« Réplique aux attaques de Suzanne Kala Lobe, journaliste Engagée par le Cameroun »
ChĂšre Madame,
Jâavoue avoir longtemps hĂ©sitĂ© Ă apporter mon apostille Ă votre dĂ©jĂ longue liste de contradicteurs, preuve sâil en est quâil existe des personnes qui ne sâinspirent pas que de leur vĂ©cu bi-dĂ©cennal en Occident pour se prĂ©valoir dâun regard critique, bien contemporain celui-lĂ sur les rĂ©alitĂ©s du monde. Permettez-moi, Madame, de faire ici votre apologie. Celle de lâinvective, celle de lâamalgame, celle de la fatuitĂ© gratuite qui vous laisse Ă croire que votre propre et unique expĂ©rience suffit Ă porter un jugement superficiel sur une multiplicitĂ© de reprĂ©sentations, telles celles des personnes de la diaspora que vous dĂ©signez dâune tirade, dâun doigt stigmatisant, dâune dextre gĂ©nĂ©rique, dâun Ćillade putative.
Je me permets par le fait de vous rappeler les bases de la profession que vous exercez, Ă savoir lâimpartialitĂ©, le discernement, la quĂȘte de justesse dans les mots ; autant de prĂ© requis qui vous semblent aujourdâhui peu familiers. Vous faites dĂ©faut Ă lâune des rĂšgles de lâanalyse qualitative et de la sociologie affĂ©rente, qui postule de vĂ©rifier vos sources dâune part, et de ne point faire de gĂ©nĂ©ralisation. Vous savez sĂ»rement que depuis vos humanitĂ©s, dâautres corpus philosophiques ont Ă©mergĂ© et la longue marche de la raison vers son plein accomplissement Ă travers lâhistoire suit son itinĂ©raire diachronique, selon la trame dialectique HĂ©gĂ©lienne. Jâai longuement hĂ©sitĂ©, disais-je ? Oui ! Pas tant cependant que ma longanimitĂ© se limitĂąt au crĂ©puscule de votre palimpseste et que ma conscience sâĂ©clairĂąt de ces quelques phonĂšmes afin dâĂ©teindre votre errance doxologique.
Car je me suis interrogĂ© sur vos rĂ©elles motivations et sur les diffĂ©rents paradigmes Ă travers lesquels vous regardiez Ă la fois lâAfrique, le monde et plus spĂ©cifiquement le Cameroun.
Commençons par lâAfrique, avec votre permission, et Ă©voluons vers le Cameroun dâoĂč, je suppose que vous avez rĂ©digĂ© cette « lettre Ă la diaspora ».
Dans les annĂ©es qui ont suivi la deuxiĂšme guerre mondiale, les contractions multiples dues au dĂ©veloppement de lâesprit des peuples ont permis lâapparition de leaders charismatiques dont les noms resteront pour longtemps dans lâhistoire de peuples du Sud en quĂȘte de libertĂ©. Ainsi, a-t-on vu Ă©merger des hĂ©ros lĂ©gendaires tels Patrice Lumumba, Ruben Um Nyobe, FĂ©lix MoumiĂ©, Osende Afana, Kwame Nkrumah etcâŠ, et aussi des vassaux de lâimpĂ©rialisme colonial puis nĂ©ocolonial Ă lâinstar des Mobutu Sese Seko, HouphouĂ«t-Boigny, Ahmadou Ahidjo, Omar Bongo, jâen passe et dâautres. Vous parliez de rhĂ©torique anti-impĂ©rialiste liĂ©e Ă votre dĂ©formation de jeunesse ? Eh bien, quoi que vous vous en dĂ©disiez aujourdâhui dâesprit Ă©lusif, vous Ă©tiez dans le vrai car câest bien de domination quâil sâagissait.
Dans la foulĂ©e de lâesclavage, les puissances coloniales ont bel et bien livrĂ© des guerres impĂ©rialistes aux nationalistes (dont le Napalm utilisĂ© dans lâOuest du Cameroun) et placĂ© Ă la tĂȘte de la plupart des Etats dâAfrique noire et blanche y compris, des dirigeants corruptibles Ă la solde des intĂ©rĂȘts français, dont la seule prĂ©occupation Ă©tait la survie mĂȘme de lâex-mĂ©tropole, Ă moins quâils nâen fussent lâidĂ©ologie mĂȘme. En Tunisie, Habib Bourguiba, prĂ©sident du parti du NĂ©o-Destour fut dĂ©tenu en France Ă lâĂźle de Groix, puis transfĂ©rĂ© le 17 juillet 1954 Ă Amilly, prĂšs de Montargis. Il rentra ainsi en triomphateur dans son pays et le 20 mars 1956, la France reconnut solennellement lâindĂ©pendance de la Tunisie, mettant un terme au traitĂ© signĂ© le 12 mai 1881. Au Maroc, la France tergiversa avant dâopter pour le choix de Mohammed V, pĂšre dâHassan II Ă la place du sultan Ben Arafa et le Maroc put ainsi obtenir son indĂ©pendance.
En rĂ©alitĂ©, dans ces annĂ©es tumultueuses de lutte contre lâimpĂ©rialisme occidental, se perpĂ©tuaient des guerres coloniales et des rĂ©sistances lĂ©gitimes dont la finalitĂ© consistait dans lâhumanisation de lâaction politique. De quoi parlons-nous ? Nous parlons ici dâune Ă©poque oĂč le monde Ă©tait bipolaire et dominĂ© par des idĂ©ologies antithĂ©tiques.
Dâun cĂŽtĂ© lâoccident dominĂ© par le bloc de lâOTAN créé en 1949 Ă Washington, dont lâidĂ©ologie Ă©mancipatrice Ă©tait moins axĂ©e sur lâhomme (malgrĂ© son discours apologĂ©tique) que son asservissement au diktat de la marchandisation. Ce monde-lĂ avait colonisĂ© et dominĂ© lâAfrique depuis le 15Ăš siĂšcle et prolongĂ© cette domination au prix de deux guerres dont la derniĂšre avait sonnĂ© le point dâorgue dâun partage des rogatons dont faisait partie lâAfrique. Cette derniĂšre devenait ainsi le prĂ©-carrĂ© dâune puissance qui, par son ralliement au camp des vainqueurs sous la houlette dâun gĂ©nĂ©ral certes opportuniste, mais criminel (Ă travers Jacques Foccard, son exĂ©cuteur de basses Ćuvres), allait asservir lâAfrique jusquâaux indĂ©pendances arrachĂ©es de haute lutte par les Africains.
De lâautre cĂŽtĂ©, Ă lâEst, se dĂ©veloppa une idĂ©ologie politique prĂ©tendument axĂ©e sur lâhomme, plus exactement sur sa capacitĂ© Ă pouvoir rĂ©gir la sociĂ©tĂ© au profit de tous. Utopie qui viendra de la dictature du prolĂ©tariat que Karl Marx avait envisagĂ©e pour une sociĂ©tĂ© plus humaine dans « Le capital ».
A cette Ă©poque-lĂ se combattaient deux visions du monde au sein desquelles, jeune Ă©tudiante que vous Ă©tiez, ne pouviez opposer dâanalyse critique. Vous deviez choisir et le choix fut vite fait, dominĂ© par la pesanteur de la propagande qui rĂ©gna au sein des deux blocs jusquâau moins en 1989, date de la chute du mur de Berlin. Vous dĂ©fendiez lâhomme et vous Ă©tiez dans le vrai. Ainsi, faute de mieux, plusieurs idĂ©alistes de lâĂ©poque furent obligĂ©s de sâallier Ă un socialisme utopique Ă la Fourier, ou au matĂ©rialisme historique de Marx qui devenait la rĂ©fĂ©rence analytique des esprits critiques. Dans cette perspective, Marx prolongea la dialectique de Hegel en postulant que le dĂ©veloppement de la raison Ă travers lâhistoire se manifestait par la lutte des classes, induisant de fait ce quâil qualifia de matĂ©rialisme historique opposant facteur et moyen de production.
En vous lisant, Madame, je constate que vous ĂȘtes entrain de faire aujourdâhui, Ă votre Ăąge, la synthĂšse du dualisme qui vous a longtemps perturbĂ© et que certains qualifieront de schizophrĂ©nie (je nâirai pas jusque lĂ ) car je tiens Ă rester objectif dans ma dĂ©marche.
Cependant, votre analyse (qui je lâespĂšre pour vous, est amenĂ©e Ă Ă©voluer) vous amĂšne Ă transposer votre propre nĂ©vrose Ă une communautĂ© aussi disparate que celle de vos compatriotes de la diaspora. Si vous vouliez choquer, alors votre pari est rĂ©ussi. Si ceci est un dĂ©faut de prĂ©cision de votre part, le reconnaĂźtre vous dĂ©douanerait en partie.
Car voyez-vous, vous confondez beaucoup de faits sociaux. Pour qui a lu Emile Durkheim, le pĂšre de la sociologie qualitative en France, sait que les positions sociales ne sont jamais les mĂȘmes dâun individu Ă un autre, y compris au sein dâune mĂȘme famille qui a reçu la mĂȘme Ă©ducation. A plus forte raison dans une diaspora au sein de laquelle se cĂŽtoient aussi bien Ă©tudiants, entrepreneurs, que professeurs, mĂ©decins, aventuriers, chercheurs de vie, gueux, oisifs, arrivistes et autres. Vous avez vĂ©cu en Occident, vous le savez : IL NâY A PAS PLUS DIFFERENT DâUN NOIR QUâUN AUTRE NOIR EN OCCIDENT ! Et pour causes !
Les itinĂ©raires qui conduisent Ă la lumiĂšre sont fort divers et les individus font leur choix en fonction de leur rationalitĂ©. RationalitĂ© limitĂ©e par excellence, comme le rappelaient en 1958, James March et Herbert Simon dans « Organizations ». La rationalitĂ© limitĂ©e est due aussi Ă lâĂ©ducation de base de lâindividu, cependant, quelle quâelle soit, elle formera toujours son systĂšme de pertinence pour emprunter Ă Alfred Shutz dans « Le chercheur et son quotidien ».
En consĂ©quence, lorsque vous vous posez en procureure de la diaspora dans son ensemble, jâose vous laisser le bĂ©nĂ©fice que vous faisiez allusion Ă certaines personnes que par subtilitĂ© calculĂ©e ou machiavĂ©lisme pusillanime, vous vous Ă©vertuez Ă ne point nommer. Quoi quâil en soit, par votre gĂ©nĂ©ralisation, vous faites rĂ©fĂ©rence Ă des parcours et des aspirations fort diffĂ©rentes dâun individu Ă un autre. Quây a-t-il de commun en effet entre un homme dont la seule aspiration est le gain financier et un autre dont la quĂȘte du savoir serait lâultime accomplissement ? Il me semble aussi que les raisons de dĂ©part dâun individu se heurtent bien souvent Ă des considĂ©rations tant existentielles que conjoncturelles.
Cependant, plutĂŽt que de les diffĂ©rencier, je vais leur trouver un point commun : lâEXIL.
Quâon se le dise, Madame, AUCUN EXIL NâEST VOLONTAIRE ! LâimmigrĂ© en se dĂ©plaçant, perd ses repĂšres ; ce que Pierre Bourdieu appelle lâ « Habitus » ou somme de reprĂ©sentations mentales qui se construisent au fur et Ă mesure de son Ă©volution dans un contexte culturel donnĂ© : Il se dĂ©culture. Vous prenez le « PirĂ©e pour un homme » en vous obstinant Ă voir la diaspora comme un seul membre prĂȘt Ă rĂ©diger des tracts, ou Ă scander des injures et autres exhalaisons vindicatives. Essayez au contraire de comprendre les raisons de leur exil. Pour ne prendre que le cas de la France, une enquĂȘte de lâINED de 2004 a dĂ©montrĂ© quâen France ÂŒ des immigrĂ©s ont un niveau dâenseignement supĂ©rieur. Comment, expliquer alors cet afflux massif dâimmigrĂ©s pour les pays occidentaux, y compris les immigrĂ©s peu instruits dont le capital culturel est au moins Ă©quivalent au capital Ă©conomique ?
Le rĂ©gime anthropoculturel que lâhumanitĂ© a connu depuis le nĂ©olithique a plus Ă©tĂ© marquĂ© par la sĂ©dentaritĂ© que le nomadisme. Les seules exceptions Ă cette donne anthropologique concernent les traites arabe et transatlantique, et plus rĂ©cemment, depuis la fin des annĂ©es 70âŠlâimmigration. Ne remarquez-vous pas, Madame, que les flux migratoires dont nous parlons suivent Ă peu prĂšs tous le mĂȘme trajet ? A savoir du Sud vers le Nord ?
A moins dâun fantasme consubstantiel Ă leur innĂ©itĂ©, il me semble aisĂ©ment facile dâen comprendre les raisons : elles sont dâordre politique ! Je parle de politique au sens large, câest-Ă -dire prise sous lâacception aristotĂ©licienne de gestion globale de la citĂ©, y compris sa gestion Ă©conomique.
La plupart des africains (Ă lâinverse de vous, je nuance ma dĂ©signation par un rĂ©ductionnisme mĂ©thodologique), quittent lâAfrique, faute de perspectives dans leurs pays dâorigine !!!
Perspectives décentes ou perspectives de
vie, projection vers un mieux-ĂȘtre dans tous les cas, amĂ©lioration de leur condition humaine, quâon se le dise ! Alors, je vous le demande : LA FAUTE A QUI ?
Bien loin de lâutopie nĂ©o-tiers mondiste Ă laquelle vous vous rĂ©fĂ©rez pour justifier lâĂ©chec des adversaires politiques de Paul BIYA, je vous oppose un dĂ©ficit de sens politico-social quant aux rĂ©elles quĂȘtes dâexistence de personnes en mal de vie sur lesquelles lâincandescence de la vĂ©ritĂ© mĂ©rite que lâon attarde un instant ! Juste une infime fraction de conscience !
âą Je parle ici de millions dâhommes et de femmes qui vivent au Cameroun et dans la plupart des pays dâAfrique sans couverture maladie, au sein dâun continent qui compte plus des 2/3 des malades du SIDA dĂ©clarĂ©s Ă ce jour,
âą Je parle de millions dâhommes et de femmes dans leurs cadres gouffres de paupĂ©risme vivotant au grĂ© des marĂ©es entre boues et maladies,
âą Je dĂ©signe ici les diplĂŽmĂ©s africains de plus en plus nombreux au chĂŽmage dont les seules perspectives consistent dans des travaux du secteur primaire qui reprĂ©sentent encore plus de 80% de la production Ă©conomique dans les pays dâAfrique subsaharienne,
âą Je vous parle Madame, de millions de personnes espĂ©rant, Ă lâaube de chaque mois, un simulacre de vie sous la forme de mandats Western Union, Money gram et autres de leurs fils, filles, cousins et maris en Occident, (dâailleurs avez-vous seulement remarquĂ© combien le nombre dâagences de ces organismes de transferts monĂ©taires fleurissent dans tous les pays pauvres) ?
âą Je vous les montre, ma sĆur, nos (vos) sĆurs, obligĂ©es de se prostituer sur un nouveau mĂ©dium issu de la technologie et des aides Ă©trangĂšres aux pays pauvres, qui nâont quâune seule aspiration : trouver lâhomme blanc qui les sortira de la misĂšre, de la mendicitĂ© dans leurs pays dâorigine quâautrement elles ne souhaiteraient quitter,
âą Je vous parle de vos enfants, Madame, dont vous dĂ©tournez les yeux, derriĂšre vos vitres teintĂ©es quand ils viennent vous proposer des appareils Ă©lectroniques Ă moindre coĂ»t chapardĂ©s ou subtilisĂ©s aprĂšs un cambriolage sanglant au sein dâune famille modeste de Ndokotti,
âą Je parle de ces 40% de camerounais qui, selon des enquĂȘtes officielles de lâInstitut National de la Statistique, vivent sous le seuil de pauvretĂ©, Ă savoir, avec moins de 738 FCFA par jour . explosant le nombre de camerounais sous le seuil de pauvretĂ©,
âą Je vous parle ici de la situation rĂ©elle dâun pays aprĂšs plus de deux siĂšcles de gouvernance politique et de gĂ©rance Ă©conomique par un seul et mĂȘme homme, notre prĂ©sident Paul BIYA dont le bilan comporte bien plus de passif que de crĂ©dit ; câest un constat Ă©vident, indubitable.
Non, il ne sâagit pas dâanti-impĂ©rialisme primaire ! Encore moins de dĂ©lit dâintention ou de haine viscĂ©rale de notre prĂ©sident. Votre paresthĂ©sie scĂ©lĂ©rate vous occulte la vision de la hardiesse de notre affliction et la cime des dĂ©sespĂ©rances du peuple que vos cĂŽtoyez quotidiennement. Il sâagit dâobjectivitĂ©, de luciditĂ© et de pragmatisme. Parlons-nous de pragmatisme ? Jây viens.
Voyez-vous, Madame, quand vous parlez de la diaspora africaine, et camerounaise en particulier, vous ne faites pas quâun amalgame, vous sacrifiez aussi Ă de la supercherie intellectuelle
Quand vous parlez de journalisme, vous vous posez Ă la fois en dĂ©fenseure des errements dâun rĂ©gime qui a fait faillite, mais aussi en procureur dâune miscellanĂ©es de reprĂ©sentations dont le socle est lâaspiration Ă un eudĂ©monisme de la rationalitĂ©. Posez-vous cette question : pourquoi une telle rĂ©crimination de notre prĂ©sident en provenance de la diaspora ? Par cette seule question, vous en apportez dĂ©jĂ une rĂ©ponse ! Je mâexplique !
Beaucoup de camerounais de lâĂ©tranger ont eu lâimpression quâon les dĂ©possĂ©dait de leur pays. Souvenez-vous de la fermeture de la CAMAIR. Quand notre compagnie aĂ©rienne a Ă©teint ses lampions, les camerounais de lâĂ©tranger ont ressenti un profond dĂ©sarroi. Le brin de fiertĂ© nationale qui nous restait sâest volatilisĂ© comme la rosĂ©e aux premiĂšres lueurs des laudes. Quand notre Ă©quipe de football perd, câest un deuil dans toutes les familles possĂ©dant au moins un membre dâorigine camerounaise. Et pourquoi donc cet attachement Ă un pays que lâon a quittĂ© ? La raison est simple : LES CAMEROUNAIS DE LA DIASPORA ADORENT LEUR PAYS ! Dâentre tous, beaucoup en sont partis parce que obligĂ©s, voire contraints par les mauvaises conditions Ă©conomiques diligentĂ©es par les politiques de rĂ©gulation orthodoxes, elles-mĂȘmes imposĂ©es par la mauvaise gĂ©rance de nos deniers publics !!! Ces politiques inefficaces dont le fondement a Ă©tĂ© le clientĂ©lisme (dont en passant vous semblez faire preuve), le nĂ©potisme, lâexacerbation du tribalisme, la gestion politicienne des diffĂ©rentes composantes ethniques du Cameroun par le chef de lâEtat, la mauvaise affectation des produits de la croissance qui sâest fortement contractĂ©e dĂšs 1987 (-2,7% en 1987, -6,88% en 1988) et qui oscille entre 3,3 et 5,3% depuis 1995 jusquâen 2008 , la dĂ©valuation de 1994 (ici encore, contrairement Ă plusieurs analyses, fort est de constater que les politiques Ă©conomiques furent inadaptĂ©es, nous privant des leviers de relance par lâinvestissement productif et le dĂ©sengagement de lâEtat du secteur productif), les Ă©vasions monĂ©taires vers les pays riches, la fuite des capitaux, etcâŠLa liste serait plĂ©thorique et je me luxerais le bras Ă force dâĂ©numĂ©ration. Vous ne me ferez quand mĂȘme pas croire que vous ĂȘtes aveugle au point de penser que les Camerounais fussent-ils de la diaspora ou du Cameroun en sont les responsables !!!
Votre analyse souffre aussi dâune absence criante de visibilitĂ© sur les changements conjoncturels et gĂ©oĂ©conomiques qui sâopĂšrent sous nos yeux.
Certes, sous le rĂ©gime Biya, il y a eu des avancĂ©es dans la dĂ©fense des droits de lâhomme et nul doute que la libĂ©ralisation des mĂ©dias y a contribuĂ©. Il y a aussi eu le multilatĂ©ralisme initiĂ© par des coopĂ©rations de plus en plus importantes avec des pays tels la Chine, voire les USA, la sous rĂ©gion avec la CEMAC. Il ya mĂȘme eu une croissance soutenue depuis 1995 sur le plan Ă©conomique, mais je vous le demande : combien de rapports transparents sur les lois de finances et sur les bilans ont-ils Ă©tĂ© diffusĂ©s ? Il y a eu des projets, beaucoup de projets dont lâun des derniers en date que jâai pu consulter depuis la France : celui sur lâimpact environnemental de lâinstallation de la fibre optique entre le Tchad, le Cameroun et la Centrafrique. Savez-vous que de tous ces projets, aucun nâa fait lâobjet dâun audit indĂ©pendant Ă ce jour ? Sans parler des passations de marchĂ©s publics qui se font en grĂ© Ă grĂ© dans lâopacitĂ© totale en enfreignant les rĂšgles de la concurrence. Quant Ă lâopinion publique, lâon en fait trĂšs souvent moindre cas en Afrique et vous le savez. Dâailleurs existe-t-elle seulement ?
A qui croyez-vous donc donner des leçons, chĂšre Madame, sous le paravent argutieux dâun anschluss Ă©pistolaire ?
En ma qualitĂ© de membre de la diaspora depuis deux dĂ©cennies, et faisant fi de quelque appartenance Ă un mouvement nationaliste, je clame ceci haut et fort, afin que nul depuis sa case en terre battue des forĂȘts Ă©quatoriales nâen doute :
âą Beaucoup de Camerounais de la diaspora aiment leur pays !
âą Le Camerounais de la diaspora ne passe pas son temps Ă admirer la Tour Eiffel, mais en veut une chez lui !
âą Le Camerounais de la diaspora rechigne Ă quitter son pays si son pays lui permet de le servir !
âą Le Camerounais de la diaspora est fier dâĂȘtre Camerounais et dĂ©fie quelconque autre Camerounais de lui dire ce quâil doit faire et les choix qui sont les siens !
âą Le Camerounais de lâOccident ne rĂȘve pas des Champs-ElysĂ©es, il est dĂ©pitĂ© quâil nây en ait pas dâaussi beaux chez lui !
âą Le Camerounais de la diaspora ne rĂȘve pas, ne fantasme pas sur lâOccident : IL VEUT QUE SON PAYS SOIT A LâIMAGE DU MONDE MODERNE, VOIRE MIEUX QUE LâOCCIDENT, ET QUE LE MONDE REVE DE SON PAYS : LE CAMEROUN !
⹠Le Camerounais de la diaspora ne veut pas faire de politique, ni de géopolitique, encore moins de tourisme inter HLM : IL VEUT RESTER ET TRAVAILLER CHEZ LUI !
âą Le Camerounais de la Diaspora ne manifeste pas contre SARKOZY car son pays de cĆur ce nâest pas la FRANCE, câest le CAMEROUN !
Vous venez lĂ dâinsulter, de votre verbe outrancier toute une frange de la communautĂ© camerounaise qui nâa jamais jugĂ© les Camerounais de lâintĂ©rieur, et qui contribue chaque mois au dĂ©veloppement de son pays. Avez-vous estimĂ©, Madame, ce que reprĂ©sentent les flux financiers annuels des africains immigrĂ©s vers leurs pays dâorigine ? Vous seriez bien Ă©tonnĂ©e de savoir Ă quel point cette manne sert aux dĂ©tournements auxquels se prĂȘtent bon nombre de pontes et autres nantis du sĂ©rail dans nos pays dâAfrique dont lâintĂ©rĂȘt se trouve bien loin du retour tĂ©mĂ©raire de quelques hĂ©roĂŻques patriotes trĂšs tĂŽt prĂ©posĂ©s Ă la famine, Ă lâavilissement, Ă lâintimidation et au final Ă lâannihilation des vellĂ©itĂ©s sĂ©ditieuses.
Inutile donc, de nous inviter au Cameroun puisque nous y sommes rĂ©guliĂšrement et dans des frĂ©quences plus grandes que celles que vous indiquez dans votre article. Câest bel et bien de sens quâil sâagit, dâalternative Ă des Ă©checs multiples et rĂ©pĂ©tĂ©s que beaucoup de Camerounais déçus du Biyayisme sâattaquent. Alors, ne perdez pas de vue quâen tout conflit, il y a un objet de conflit et câest sur le diffĂ©rend que nous devons nous recentrer. Autrement dit, pourquoi autant dâAfricains et plus spĂ©cifiquement de Camerounais quittent leurs pays pour endosser le qualificatif peu glorifique de membres de la diaspora ? La rĂ©ponse, Ă mon sens, est toute trouvĂ©e : IL Y A EU ECHEC POLITIQUE ! Et le dire nâest une insulte pour personne. DâĂȘtre aujourdâhui classĂ© parmi les PPTE (Pays Pauvres TrĂšs EndettĂ©s) avec une dette de plus de 20 milliards dâeuros en 2005 pour un PIB dâenviron 25 Ă 30M$ (estimĂ© pour 2008), (soit plus de 80% des richesses produites chaque annĂ©e sur vingt-sept ans au pouvoir de son prĂ©sident), pour un pays qui avait en 1970 un PIB Ă©quivalent Ă celui des pays mĂ©dians, nâest un adjuvant de fiertĂ© pour aucun dâentre nous. En nous divisant, vous contribuez Ă affaiblir notre flamme Ă©mancipatrice, notre ardeur Ă©rectile, notre collĂ©gialitĂ© productive. Cependant, vos multiples arguties ne nous dispenseront nullement de poursuivre notre idĂ©al dĂ©mocratique, progressiste et notre libertĂ© de penser, tenez-vous le pour dit !
Salutations peu cordiales,
Henri Georges Minyem
Enseignant, Ecrivain, Chercheur en sciences sociales EHESS-PARIS
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