Le Comité central au rapport
René Sadi a bouclé la série de concertations avec les membres de cette instance.
René Sadi, le secrétaire général du Comité central du Rdpc, vient de boucler une série de rencontres avec les membres titulaires du Comité central, en fonction.
L’ordre du jour de ces rencontres, qui se sont tenues « sur hautes instructions du président national du parti», n’a pas officiellement été révélé et les convives de rené sadi, recus région par région, n’ont pas souhaité s’épancher sur l’objet de leur entretien. René Sadi a cependant expliqué : «Nous avons passé en revue les problèmes qui se posent, la situation dans les différentes sections et toutes les questions qui concernent le parti ».
Au sortir de ces concertations, le mystère persiste sur la date et les modalités du prochain congrès ordinaire. « Il aura lieu. Ce n’est pas moi qui fixe la date du congrès », a confié René Sadi le 24 août dernier. Pourtant, c’est une question qui « tient à cœur à tous les militants du Rdpc », a-t-il reconnu
Le dernier congrès ordinaire du Rdpc s’est tenu en 1996. Il s’était soldé par le renouvellement du comité central, avec l’élection de certains membres, titulaires et suppléants compris, et la désignation des autres par le président national, en vertu des pouvoirs que lui confèrent les statuts.
Depuis ce congrès de 1996, nombre de membres titulaires et suppléants sont décédés. La question de leur remplacement a sans doute été évoquée au cours de ces concertations
Anne Mireille Nzouankeu|Jeudi, 02 Septembre 2010|Le Jour|
Charles Ateba Eyene : «Le président national a repris le parti en main »
Ce qui se passe en ce moment est une victoire du secrétaire général René Sadi. Il réussit ce que les autres n’ont pas pu faire. Cela rassure les militants que nous sommes et montre que le parti vit. Le souhait est que ces concertations accouchent d’un congrès et qu’elles permettent de mettre le Rdpc en harmonie pour les batailles futures, l’opposition étant en agonie. Ne faisons pas la fine bouche, le président national a repris en main le Rdpc. C’est un passage glorieux pour René Sadi qui en est le secrétaire général.
Le cœur du parti bat au ralenti
C’est l’organe qui assure la direction générale du Rdpc.
Le Comité central? Le saint des saints, avec le bureau politique. Plusieurs militants du parti actuellement au pouvoir au Cameroun ont rêvé. Il y a longtemps que l’instance n’a pas compté de nouveaux membres, mais on se souvient encore des fêtes qui ont accompagné l’entrée de certaines personnalités au sein du Comité central.
Cet organe, d’après l’article 23 des statuts du Rdpc, assure la direction générale du parti. Il a pour siège le siège du Rdpc, actuellement le Palais des congrès de Yaoundé, même si ses réunions peuvent se tenir n’importe où au Cameroun. L’article 61 des statuts du Rdpc prévoit que le Comité central se réunit deux fois par an sur convocation du président national. «A l’alinéa 2 de l’article 61, on note la précision suivante : «En cas de force majeure ou d’empêchement du président national et à la demande des 2/3 de ses membres, le Comité central se réunit sur convocation et sous la présidence de l’un de ses vice-présidents suivant l’ordre de préséance, sur la base de l’ordre du jour fixé par le Bureau politique».
Le Comité central du Rdpc compte des membres titulaires et des membres suppléants. Le nombre des premiers est de 250 au maximum, dont 150 sont élus par le congrès du parti en session ordinaire. Les autres sont les militants exerçant des fonctions telles que président du sénat, président de l’Assemblée nationale, Premier ministre, président du conseil économique et social, président du groupe parlementaire du Rdpc, président du bureau national d’une organisation spécialisée. A côté de ces personnalités, le comité central du Rdpc peut compter également des membres désignés par le président national.
Quant aux membres suppléants, l’article 56, alinéa 4 précise que leur nombre ne peut pas être supérieur à 90, dont 70 élus par le congrès du parti en session ordinaire et 20 nommés par le président national. A la tête du comité central, et sous l’autorité du président national, il y a un secrétaire général. La fonction est occupée actuellement par René Emmanuel Sadi, qui a remplacé Joseph-Charles Doumba en 2007. Le secrétariat général comprend également deux secrétaires généraux adjoints, un secrétaire à l’organisation, un secrétaire à la communication, un secrétaire aux affaires économiques, sociales et à l’emploi, un secrétaire aux organisations spécialisées, un secrétaire aux relations internationales et aux droits de l’homme, un trésorier général, un trésorier général adjoint, deux commissaires aux comptes, deux commissaires aux conflits, un conseiller auprès du secrétariat du comité central.
Jules Romuald Nkonlak
Eric Mathias Owona Nguini : «L’avenir du Rdpc est lié au sort politique de son chef central»
Le politologue analyse le fonctionnement actuel du parti au pouvoir et l’inertie de son Comité central.
Quels regards portez-vous aujourd’hui sur le Comité central du Rdpc?
Le Comité central est une structure organiquement désactivée du fait d’un non renouvellement constant depuis 1996 qui affaiblit la légitimité politique de cette instance dirigeante parce que rien n’a été politiquement produit comme décision pour justifier cette démarche. Concrètement, une telle situation permet au leader principal du Rdpc de canaliser et de neutraliser l’élite gouvernante en la réduisant au statut de simple clientèle à la disposition du chef central d’un parti d’Etat, de réservoir élitaire de soutien confisqué dont la capacité d’action politique est confinée par le non renouvellement des mandats des membres du Comité central par les procédures statutaires expressément prévues et les décisions politiques appropriées pour enclencher la mise en œuvre de ces dispositions statutaires.
Plusieurs membres de cette structure sont aujourd’hui inactifs, quelles peuvent en être les conséquences sur le fonctionnement du parti?
L’absence de dynamisme du Comité central du Rdpc a installé la sclérose politico-organisationnelle au sein de cette instance dirigeante du “parti des flammes”. Cela fait que le personnel politique constitutif de cette instance dirigeante du parti d’Etat est contraint d’être politiquement poussiéreux n’ayant pas l’occasion de prendre le bain purificateur et l’onction sanctificatrice de son renouvellement par un congrès tenu à échéances régulières et conformes.
On annonce sans arrêt la tenue d’un congrès ordinaire, mais l’échéance est sans cesse repoussée. Un comité central fonctionnel aurait-il évité un tel calvaire aux militants?
Non. La canalisation paraplégique ou hémiplégique du Comité central est effectivement liée à la mise entre parenthèses du Congrès ordinaire depuis 1996.Les deux éléments s’inscrivent dans une stratégie politique principalement voire exclusivement préoccupée d’assurer de manière renouvelée et conforme la légitimité statutaire et organique du Président national du Rdpc, démarche manœuvrière qui s’est opérée depuis lors à travers les congrès extraordinaires de 2001 et 2006.
Comment entrevoyez-vous l’avenir du Rdpc au delà de 2011?
L’avenir du Rdpc est consubstantiellement lié au sort politique de son chef central. Dans sa configuration actuelle, en l’absence d’un aggiornamento politique, idéologique, organisationnel et stratégique le rendant moins dépendant de son Président national, le Rdpc est appelé à éclater, parce qu’il est actuellement formaté comme une machine politique clientéliste et conformiste à la disposition d’un chef tutélaire dont la position de leader central d’un Etat toujours basé sur l’hégémonie de la bureaucratie centraliste et souverainiste lui permet d’avoir les franchises ou les agréments qui font opérer cette formation partisane comme un parti d’Etat. La situation du RDPC en 2011 dépend donc fondamentalement de celle de son Président national et de sa capacité à reconduire politiquement et institutionnellement son emprise sur l’office présidentiel conformément aux logiques organiques de gouvernement perpétuel.
Propos recueillis par I.B.N.
Quand le sommet écrase la base
Les conflits sont fréquents entre les délégués de l’instance et les responsables des sections.
Au cours du dernier congrès extraordinaire du Rdpc en juillet 2006, le président national, Paul Biya, a attiré l’attention des militants sur les rapports que devraient avoir les présidents de sections et les délégués du comité central. Deux ans plus tard, il signe une circulaire pour définir les responsabilités au sein des différentes instances de son parti. Malgré toutes ces précautions, les célébrations et autres activités du Rdpc, laissent apparaître plusieurs points de conflits entre les présidents de sections et certains délégués du comité central.
A l’occasion de la célébration de l’accession du président Paul Biya au pouvoir le 6 novembre 2008, le président de la section Rdpc du Nkam, Samuel Kwedi Bataki, tient publiquement des propos malveillants à l’endroit du délégué du Comité central, Pierre Titi, par ailleurs ministre délégué auprès du ministre des Finances. Un des chargés de mission de la délégation du comité central, Pascal Messanga Nyamding, n’apprécie pas la scène. Séance tenante, il oppose une riposte violente à Samuel Kwedi Bataki. Ce dernier s’estimant outragé, d’ailleurs porte l’affaire au tribunal de première instance de Yabassi, où elle est pendante.
Le journal du parti au pouvoir, L’action, révèle dans un dossier les rapports tumultueux qui ont émaillé la célébration de cet anniversaire dans le Mbam et Inoubou. Ernest Oloume, alors président de section Rdpc, et James Onobiono, personnalité ressource du comité central, s’affrontent publiquement devant les militants au cours d’un meeting à Bokito.
A Bafia dans la section Rdpc du Mbam et Inoubou I, l’ancien ministre Pascal Anong Adibime, personnalité ressource, défie le président de la section, Ziem Adamou, toujours au cours d’un meeting. Pour ce dernier cas, pendant que le président de la section convoque les militants à Kôn Yambetta, la personnalité ressource prévoit un meeting à Bafia. Les forces de l’ordre se rendront à Kôn Yambetta pour disperser les militants, sur ordre du préfet.
Dans l’Océan, Martin Oyono, député et délégué du comité central, n’accorde plus ses violons avec le président de la section, Gregoire Mba Mba. Les partisans des deux personnalités se sont affrontés physiquement à plusieurs reprises au cours des activités du parti dans l’Océan. Leur conflit s’est même transporté dans les médias locaux et nationaux.
A Ebolowa, dans la section Rdpc de la Mvila-centre, le président de la section, Raymond Mbita Mvaebeme, et Jacques Fame Ndongo, régulièrement désigné comme délégué du Comité central, ne se rencontrent plus sur le terrain dans le cadre des meetings. Le président de la section préférant organiser ses activités à l’endroit qui l’arrange et prenant le soin de ne pas croisera le délégué du comité central sur son chemin.
Innocent B. Ngoumgang
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