Jean Francis Belibi | 26 février 2010 | Mutations |
Le Premier prĂ©sident de la Cour suprĂȘme a prĂȘchĂ© pour une rĂ©elle indĂ©pendance des membres de la fonction judiciaire tout en implorant l’indulgence des justiciables sur certains manquements.
L’ambiance Ă©tait Ă la fĂȘte hier Ă la Cour suprĂȘme du Cameroun, Ă l’occasion de l’audience solennelle de rentrĂ©e de cette institution. Une audience qui valait aussi ouverture de l’annĂ©e judiciaire au Cameroun. Une audience qui aura vu l’indĂ©pendance du magistrat du siĂšge au centre des prĂ©occupations de Alexis Dipanda Mouelle, le Premier prĂ©sident de cette institution. Dans une attitude qu’il a volontairement voulu pĂ©dagogue, Alexis Dipanda Mouelle a tenu Ă relever la spĂ©cificitĂ© de la fonction des magistrats, “des fonctionnaires qui du seul fait qu’ils sont appelĂ©s Ă juger leurs semblables, Ă arbitrer les litiges qui opposent les individus et les personnes morales, dĂ©tiennent un pouvoir exceptionnel dans la sociĂ©tĂ© qui fait Ă©videmment d’eux, une catĂ©gorie Ă part au sein des grands corps de l’Etat⊔
Des hommes et femmes qui, du fait du caractĂšre particulier des fonctions qu’ils exercent doivent faire honneur Ă celle-ci, empreinte de magnificence, de transcendance, de majestĂ©, de dignitĂ© et d’honneur. Pourtant les critiques sont de plus en plus rĂ©currentes vis-Ă -vis de la maniĂšre dont ces magistrats rendent la justice au Cameroun. Des critiques jugĂ©es “sĂ©vĂšres, trop sĂ©vĂšres, acerbes, voire atroces “. Des critiques de l’opinion envers l’institution judiciaire qui portent gĂ©nĂ©ralement sur ses dĂ©lais, ses lenteurs, son organisation parfois qualifiĂ©e d’irrationnelle, sa complexitĂ©, son inaccessibilitĂ©, son coĂ»t et mĂȘme parfois l’absence de transparence dans ses procĂ©dures. Pour le Premier prĂ©sident de la Cour suprĂȘme, il s’agit lĂ d’ ” un irrĂ©ductible malentendu entre ce que, idĂ©alement, on attend de la justice et ce que, pratiquement elle peut offrir ; on attend souvent du juge des jugements de cĆur alors qu’il ne peut offrir que des jugements de droit, voire de raison⊠“.
Des critiques qui selon le principal orateur d’hier, empĂȘcherait de prendre la vraie mesure ” des vrais et curieux paradoxes de la justice “, avec le ” prestige apparent de la fonction mais la modestie de la condition⊠le souhait d’un juge libre, fort et indĂ©pendant mais refus d’un vrai pouvoir judiciaire ⊠libre accĂšs aux tribunaux, mais inadaptation de leurs moyens⊠égalitĂ© devant la justice pĂ©nale mais mise en cause de certaines procĂ©dures judiciaires⊠“.
Difficile de savoir dans ce dernier aspect Ă quelle affaire Alexis Dipanda Mouelle faisait allusion, au moment oĂč dans l’opinion, enfle une certaine polĂ©mique au sujet du traitement de certains personnes dans ce que l’on peut dĂ©jĂ appeler ” l’autre affaire Atangana Mebara “. Pourtant le Premier prĂ©sident de la Cour suprĂȘme, reprenant les dispositions de l’article 37 de la Constitution en son alinĂ©a 2 a tenu Ă prĂ©ciser que ” les magistrats du siĂšge ne relĂšvent de leurs fonctions juridictionnelles que de la loi et de leur conscience⊠“. Pour lui, l’indĂ©pendance du juge ainsi proclamĂ©e apparaĂźt comme un Ă©lĂ©ment incontournable pour une justice de qualitĂ© ” L’indĂ©pendance dans ce contexte doit ĂȘtre entendue comme le statut confĂ©rĂ© au juge, lequel lui permet de rendre sa dĂ©cision en toute libertĂ©, sans instructions ni pressions. C’est le refus des contraintes autres que lĂ©gales. L’indĂ©pendance du juge est la garantie d’une bonne justice, d’une justice de qualitĂ© “, mĂȘme s’il a nĂ©anmoins tenu Ă relever que ” l’indĂ©pendance du juge n’est pas une fin en soi ; c’est plutĂŽt le moyen par lequel il pourra atteindre l’une des finalitĂ©s de la justice, Ă savoir l’impartialitĂ© “.
Pourtant le magistrat a tĂŽt fait de dĂ©celer les menaces qui planent sur l’appareil judiciaire. Des menaces de trois ordres : financier, social et politique. Pourtant l’exigence d’une justice diligente et impartiale devrait s’accompagner selon Alexis Dipanda Mouelle d’un certain nombre de garanties. ” Serait-il moralement acceptable que certains peuples, au nom desquels la justice est rendue, exigent des magistrats une intĂ©gritĂ© et une impartialitĂ© sans faille alors qu’ils les livrent Ă la mendicitĂ© ? “, s’est-il interrogĂ© avant de s’en prendre Ă ces brebis galeuses de la profession ” Malheur aux magistrats qui utilisent leurs fonctions comme un fonds de commerce, mĂ©prisant et maudissant de ce fait la justice, naviguant Ă contre courant de sa logique et contribuant pour la mĂȘme raison Ă faire la promotion de l’injustice de la justice⊠” a-t-il lancĂ© avant de plaider, en s’appuyant l’article 16 de la dĂ©claration universelle des Droits de l’homme, pour une rĂ©elle indĂ©pendance du pouvoir judiciaire vis-Ă -vis de l’exĂ©cutif et du lĂ©gislatif “L’indĂ©pendance des juridictions doit ĂȘtre garantie ainsi que le caractĂšre spĂ©cifique de leurs fonctions sur lesquelles (ni l’un ni l’autre) ne peuvent empiĂ©ter⊠Il n’appartient ni au lĂ©gislateur ni au gouvernement de censurer les dĂ©cisions des juridictions, d’adresser Ă celles-ci des injonctions et de se substituer Ă elles dans les litiges relevant de leur compĂ©tence⊔
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