vous n’avez pas répondu vous-même à un  procès en partialité instruit par vos détracteurs qui ont lu l’ouvrage évoqué plus haut. Que leur répondez-vous?

Certains de vos confrères se sont en effet posé  la question de savoir pourquoi l’ouvrage ne semble se préoccuper que du sort des « Grands » que l’Epervier inquiète. Si c’est cela que vous évoquez, je répondrais qu’il n’y a pas que ces « grands » qui soient notre préoccupation, bien des citoyens ordinaires ayant été embarqués  dans cette galère, et en toute injustice dans la plupart des cas. Que ces personnalités soient jugées avec justice, et tous les autres prévenus collatéraux bénéficieront de la même justice, soit pour être élargis, soit pour être condamnés, mais en toute justice ! En attendant, le devoir d’injustice qui semble frapper les uns frappe injustement  les  autres, indifféremment de leur statut social. Cette manière de lynchage social ne peut continuer. La requalification tardive de certains chefs d’accusation, les acquittements partiels, les retards dans l’instruction de certains dossiers comme celui de la Communauté Urbaine de Douala, le silence judiciaire de l’Etat du Cameroun après son désaveu des Inspecteurs d’Etats pourtant confondus de parjure et d’indélicatesse,  sont autant de preuves qui établissent que ces procès menés à grand bruit avec forte médiatisation ne bénéficient pas encore de tout le sérieux et de toute l’objectivité que requiert tout processus qui expose un citoyen au déshonneur et à la privation de liberté. Je m’interdis donc d’en parler à la légère, sans pour autant accuser de légèreté, ceux qui se veulent mes « détracteurs ». La question est si dramatique qu’elle n’a plus besoin d’être polémique. Dans corrompre il y a rompre. Et aussitôt que le contrat moral entre le justicier, la justice et le justiciable est  rompu, il y a corruption du système judiciaire. On ne peut pas lutter contre la corruption par la corruption du système qui doit juger des citoyens accusés de corruption. Céder à cette faiblesse pour solder quelques comptes personnels, c’est instrumentaliser la justice à des fins d’injustice.  Il n’y a alors plus de limite à aucune dérive : quand toute une République est en prison, il ne reste plus que son Président.  «En sommes-nous si éloignés » ?

Valentin Zinga | 9 Mai 2012 | LNE |

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