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Guinée: Quelle mouche a piqué Jean-Marie Doré?

En s’aventurant sur le terrain glissant d’une éventuelle révision constitutionnelle, pour garantir, de son aveu, une organisation correcte du second tour de l’élection présidentielle guinéenne, le Premier ministre s’est attiré les foudres de l’opinion et d’une partie de la classe politique.

Sa proposition paraît, en effet, inopportune, au lendemain des congratulations qui ont sanctionné le consensus réussi par les protagonistes de cette confrontation tant attendue, qui se sont accordé pour que le second tour se tienne le 19 septembre 2010.

En fait, ce n’est pas tant le fait qu’un officiel politique -et qui plus est acteur-clé de la transition en cours- réclame une révision de la Constitution qui est en cause. Ce qui gêne et trouble ici, c’est que cette «proposition» intervienne en pleine mi-temps prolongée, c’est-à-dire en cours de jeu.

Au moment même où l’on surveille le processus électoral guinéen comme du lait sur le feu, afin que cette première consultation censée être véritablement démocratique permette de sortir de la crise dans laquelle le pays est plongé depuis l’année dernière.

Cette crise, on se rappelle, est née de l’intention -supposée ou réelle- de Moussa Dadis Camara, chef de la junte militaire qui a pris le pouvoir, le 28 décembre 2008, à la mort de l’ancien président Lansana Conté, de briguer la magistrature suprême.

La surchauffe sociopolitique qui a alors embrasé le pays s’est cristallisée par les tristes événements du 28 septembre 2009, lorsqu’une manifestation de l’opposition a été réprimée dans le sang.

Et l’on a tremblé à nouveau, lorsque l’aide de camp du chef de la junte a dégainé et tiré sur son «patron». Touché à la tête, Moussa Dadis Camara sera évacué au Maroc, pour y être soigné, avant d’atterrir à Ouagadougou, où de conclaves en conciliabules, on parvint à une feuille de route de sortie de crise, qui prescrivit l’observation d’une courte période de transition, qui déboucherait sur l’élection d’un nouveau président civil, démocratiquement élu à l’issue d’une élection libre et transparente.

Certes, le premier tour de cette élection qualifiée d’«historique» a connu ses faiblesses et ses imperfections. Critiquée de toutes parts et accusée d’avoir orchestré une «fraude gigantesque», la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) estime avoir bien fait son travail dans l’ensemble au premier tour, même si elle a reconnu des «insuffisances» dues à son inexpérience.

Le cafouillage qui a suivi la proclamation des résultats du premier tour et la longue attente, devenue inquiétante, qui a caractérisé l’entre deux tours, ont finalement débouché sur la décision d’organiser enfin le second tour le 19 septembre 2010.

Un deuxième round que la Ceni dit préparer avec soin, afin d’éviter toute contestation. Le Premier ministre lui-même avait favorablement accueilli le consensus qui a prévalu autour de la date de cet épilogue électoral. Alors qu’il avait déjà été accusé d’avoir tout fait pour retarder au maximum la tenue du second tour de la présidentielle, on comprend encore moins sa volonté de changer les règles du jeu à ce moment précis du processus électoral.

La perplexité des Guinéens sur son positionnement, toutefois compris et avalisé par le camp de Alpha Condé, qui pense, de concert avec le Jean-Marie Doré, que «la Ceni a montré ses limites avec le premier tour», entretient à nouveau la polémique.

Et nourrit des inquiétudes nouvelles, quant à la sérénité qui doit prévaloir dans les préparatifs du scrutin, et surtout au lendemain de la proclamation des résultats. En prévenant qu’il n’accepterait pas qu’on lui «vole» sa victoire au second tour -laissant supposer qu’on la lui a volé au premier tour- Alpha Condé n’apporte-t-il pas de l’eau au moulin de ceux qui s’attendent, peut-être, à une période postélectorale difficile en Guinée?

Autant il est inconcevable que l’on trahisse le verdict des urnes, émanation de la volonté populaire, autant chacun doit savoir raison garder pour préserver l’essentiel. Même si l’on peut concevoir aisément qu’à force de toujours sacrifier la vérité (des urnes, en l’occurrence) pour acheter la paix, on fragilise celle-ci, plutôt que de la consolider.

Serge Mathias Tomondji| 24 Août 2010|Fasozine (Ouagadougou)|


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