22 Juillet 2010| Mutations|
Le secrétaire général du Syndicat national autonome de l’Education et de la Formation apprécie les résultats des examens.
Est-ce que le taux de réussite au baccalauréat de la session 2010, 58,94% reflète le niveau général des enseignements des élèves de la classe de terminales au Cameroun ?
Ca reflète l’intention des pouvoirs politiques qui veulent donner aux résultats un visage positif. Quand on regarde la manière dont les choses se préparent en amont, c’est tout à fait un miracle que l’on ait un tel pourcentage. Vous savez les conditions dans lesquelles les élèves travaillent dans les grandes agglomérations ; et même dans certaines régions où il n’y a pas suffisamment d’enseignants et où certaines conditions d’accès sont beaucoup plus difficiles. Ces conditions-là ne sont pas de nature à envisager un tel résultat parce que les résultats, on les voit venir à partir des conditions de travail, la manière avec laquelle les élèves sont encadrés dans les salles de classe, celle dont les professeurs sont motivés. Vous comprenez bien qu’on ne peut pas aboutir à de tels résultats, sinon de manière frauduleuse.
Les effectifs sont pléthoriques, les enseignements ne sont pas faits de manière qu’un grand nombre d’élèves puissent avoir des enseignements de qualité. Un grand nombre d’élèves reçoit des enseignements qui ne sont pas de qualité, puisque leur nombre important empêche que l’on dispense des enseignements dans de bonnes conditions. Au regard des éléments comme ceux-là, et vu les effectifs des salles de classe, on ne peut pas s’attendre à de bons résultats. Pendant toute l’année scolaire, nous avons fait des évaluations séquentielles qui ne donnaient pas ces tendances, sauf dans certains établissements. Leurs résultats n’étonnent d’ailleurs personne. Mais dans les autres établissements, les résultats que nous avons aujourd’hui ne reflètent pas ce niveau là. On ne peut donc pas dire qu’il y a eu une évolution ou amélioration du système éducatif.
Pour la première fois, toutes les 10 régions du pays ont dépassé le cap de 50%. Peut-on dire qu’il y a il une évolution comparée à la session 2009, où 5 régions avaient eu 50% de réussite ?
Il y a une évolution qualitative des statistiques. Au Snaef, nous sommes formels sur le fait qu’il n’y a pas évolution du système éducatif. Les résultats aux examens officiels sont formulés de telle sorte qu’on donne l’impression qu’au Cameroun, les choses vont bien au niveau de l’école. Les enseignants ne sont pas motivés, leurs problèmes ne sont pas résolus, ils se plaignent tout le temps, et ils manifestent leurs démotivations dans les salles de classe. Ces élèves sont mal encadrés. Ce n’est pas forcement parce que l’enseignant ne veut pas donner des meilleurs cours ; mais les effectifs pléthoriques ne permettent pas de travailler avec efficience.
Aussi, l’année dernière, toutes les régions n’avaient pas eu un pourcentage de réussite supérieur ou égal à 50%. Qu’est ce qui a donc changer cette année ? Il faut bien que l’on perçoive le résultat à partir des transformations qui se passent à la base. Quels sont ces résultats que l’on trouve subitement très bon au sommet, alors tout ce qui a participé à la préparation de ces résultats ne prête pas à cet aboutissement ? C’est vraiment un paradoxe et, vraisemblablement, un miracle.
Quelle est la part de l’approche politique dans la publication des résultats ?
Ce sont des résultats politiques c’est à dire construits par le politique, qui veut donner le visage qu’il veut à notre système éducatif. Souvenez-vous qu’à un moment de notre histoire, le ministre de l’Education nationale Adamou Ndam Njoya avait voulu que désormais, au Cameroun, on passe avec 10 de moyenne. Et il avait voulu que les enseignements soient de qualité, et que les résultats obtenus au terme des évaluations soient également de qualité. Tout ceci parce qu’il fallait refaire l’image de notre système éducatif. Avec ces mesures là, on a pu vérifier quel était le véritable niveau des enseignements et du système éducatif en général. Cet effort de remodelage de l’image de notre système éducatif se poursuit jusqu’à ce jour. Cela veut dire que lorsque le politique veut montrer que tout va bien, il le fait à travers les discours, mais jamais dans les actes. C’est ainsi qu’au sommet, on arrange des résultats par des modulations.
C’est-à-dire ?
Les élèves ne sont pas reçus avec 10 de moyenne. On prend à partir de 8 de moyenne. On s’efforce ensuite pour que ceux qui n’arrivent pas à ce niveau là aient des points par-ci, par-là. Et, en fin de compte, vous vous retrouver avec des résultats composés. Les résultats sont donc en général modifiés. Cela dépend de l’homme politique et échappe pratiquement à l’enseignant. C’est l’homme politique qui a le dernier mot. Voilà à peu près l’approche du politique en matière d’évaluation, qui est celle de toujours camoufler la réalité, mais de ne jamais rien faire pour que les choses changent effectivement. Même quand il s’agit de faire changer les choses pour que notre système éducatif soit un système qui répond aux besoins de notre réalité. Vous constateriez qu’on a beau donné un taux de réussite de 60%, voir même 100%, au sortir de leur formation, les enfants se retrouvent au chômage. Cela signifie qu’en réalité, rien n’est préparé pour que nous soyons dans un système éducatif efficace aussi bien à l’interne qu’à l’externe.
Propos recueillis par Bertille Missi Bikoun avec J.Afom et P.M. Mayagui (Stagiaires)
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