Marafa Hamidou Yaya: des rêves de liberté qui peuvent être des chimères

L’accélération visible à laquelle on assiste dans les procédures judiciaires marque de manière certaine, la détermination en haut lieu de vider ce qu’on peut appeler l’acte Ier de l’opération Epervier. Vider les cellules des détenus à titre préventif, pour les remplacer par des condamnés. Telle semble être la nouvelle donne insufflée par le pouvoir. Pour quelles répercussions cependant ? Qu’on le veuille ou non, la machine qui a ainsi été mise en route, ne l’est pas de manière fortuite.

Avec Paul Biya tout est dans le bon timing, aiment à rappeler les exégètes des actes présidentiels au Cameroun. Aussi, si on veut un tant soit peu jouer aux intelligents, doit-on poser cette autre question. Pourquoi maintenant et pas avant ; et pas depuis ? Beaucoup de questions sans réponses, on en convient. On peut avoir vu dans l’accélération du procès Marafa des signes qu’en haut lieu, on tenait à vider les prétoires des comparutions de ceux qui depuis des années, attendent d’être enfin jugés.

On nous annonce pour demain par exemple, la tenue au quotidien du procès de l’ex- Minatd et de son co-accusé, Yves Michel Fotso. La volonté d’en finir au plus vite est visible. Mais que cache t- elle ? Se pourrait-il qu’en haut lieu, après avoir pris toute la mesure du danger politique que les deux prévenus représentent, on ait pris l’option de vider le contentieux qui les oppose à l’Etat avec pour corollaire, de susciter en eux des espoirs de voir enfin la lumière du jour ? Car enfin, le risque est grand pour l’ex-Minatd, ne serait-ce que parce qu’il passe en jugement bien avant Inoni Ephraïm en compagnie duquel il fut arrêté le 16 avril dernier, de penser qu’il est un Eperviable privilégié, presque de luxe et à qui le pouvoir est disposé à réserver un traitement spécial. Beaucoup a été dit ces dernières semaines, sur les tractations allant bon train entre le pouvoir et son dissident, dont l’activité épistolaire constituait une menace voire une bombe, si on veut être alarmiste. On a voulu voir dans l’empressement manifeste avec lequel le tribunal criminel spécial est mis sur pied, le signe que des tractations secrètes auraient fini par accoucher d’un consensus Biya- Marafa.

L’arrêt des lettres incendiaires contre la relaxe à l’issue d’un procès. On a vu avec quel enthousiasme Marafa, le pas alerte est entré et sorti du tribunal sous les vivats d’une foule en liesse, comme un homme convaincu d’avoir gagné la manche d’une partie de poker.

Et si on avait regardé dans la mauvaise direction? Et si comme il est de coutume,on berçait ces éperviables de l’espoir d’être libres, alors que cette hypothèse n’a jamais été envisagée ?

Posons cette autre question pour être plus clair : Paul Biya peut-il consentir à voir Marafa libre ?

Non. Pourquoi ? Parce que son cas pourrait faire école et en inspirerbien d’autres. Parce que cela signifierait que le président a été vaincu par une de ses fils. Parce que politiquement, c’est bien lui qui sortirait affaibli de ce clash historique, ce qu’il est loin de pouvoir concéder.

Marafa libre ? Difficile vraiment de l’envisager, en se souvenant de ce qui arriva après l’acquittement de Mebara. Il n’est toujours pas libre. Pire, avec les nouvelles charges portées contre lui, on ne lui a même pas concédé les joies de comparaître libre pour le procès à venir.

Depuis sa mise en route, il y a en effet comme une sorte de règle non-écrite dans les procédures de l’Opération  Epervier. Un peu comme une logique du “personne ne sort”, n’en déplaise à la vérité issue des débats et enquêtes judiciaires. On se souvient qu’à l’annonce de l’acquittement de Mebara, Paul Biya aurait piqué une colère noire en donnant des injonctions à son garde des Sceaux. La réaction du président a accouché d’une nouvelle affaire qui maintient l’ex-Sg-Pr en détention préventive pour un nouveau procès. Ainsi, sur Marafa et ses lettres ouvertes qui constituent une menace pour Paul Biya au point où il a été amené à négocier leur arrêt avec prétendument, une promesse de libération à la clé, il y a une possibilité plus plausible. Celle que le pouvoir n’ait en fait, voulu négocier qu’une simple trêve, en raison de l’aura nationale notamment
dans son fief de Garoua dont jouit l’ex-Minatd. Le pouvoir avait besoin de cette trêve, le temps de l’enrôler dans un procès où contrairement à ce qu’il espère, il serait condamné comme tous les autres.

Libre alors à l’appareil du pouvoir une fois la trêve obtenue, de mettre en branle tous ses moyens communicationnels pour discréditer l’homme, en dévoilant ses fautes de gestion et en mettant à nu sa fortune qu’on dit considérable. Dans un tel cas de figure, sentant avoir été floué par le pouvoir, quand bien même Marafa reprendrait avec la publication de ses lettres, leurs révélations se trouveraient diluées au sein de l’opinion en raison du discrédit sur sa personne que la campagne dévastatrice et sans précédent venue du camp d’enface, aurait eu comme effet sur le public.

Il y a donc un risque très grand que pour cette fois encore, Marafa Hamidou Yaya ait sous-estimé le système dans lequel il a lui-même servi, au plus haut niveau.  Et il n’est pas le seul à s’être ainsi fourvoyé. La liste est longue. Titus Edzoa, Polycarpe Abah Abah, Jean Marie Atangana Mebara, Ephraïm Inoni, etc.

© Emergence N° 0105 du 23 au 29 Juillet 2012 : Magnus Biaga

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