Au cours de lâĂ©change avec lâassistance, lâauteur a Ă©voquĂ© quelques sujets dâactualitĂ©…
Le Code Biya
Vous parlez dâune hagiographie. Le Code Biya, je vais vous surprendre, mais ce livre ne figure pas dans mes prĂ©occupations. Je ne lâai pas lu et il ne figure pas au nombre de mes lectures. Il y a des tas de bons livres Ă lire et ce livre-lĂ nâen fait pas partie.
La possible candidature de Paul Biya aux élections présidentielles 2011
Dâabord ce que jâen pense nâa pas tellement dâintĂ©rĂȘt. Je crois que je lâai dit lorsque jâai Ă©tĂ© interrogĂ© dans cette mĂȘme librairie, il y a deux ans. Ce serait une preuve supplĂ©mentaire, sâil en Ă©tait encore besoin, quâil a un mauvais goĂ»t. Mais, au-delĂ de cela, je crois aussi que les vrais problĂšmes de notre pays vont bien au-delĂ de lâindividu Biya. Bien Ă©videmment, il incarne le pays ; il occupe une fonction qui est centrale dans notre systĂšme politique. Un changement positif ne peut que donner un signal mais lâindividu Biya mâintĂ©resse trĂšs peu. Les 20 millions de Camerounais mâintĂ©ressent davantage : comment ils se portent ; comment ils organisent leurs vies, leurs systĂšmes Ă©thiques, leurs ordres de valeur ; ça, ça me prĂ©occupe plus que les spĂ©culations de lâindividu qui, Ă un moment est ministre, premier ministre ou prĂ©sident de la rĂ©publique. Ce nâest pas pour sous-estimer lâimportance de la fonction prĂ©sidentielle dans notre systĂšme, mais je crois que si Biya nâĂ©tait pas lĂ aujourdâhui, demain matin lâon se rĂ©veillerait avec les mĂȘmes problĂšmes, Ă savoir les caniveaux qui sont remplis dâordures, qui attirent des moustiques et qui rendent les enfants malades. Ce qui mâintĂ©resse, câest comment les personnes des quartiers sâorganisent pour rĂ©soudre ce problĂšme-lĂ . Ni Biya ni Fru Ndi, ni qui que ce soit, ne se concentrera sur ces questions-lĂ . Donc mon point de vue, sur cette question, si elle vous importe, câest si Biya avait un gramme de luciditĂ© pour se retirer de lui-mĂȘme, il se rendrait service et, peut-ĂȘtre accessoirement, rendrait service au Cameroun. Mais nos problĂšmes ne seraient pas rĂ©glĂ©s parce que Biya nâest plus lĂ . Dans ce pays, malheureusement, on va vers une situation oĂč on a presque 20 millions de Paul Biya. Ăa, ça me prĂ©occupe davantage.
Les rapports des pays africains avec la Banque mondiale
Je travaille depuis 12 ans Ă la Banque mondiale et je peux vous dire que je mây sens trĂšs bien. Peut-ĂȘtre que câest parce que je nâai pas les attentes que les autres ont par rapport Ă cette institution. Je sais exactement pourquoi jây suis allĂ©. Ce nâĂ©tait pas mon premier job. Jâai travaillĂ© pendant six ans comme banquier Ă la Bicec. Etre banquier, voilĂ un mĂ©tier que jâai toujours aimĂ©, parce que ça me permet de faire des projets trĂšs concrets. Et puis la science Ă©conomique, câest une discipline que jâaime.
Pour un Ă©conomiste, je crois que câest pratiquement un des meilleurs endroits oĂč on peut aller travailler. Vous y rencontrez quelques-uns des meilleurs Ă©conomistes du monde. Joseph Stieglitz, Prix Nobel dâĂ©conomie, a travaillĂ© lĂ -bas comme Ă©conomiste en chef pendant trois ou quatre ans. Câest une institution oĂč on rencontre beaucoup de gens trĂšs qualifiĂ©s qui viennent de toutes les rĂ©gions du monde, qui ont des opinions trĂšs diverses. Câest une entreprise qui a 12.000 employĂ©s et qui est prĂ©sente dans 167 pays. Le vice-prĂ©sident avec lequel je travaille est un Chinois. Câest lâĂ©conomiste en chef actuel de la Banque mondiale. Il est trĂšs marxisant et dans son dĂ©partement, il y a des Ă©conomistes qui ont des doctorats de Chicago ou de M.I.T. Nous passons parfois des heures dans les bureaux Ă discuter de toutes sortes de problĂšmes et, Ă titre personnel, jâapprends Ă©normĂ©ment de choses. Ăa me plaĂźt de voir quelquâun qui a Ă©tĂ© pendant 20 ans conseiller aux affaires sociales et Ă©conomiques du gouvernement chinois et de voir la Chine rĂ©aliser les performances actuelles. Jâapprends une ou deux choses de ce monsieur-lĂ [ âŠ]
Maintenant, il y a lâaspect idĂ©ologique de lâinstitution : le libĂ©ralisme sauvage, comme jâentends souvent dire. Encore une fois, je dis que jây suis depuis 12 ans et depuis jâai souvent vu des dĂ©lĂ©gations de dirigeants africains qui arrivent Ă la Banque mondiale et qui demandent : « On signe oĂč ? Lâargent arrive quand ? Le virement arrive quand ? » Alors, il est Ă©vident que quelle que soit sa conscience professionnelle, aucun Ă©conomiste de la Banque mondiale de Washington ne peut connaĂźtre le Cameroun comme les Ă©conomistes camerounais qui sont Ă YaoundĂ©, Ă Douala ou Ă Bafoussam. Câest la responsabilitĂ© des Camerounais de sâassurer que les gens qui les dirigent prennent en compte leurs opinions. Si vous avez une bande dâĂ©conomistes de Washington qui dĂ©barquent Ă YaoundĂ© avec leurs costumes et leurs cravates qui sâinstallent au Hilton et, aprĂšs quelques jours, vous font des propositions qui ne tiennent pas la route, je trouve que câest quand mĂȘme rapide dâaller se plaindre ensuite que câest la Banque mondiale.
La Banque mondiale nâa jamais dĂ©veloppĂ© un pays. Ce nâest pas sa vocation. La Banque mondiale est une banque, c’est-Ă -dire que câest une boĂźte qui vend de lâargent Ă ceux qui veulent bien aller acheter cet argent. La Banque mondiale ne force personne Ă prendre son argent. Alain Foka me disait un jour au cours dâune interview sur Rfi que la Banque mondiale a pris en otage les pays africains. Je lui ai dit «ArrĂȘtez, M Foka ! Nous sommes Ă Washington. Nous nâavons pas une armĂ©e et puis, il y a une bande de ministres des Finances qui prennent leurs avions et vont sâinstaller Ă Washington et nous supplient de nous occuper dâeux ; nous quĂ©mandent notre fric, notre expertise et aprĂšs ils se plaignent. Câest un peu rapide ».
Il y a Ă YaoundĂ©, Ă Douala, Ă Maroua suffisamment de gens qui en savent suffisamment pour que lâon aille Ă la Banque mondiale demander quâest-ce quâon va faire de la Camair. Maintenant, ça ne fait pas de mal de voir des experts qui ont travaillĂ© sur le BrĂ©sil, sur la Russie, la Turquie donner une opinion, mais cette opinion ne doit jamais avoir valeur de loi. Ăa doit rester une opinion parmi tant dâautres. La responsabilitĂ© souveraine dâĂ©tablir des politiques Ă©conomiques doit ĂȘtre celle du pays. PlutĂŽt que de pleurnicher contre la Banque mondiale, il faut prendre en mains nos responsabilitĂ©s et nous assurer que les gens qui parlent en notre nom nous reprĂ©sentent. Câest tout.
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