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Bras de fer entre Tsimi Evouna et Kyriakides

Le délégué du gouvernement a décidé de détruire le marché et le parc construit dans la vallée de Djoungolo.

Le petit ruisseau coule, tranquille. Tranquille comme la série de bâtiments qu’il traverse. Là-bas, tout au fond de la vallée de Djoungolo à Yaoundé, un petit marché vit sa petite vie tranquille : le marché Kyriakides. Impossible de le rater, c’est écrit en gros sur la façade principale. Pourtant les clients ne se bousculent pas dans les couloirs. Il y a quelques vendeuses de vêtements pour enfants, des débits de boisson et quelques petits restaurants. Il y a une piscine aussi, dans laquelle quelques jeunes gens s’amusent. Il y a surtout, ce matin, plus de vendeurs que d’acheteurs.

La musique qui s’échappe de certains commerces vient quelque peu troubler la tranquillité des lieux. Mais il n’y a pas que ça ! Depuis quelques jours, des croix de saint André ont été apposées sur les murs des boutiques. Elles traduisent les instructions de la Communauté urbaine de Yaoundé (Cuy) qui annonce leur démolition dans 12 mois. Elles ont été inscrites le 23 avril dernier, deux jours après un échange plutôt musclé entre Gilbert Tsimi Evouna, le délégué du gouvernement auprès de la Cuy, et Georges Kyriakides, le promoteur du parc qui porte son nom et que le marché accompagne désormais.

Dans la quiétude de cette froide matinée d’avril 2012, on ne perçoit aucune crainte particulière dans l’attitude des commerçants de ce marché à part le stoïcisme né de deux années d’instabilité ? Or, les croix sont là, menaçantes de leur rouge vif, faisant peser sur la tête des occupants des lieux le spectre d’un déguerpissement prochain. Un autre déguerpissement !

Armand Bikoi, le président du marché, a porté le combat de ses pairs et continue à en recevoir les coups. Il est actuellement au tribunal avec le promoteur du parc Kyriakides, qui le 11 octobre 2012 lui a servi, par voie d’huissier, une assignation en expulsion. Celle-ci indique que le nommé Bikoi Armand a occupé sans droit ni titre un local du complexe commercial dénommé Parc Kyriakides et que malgré des demandes à l’amiable et une sommation de libérer signifiée le 23 juin, il demeurait dans les locaux. En conclusion, Kyriakides demande tout simplement à la justice d’ «ordonner  l’expulsion du requis du local qu’il occupe sans droit ni titre tant de corps que de bien et de tous occupants de son chef et ce, sous astreinte de 2.000.000 F.Cfa par jour de retard à compter de la signification du jugement à intervenir».

En dehors de Bikoi, le régisseur du marché et d’autres commerçants ont reçu des sommations à libérer leurs boutiques. Ils n’ont, un an après, pas quitté les lieux et assistent désormais presque en spectateurs, à un duel qui a pris d’autres contours et qui se joue désormais au-dessus de leurs têtes. Mais dont l’issue pourrait les laisser une fois de plus sans espace pour mener leur activité.

Oapi

Vendredi, 20 avril 2012. Une équipe de la Cuy s’est rendue au marché Kyriakides pour détruire des pans de mur afin de dégager une desserte pour l’Organisation africaine de la propriété intellectuelle (Oapi), dont le siège est actuellement en chantier. Malgré les croix de saint André qui avaient déjà été apposées sur l’espace prévu pour la servitude, Georges Kyriakides, avec l’aide du sous-préfet de l’arrondissement de Yaoundé 1er, est opposé aux casses. Alerté, Gilbert Tsimi Evouna arrive sur les lieux. Il est accompagné des policiers de la brigade de la Cuy et est bien déterminé à faire appliquer ses instructions, malgré la présence des autorités administratives. L’échange entre le délégué et Georges Kyriakides est houleux. Gilbert Tsimi Evouna parviendra à faire démolir les pans de mur de la discorde, pour que la servitude soit dégagée. Mais l’affaire était loin d’être terminée, car le délégué du gouvernement, au cours des échanges qu’il a eus ce jour-là avec Kyriakides, a annoncé qu’il détruirait tout le marché, construit sans permis de bâtir.

«Il ne possède aucun titre de propriété sur cet endroit, car le titre foncier est au nom de l’Etat du Cameroun et par-dessus tout, il n’a aucun permis de bâtir pour tout le bordel qu’il est en train d’ériger sur ces terres. Il voulait être exempté de ces casses, car le délégué du gouvernement a été saisi par la présidence de la République au sujet de ces dessertes», nous indique une source à la Cuy, qui a fait partie de la délégation qui s’est rendue sur les lieux le 20 avril dernier.

Notre source précise également que si cet espace, qui était jadis un marécage, a été concédé à Kyriakides, il n’a pas respecté le contrat passé avec l’Etat : «Vérification faite il a eu avis pour faire un parc et pas un marché comme il est en train de le faire en ce moment».

Le marché Kyriakides justement, de création récente, est assez peu connu des habitants de la ville de Yaoundé. Il est venu se greffer au parc du même nom, à la suite d’une entente entre la Cuy et le promoteur du parc. Une entente dont on semble bien loin désormais. Les occupants du nouveau marché sont essentiellement les commerçants déguerpis de l’ancien marché Sho, en face de la place Repiquet. Lorsque ce marché a été détruit au début de l’année 2010, la Cuy a décidé de recaser provisoirement ses occupants au parc Kyriakides.

« Il était impossible de recaser même la moitié des commerçants dans les boutiques prévues», se souvient Armand Bikoi, le président du marché. En ce moment-là, donc, en janvier 2010, une commission est mise sur pied par le délégué du gouvernement auprès de la Cuy. Elle comprend la Cuy, Kyriakides et un responsable des commerçants. D’après les résolutions des travaux de cette commission, Kyriakides, qui avait construit les bâtiments qui existaient déjà, devait les concéder à la Cuy. En plus, la possibilité était donnée aux commerçants de construire d’autres boutiques sur les espaces encore vides.

Pendant près de huit mois, des boutiques seront effectivement construites, mais entre-temps, les choses n’ont plus l’air de se passer comme prévues. «M. Kyriakides a décidé de récupérer certaines boutiques et a commencé à nous empêcher de nous installer sur les espaces vides. Le délégué du gouvernement est intervenu et a demandé aux commerçants de continuer de construire les boutiques», affirme Armand Bikoi.

Là encore, la crise ne fait que commencer, car la manifestation suivante du conflit naissant sera la question du paiement des loyers. «Après notre installation, M. Kyriakides s’est présenté comme bailleur pour exiger l’argent des loyers, mais puisque nous avions été recasés en ces lieux par le délégué du gouvernement, on a décidé que tant que le délégué ne nous demande pas de payer, on attend», explique le président du marché.

Dernier avertissement

En mars dernier, un mois tout juste avant l’affrontement dans la vallée de Djoungolo entre Gilbert Tsimi Evouna et Georges Kyriakides, un avis a été servi  aux commerçants. Intitulé «Dernier avertissement», il est inscrit sur un papier avec en entête Sci Consortium Marché – Parc Kyriakides et le message est le suivant : «Le consortium du marché – parc Kyriakides somme tous les commerçants occupant ses boutiques sans contrat de bail de venir 1) régulariser leur situation, 2) payer les loyers dus, 3) signer un contrat en bonne et due forme dans un délai de huit jours (…). Pour les récalcitrants, nous serons obligés de prendre des mesures appropriées».

Alors que les commerçants subissent la menace de la Sci Consortium Marché – Parc Kyriakides, elle-même subit désormais la menace de la Cuy et du coup un ensemble de questions s’imposent. Comment George Kyriakides a-t-il pu installer son parc dans la vallée de Djoungolo ? Quel type de contrat le lie à l’Etat du Cameroun pour disposer de cet espace ? Quel accord la Cuy et Kyriakides ont-ils trouvé pour l’installation en 2010 des commerçants expulsés du marché Sho ?

Le président du marché croit savoir qu’à la suite de la commission qui a siégé en janvier 2010, Kyriakides avait concédé les bâtiments déjà construits à la Cuy. Georges Kyriakides revendique un droit de propriété sur cet espace qui, d’après ses dires, lui aurait été cédé par l’Etat. Il a d’ailleurs menacé, au cours de l’échange du 20 avril avec les responsables de la Cuy, de voir le chef de l’Etat. Une source que nous avons approchée dans les services de la Cuy soutient qu’il ne peut pas disposer d’un titre de propriété sur cette zone qui est un marécage et qu’en plus il y a installé une espèce de taudis, avec des carcasses de bus, qui ne respectent pas le cahier de charges qu’il avait.

Jules Romuald Nkonlak | 12 Mai 2012 | Le Jour |

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