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Un Ă©conomiste togolais rĂ©clame le retour en Afrique de l’ouest de 3.000 milliards de FCFA de la BCEAO logĂ©s au trĂ©sor français (Exclusif)

Posted by Admin on Feb 2nd, 2010 and filed under Economie, Featured. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0. Both comments and pings are currently closed.

cameroonwebnews.com| 3 Février 2010 | Ouestafnews.com

Pr. Kako Nubukpo

Ouestafnews –Kako Nubukpo est un Ă©conomiste togolais, agrĂ©gĂ© des UniversitĂ©s et un ex- fonctionnaire de la Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO). Aujourd’hui consultant auprĂšs de l’Union Ă©conomique et monĂ©taire ouest africaine (Uemoa), il nous a accordĂ© un entretien dans lequel il dresse un bilan mitigĂ© de cette institution sous rĂ©gionale qui, en quinze ans, a rĂ©alisĂ© trĂšs peu, se contentant surtout de gĂ©rer de grands Ă©quilibres macro-Ă©conomiques au dĂ©triment de l’amĂ©lioration des conditions de vie des citoyens.

Dans le mĂȘme entretien le Pr Kako Nubukpo revenant sur une question dont la BCEAO ne veut pas entendre parler rĂ©clame le retour en Afrique de quelque 3.000 milliards FCFA de la Banque centrale logĂ©s au trĂ©sor français et qui auraient pu servir au dĂ©veloppement des pays de la sous-rĂ©gion ouest africaine membres de l’Uemoa.

Ci-dessous l’intĂ©gralitĂ© de l’entretien que l’agrĂ©gĂ© dâ€˜Ă©conomie, qui ne mĂąche pas ses mots, a accordĂ© Ă  Ouestafnews

Ouestafnews – En tant qu’économiste, quel est votre regard sur les progrĂšs rĂ©alisĂ©s, aprĂšs 15 ans, en matiĂšre d’intĂ©gration Ă©conomique sous rĂ©gionale, dans la zone Uemoa ?

Pr Nubukpo - C’est comme la bouteille Ă  moitiĂ© pleine ou Ă  moitiĂ© vide (
).Au plan formel il est indĂ©niable qu’il y a eu des progrĂšs, notamment du point de vue des institutions sous rĂ©gionales, du point de vue mĂȘme de la cohĂ©sion au niveau des dĂ©cideurs. Le mĂ©canisme de surveillance multilatĂ©rale, le mĂ©canisme de surveillance par les pairs, constituent des progrĂšs indĂ©niables. Mais concrĂštement par rapport Ă  ce que vit le citoyen de l’Uemoa, force est de reconnaitre que nous n’avons pas avancĂ©. La pauvretĂ© continue d’augmenter, on voit bien que le coĂ»t de la vie augmente dans l’Union, on voit bien qu’on ne peut pas circuler librement en dĂ©pit des textes qui disent qu’il y a une libertĂ© de circulation et au plan de ce que moi j’appellerai la gouvernance macro Ă©conomique de la zone il y’a de sĂ©rieux problĂšmes. Nous avons une monnaie qui est extrĂȘmement forte parce qu’elle est rattachĂ©e Ă  l’Euro et l’Euro Ă  fait Ă  peu prĂ©s 1,40 dollar. Nous ne pouvons pas exporter parce que nous exportons en dollar et nos intrants sont importĂ©s en euro. Donc nos hommes d’affaires, nos agriculteurs nos commerçants ont beaucoup de mal Ă  ĂȘtre compĂ©titifs Ă  l’export
 en quelque sorte, les gens en parlent, les institutions progressent mais le citoyen lambda de l’Union ne voit pas encore le fruit de l’intĂ©gration.

Ouestafnews - Du point de vue de l’analyse Ă©conomique ou se situe le blocage ? Pourquoi le citoyen justement ne voit pas ce fruit ?

Pr Nubukpo – Il y’a ce que j’appelle l’aliĂ©nation intellectuelle et l’extraversion Ă©conomique. Je commence par le 2Ăšme point, l’extraversion Ă©conomique. Nos Ă©tats n’ont pas Ă©tĂ© conçus pour ĂȘtre viables en eux mĂȘme. Ce sont des produits de la colonisation, de la confĂ©rence de Berlin. Nos Ă©conomies sont faites pour alimenter les mĂ©tropoles Ă  bas coĂ»t, nos produits sont des produits de rente qui ne sont pas transformĂ©s. AprĂšs l’indĂ©pendance nos responsables politiques n’ont pas eu le courage de changer la donne. Ils se sont complus dans cette logique qu’on appelle l’économie de traite et aujourd’hui on voit les limites de cette Ă©conomie de traite, puisqu’on ne crĂ©e pas de valeur ajoutĂ©e. Les coĂ»ts mondiaux des matiĂšres premiĂšres se sont retournĂ©s, on voit bien qu’il n’y a pas d’emplois pour nos jeunes qui sont obligĂ©s de migrer (
) Cette extraversion veut dire simplement que notre logique de fonctionnement est conçue pour l’extĂ©rieur et pas pour le dĂ©veloppement des populations.

Ouestafnews - Ce genre de discours, on l’entendait il y’a 10, 15, voire 20 ans en arriĂšre et aujourd’hui vous le reprenez dans un contexte dit de « mondialisation » – peut-on, Ă  un moment oĂč on parle de « mondialisation » vraiment parler d’économie « extravertie » ou d’économie « repliĂ©e » sur un pays ?

Pr Nubukpo – Oui, vous avez raison et c’est le deuxiĂšme point sur lequel je voulais revenir, et c’est l’aliĂ©nation intellectuelle. Notre modĂšle de penser, nos schĂšmes ne sont pas des schĂšmes endogĂšnes. Ils sont produits par l’extĂ©rieur. Ce qui est intĂ©ressant dans le phĂ©nomĂšne de globalisation c’est ce que chaque peuple peut apporter en terme d’originalitĂ© et sur ce plan nous avons beaucoup de travail Ă  faire. Vous avez raison de dire que la problĂ©matique de l’extraversion est une vieille problĂ©matique, mais elle est aujourd’hui d’actualitĂ©. Pourquoi ? Parce que la crise nous a montrĂ© que mĂȘme les dirigeants occidentaux qui utilisent des modĂšles conçus par leurs intellectuels n’hĂ©sitent pas Ă  changer ces modĂšles. Ils sont pragmatiques. Ils sont beaucoup plus pragmatiques que nos dirigeants africains qui se contentent de recopier Ă  l’identique les dĂ©cisions du FMI (Fond monĂ©taire international) et les injonctions de la Banque mondiale et qui se refusent Ă  avoir une pensĂ©e endogĂšne. Ma vision des choses c’est que nous ne pouvons rĂ©ussir dans la globalisation que si nous sommes authentiques, si nous apportons quelques chose qui provient de nous, de notre culture, de notre vision du monde, de la maniĂšre dont nous voulons ĂȘtre avec les autres .

Ouestafnews – Mais vous savez que la plupart de nos Etats ont aujourd’hui les mains quelques peu liĂ©es Ă  partir de tous ces programmes conçus avec ce qu’on appelle « le consensus de Washington ». Alors sur quels leviers peuvent s’appuyer nos dirigeants pour changer les choses, c’est un peu la question piĂšge, non ?

Pr Nubukpo – Vous avez tout Ă  fait raison. On est en un moment oĂč il faut changer de paradigme, changer de façon de penser, mais on ne peut changer de façon de penser que si nous avons un leadership digne de ce nom et pour moi ce qui est important dans ce leadership c’est sa lĂ©gitimitĂ©. Que ce leadership soit politique, social, religieux ou autre il faut que le leader soit lĂ©gitime. Si vous avez un homme politique qui trainent des casseroles, il ne peut pas avoir de lĂ©gitimitĂ© quand il s’exprime avec ses confrĂšres occidentaux lorsque vous avez des intellectuelles qui n’ont aucune connaissance de leur sociĂ©tĂ©, de leurs Ă©conomies ils ne peuvent rien apporter dans le concert de la pensĂ©e. Donc ce sur quoi nous devons travailler, c’est le renforcement de la lĂ©gitimitĂ© de nos porte-parole (
) Si nous avons des dirigeants lĂ©gitimes et si prenons conscience que la diaspora est une force importante et que nous travaillons dans le renforcement de la solidaritĂ© Ă  la fois des Africains qui sont en Afrique et ceux qui ne sont pas en Afrique et que travaillons Ă©galement pour que nos gouvernants puissent se parler et qu’on renforce la gouvernance, je pense que petit Ă  petit nous inflĂ©chirons la marche des choses.

Ouestafnews – Pour en revenir Ă  l’Uemoa qui cĂ©lĂšbre ses quinze ans, y a t-il a des leviers sur lesquels on peut s’appuyer pour justement prendre en compte ses dimensions de bonne gouvernance ?

Pr Nubukpo – Par rapport Ă  l’Uemoa ce que je voudrais mettre en Ă©vidence c’est l’importance de la cohĂ©rence de nos politiques publiques. Vous savez, nous ne transformons rien. Je prends l’exemple du coton. Nous ne transformons que moins de 3% de notre coton et nous avons une monnaie forte le franc CFA, qui nous empĂȘche d’ĂȘtre compĂ©titif Ă  l’export. Donc la premiĂšre question c’est : est ce que nous pouvons continuer l’insertion primaire des Ă©conomies de l’Uemoa au sein du commerce international avec un rĂ©gime de change qui est en total contradiction avec la volontĂ© d’ĂȘtre compĂ©titif Ă  l’export ?

Donc ce qu’on peut attendre d’une institution comme l’Uemoa ou d’autres institutions similaires, c’est de travailler sur la cohĂ©rence des politiques publiques qu’elles veulent mettre en Ɠuvre. En plus je pense qu’il est important de rendre compte. Parce que ces instituions ne sont que des produits de la volontĂ© populaire, il s’agit de dĂ©lĂ©gations de souverainetĂ©. Elles doivent ĂȘtre normalement sujettes non seulement au contrĂŽle politique ou de gestion mais au contrĂŽle social. (
) je crois que si on travaille la question de la cohĂ©rence des politiques publiques, et celle de l’obligation de rendre compte, ce sera dĂ©jĂ  un premier pas pour qu’on puisse savoir ce qui se fait au sein de ces institutions qui sont quand mĂȘme il faut le reconnaitre assez opaques du point de vue de leur fonctionnement interne.

Ouestafnews – Lors d’un dĂ©bat Ă  l’occasion de ce 15Ăšme anniversaire, vous avez mentionnĂ© la Banque Centrale et vous avez Ă©voquĂ© la question de ses rĂ©serves Ă  l’extĂ©rieur, notamment en France. Pouvez vous nous expliquer davantage ce mĂ©canisme et en quoi il plombe la relance de nos Ă©conomies comme vous le dĂ©fendez ?

Pr Nubukpo – Oui ce qu’il faut savoir c’est il y’a ce qu’on appelle les « conventions du compte d’opĂ©ration » qui organise la gestion du franc CFA. Pour ĂȘtre simple lorsque la Banque centrale Ă©met du franc CFA il faut qu’elle ait des devises, qui sont logĂ©es auprĂšs du trĂ©sor français et la convention dit : lorsque vous Ă©mettez 1 franc CFA vous devez avoir 0,2 franc CFA sous Sous sorme de devise auprĂšs du trĂ©sor français, soit 20% de taux couverture de l’émission monĂ©taire. Aujourd’hui nous sommes Ă  plus de 110 % de couverture de cette Ă©mission monĂ©taire! C’est-Ă -dire que quand nous Ă©mettons un franc CFA nous avons plus de 1 franc CFA sous forme de devises logĂ©s au trĂ©sor français Ă  Paris. La question est de savoir si entre les 20% de couverture qui sont exigĂ©s pour que la France garantisse la paritĂ© fixe entre le CFA et l’euro et les 110 % de couverture qui sont effectifs Ă  l’heure actuelle, s’il n’y a pas moyen de mobiliser une partie de ces ressources pour financer la croissance de nos Ă©conomies qui en manque cruellement.

Ouestafnews – De quels montants parle-t-on? de milliards, de dizaines ou de centaines de milliards?

Nubukpo – Il y a plus 3.000 milliards de franc CFA Ă  l’heure actuelle rien que provenant de la zone Uemao et la zone CEMAC (CommunautĂ© Economique des Etats de l’Afrique Centrale) n’est pas loin d’en avoir le double, parce que c’est une zone productrice et exportatrice de pĂ©trole. Donc si on accumule les rĂ©serves de change des deux Banques centrales de la zone franc, on n’est pas loin de 8.000 milliards de franc CFA qui ne servent finalement qu’à garantir la paritĂ© fixe. La question qu’on est en droit de se poser est de savoir si nous privilĂ©gions une croissance quitte a avoir un peu d’inflation dans nos zones ou si nous voulons simplement dĂ©fendre le taux de change et en nous glorifiant d’ĂȘtre une zone de faible inflation ? Toute ceci en sachant en plus que cette inflation n’est pas d’origine monĂ©taire, c’est une inflation importĂ©e. Ce sont les chocs pĂ©trolier, les alĂ©as climatiques donc la question c’est Ă  quoi servent les banques centrales de la zone francs ?

Ouestafnews - Vous remettez en cause le modĂšle ou en tout cas le choix de la rĂ©gulation, alors qu’on sait que pendant les quinze derniĂšres annĂ©es ça a Ă©tĂ© l’ossature de la politique, le cƓur, voir l’ñme de la politique de l’Uemoa : baisse de l’inflation et contrĂŽle des dĂ©ficits budgĂ©taires….

Est ce qu’un Ă©conomiste raisonnable peut remettre en cause ces questions choses lĂ  sans remettre en question les Ă©quilibres ? Jusque lĂ  on nous a convaincu que l’équilibre de nos Ă©conomies repose sur ses deux paramĂštres ou en tout cas ces deux paramĂštres font partie des fondements auxquels il ne faut pas toucher.

Pr Nubukpo – Tout Ă  fait. Je voudrais ĂȘtre clair je ne fais l’apologie de la mauvaise gestion ou du laxisme en matiĂšre de gestion Ă©conomique. Je dis simplement que nous devons ĂȘtre pragmatiques. La variable aujourd’hui qui manque le plus dans nos Ă©conomies, c’est le crĂ©dit et toutes les Ă©tudes sur le financement de notre zone montrent que il y a rationnement du crĂ©dit. Donc la Banque centrale doit jouer son rĂŽle pour alimenter nos Ă©conomies en liquiditĂ© et c’est trĂšs important.

Elle doit Ă©galement jouer son rĂŽle pour une bonne fluiditĂ© des impulsions monĂ©taires, voir comment le secteur bancaire se comporte et elle est d’autant plus obligĂ©e de jouer ce rĂŽle qu’elle a promu la libĂ©ralisation financiĂšre en 1989. Ce que je dis simplement c’est que nous devons avoir du crĂ©dit pour obtenir la croissance et la croissance va gĂ©nĂ©rer les recettes d’exportation des devises qui vont nous promettre de garantir notre paritĂ©. Il n’est pas normal que les Ă©conomies les plus faibles du monde aient la monnaie la plus forte du monde. La monnaie doit reflĂ©ter un tant soit peu la qualitĂ© de la production d’une Ă©conomie, la monnaie ne peut pas ĂȘtre dĂ©connectĂ©e du secteur rĂ©el de nos Ă©conomies. C’est comme si on voulait vivre au dessus de nos moyens sans accepter d’en payer le prix.

- A lire aussi La zone  CFA dans la crise financiÚre internationale

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1 Response for “Un Ă©conomiste togolais rĂ©clame le retour en Afrique de l’ouest de 3.000 milliards de FCFA de la BCEAO logĂ©s au trĂ©sor français (Exclusif)”

  1. JC says:

    Pr Kako is right to the point.
    I was very pleased to read his interview.
    He still have the sparks that lit during our college time.

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