Georges Alain Boyomo- Mutations -10/8/09
La banque se concentrera désormais sur le financement du logement social, 15 ans après avoir abandonné sa principale mission.
A l’agence centrale du Crédit foncier du Cameroun (Cfc) pour le Centre située non loin du lieu dit Carrefour Warda, une ambiance de ruche s’offre au visiteur en cette matinée du 6 octobre 2009. Le ballet incessant des clients pourrait faire penser qu’on est en période de payement des salaires des fonctionnaires et agents de l’Etat. Mais les raisons de ce frémissement sont ailleurs. Affichée à l’entrée de l’édifice, une lettre circulaire du directeur général du Cfc, Camille Ekindi, renseigne à cet effet. On y lit que “le Cfc s’est engagé dans un processus de cession de son portefeuille de compte-chèques aux banques commerciales de la place.
A cet effet, ceux des clients n’ayant pas des engagements dans les livres Cfc et ne souhaitant pas être dans le portefeuille des banques commerciales ne relevant pas de leurs choix, sont invités à prendre attache avec leurs gestionnaires pour les procédures relatives à la clôture de leur compte”.
Du coup, c’est par dizaines que les clients concernés par cette mesure affluent dans les locaux du Cfc, question de s’enquérir de la nouvelle donne. Chez le vigile ou chez son gestionnaire, on s’échine à avoir le cœur net. Une cliente fait savoir que le chef de cette agence, Jean Paul Midja Essogo, a échangé vendredi dernier avec des clients sur les tenants et les aboutissants de ce “retour aux sources” du Cfc. Comme mentionné dans la lettre circulaire du Dg, il s’inscrit dans le cadre d’un “recentrage de ses activités afin de lui permettre de remplir pleinement ses missions de promotion et de financement de l’habitat social”.
Le hic dans la circulaire du Dg, c’est qu’aucun délai n’est clairement fixé. Toutes choses qui inquiètent certains clients approchés au sein de la banque. Lesquels déclarent néanmoins souscrire globalement à cette opération. Sur ce point précis, le chef de la cellule de communication du Cfc, Patience Seckè, affirme que la lettre affichée vise simplement à sensibiliser les clients sur le basculement. “Une communication sera faite dans ce sens tout prochainement. Les clients ne doivent pas s’affoler. Leurs intérêts seront préservés”, rassure t-il. Il n’échappe tout de même à personne que la Commission bancaire de l’Afrique centrale (Cobac) a toujours dénoncé la reconversion du Cfc dans le domaine commercial au détriment du financement de l’habitat social. Ce d’autant plus que cette banque n’observerait pas, apprend-on, les canons auxquels sont astreints les établissements bancaires à caractère commercial.
Casse-tête
Patience Seckè reconnaît d’ailleurs que le revirement du Cfc a été instruit par “les institutions financières et les pouvoirs publics”. Il soutient mordicus que le Crédit foncier ne s’est jamais détourné de ses missions. A l’en croire, compte tenu de la conjoncture économique du début des années 1990, les revenus des Camerounais ont chuté et les terrains se sont faits rares. C’est ce qui explique que la banque du logement se soit “redéployée dans d’autres activités. Maintenant que la situation augure de bonnes perspectives, nous allons revenir à nos missions”. Autrement dit, le Crédit foncier va surtout traiter des cas de ses clients qui veulent construire ou acquérir un logement, effectuer des travaux d’amélioration ou de finition de son habitat, acquérir un terrain en vue d’y bâtir une maison. Ceci à travers un mécanisme de prêts. Le montant du prêt étant fonction de l’épargne constituée et de la capacité de remboursement de l’emprunteur.
Le redéploiement du Cfc au delà de ses missions régaliennes n’est pas allé sans mésaventures. A cause de certains dysfonctionnements, des hauts cadres de cette entreprise publique- y compris son ex-directeur général, Joseph Edou- méditent actuellement leur sort dans des geôles. Reste à savoir si le retour du Cfc qui retourne ainsi à ses fonctions originelles permettra de résoudre le casse-tête du logement social au Cameroun. Car comme l’indiquait déjà dans nos colonnes lundi dernier l’expert en stratégies de développement Urbain Gabin Babagnak “le véritable problème de l’habitat au Cameroun est lié dans un premier temps à l’absence des plans contextualisés d’urbanisation de nos villes, aux problèmes de financement et enfin à la politique de production de l’habitat”.
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