Par jacques.doo.bell | Jeudi 25 février 2010 | Le Messager
Deux ans, jour aprĂšs jour, aprĂšs le dĂ©clenchement de ce que certains ont appelĂ© «les Ă©meutes de la faim », derriĂšre lesquelles Paul Biya a vu la main des «apprentis sorciers» des Camerounais nâoublient pas. CĂ©lestin Bedzigui, «exilĂ© » aux Etats-Unis depuis quelques annĂ©es, Ă©conomiste et homme politique bien connu de ses compatriotes, Howard Njeck et Marcel Sime, tous deux aux Etats-Unis aussi, viennent dâadresser au secrĂ©taire gĂ©nĂ©rale des nations unies une longue pĂ©tition sur les Ă©meutes de fĂ©vrier 2008. Ils sollicitent la mise sur pied dâune commission dâenquĂȘte internationale chargĂ©e dâĂ©tablir les faits et les circonstances des massacres des populations civiles survenues du 25 au 28 fĂ©vrier 2008.
Les auteurs de cette pĂ©tition retracent les circonstances de cet Ă©pisode de lâhistoire du Cameroun qui a endeuillĂ© des centaines de familles et justifient leur rĂ©clamation dâune commission dâenquĂȘte internationale. Ils se fondent sur un arsenal de conventions et traitĂ©s internationaux auxquels adhĂšre le Cameroun, qui font de la rĂ©action brutale du gouvernement, un «crime contre lâhumanitĂ© » sur des citoyens dĂ©sarmĂ©s, et rapprochent cette attitude Ă celle des militaires guinĂ©ens le 28 septembre 2009 sur la population civile Ă Conakry.
Cette pĂ©tition est adressĂ©e Ă lâONU pendant quâau Cameroun, les autoritĂ©s administratives se sont opposĂ©es avec vigueur aux manifestations du souvenir en faveur des martyrs du 28 fĂ©vrier 2008, «les martyrs de la modification de la constitution» par les organisations de dĂ©fense des droits de lâHomme, des partis politiques et de certaines confessions religieuses.
Voici du reste le texte intégral de cette pétition adressée hier mercredi 24 février 2010 au secrétaire général des Nations unies.
Bonne lecture !
A monsieur le secrétaire général des Nations-Unies, New York, USA
Monsieur le Secrétaire General,
Nous, Soussigné , Célestin Bedzigui, Chairman, Global Democratic Project, Harrisburg, Usa, citoyen du Cameroun et agissant comme tel, assisté par Howard Njeck, Executive Director, Cameroon Diaspora Conference, Washington Dc, Marcel Simé, Représentant adjoint du Code, Usa, tous citoyens du Cameroun et agissant comme tels,
Nous venons par la prĂ©sente pĂ©tition demander lâ institution dâ une Commission dâ enquĂȘte internationale chargĂ©e dâĂ©tablir les faits et les circonstances des massacres des populations civiles survenus du 25 au 28 FĂ©vrier 2008 au Cameroun, de dĂ©terminer la nature des crimes commis dont le crime contre lâhumanitĂ©, dâĂ©tablir des responsabilitĂ©s, dâidentifier les auteurs dans la mesure du possible et de faire des recommandations, en application des dispositions Ă©dictĂ©es par les Conventions et TraitĂ©s Internationaux dĂ©coulant de la Charte des Nations Unies et visant a assurer aux peuples protection et droits civils et politiques.
Le bilan de ces massacres des populations civiles perpĂ©trĂ©es par les forces de lâ ordre au Cameroun a Ă©tĂ© Ă©valuĂ© par une source indĂ©pendante, lâObservatoire National des Droits de lâHomme du Cameroun (ONDH) appuyĂ© par des associations telles lâAction des ChrĂ©tiens pour lâAbolition de la Torture (Acat-Littoral et France) a 136 tuĂ©s et a environ 3.000 arrestations. Le Gouvernement quant Ă lui a reconnu un bilan officiel de 40 morts et de 1671 personnes interpellĂ©es. Il nâa par ailleurs pas cru devoir instituer une Commission dâenquĂȘte ni engager la moindre investigation pour Ă©tablir les abus et rĂ©primander ou punir les auteurs de ces tueries.
Le Cadre Juridique
Nous fondons notre pĂ©tition sur une base juridique dont lâune des dimensions renvoie au concept de ââ crime contre lâhumanitĂ©ââ qui, parce quâimprescriptible, fait que les poursuites engagĂ©es en rĂ©sultante des massacres de FĂ©vrier 2008 ne sont pas frappĂ©s de caducitĂ© ou forclusion.
1. 1- Droit interne : Le prĂ©ambule de la Constitution du Cameroun de 1996 stipule que « Toute personne Ă droit Ă la vie et a lâintĂ©gritĂ© physiqueâŠ, elle doit ĂȘtre traitĂ©e en toute circonstance avec humanitĂ©. En aucun cas, elle ne peut ĂȘtre soumise Ă la torture, Ă des peines ou traitements cruels⊠»
2. 2- Droit International relatif aux Droits de lâHomme : Le Cameroun a signĂ© et ratifiĂ© la plupart des conventions internationales et rĂ©gionales relatives aux droits de lâhomme et comme tout autre Etat, il est Ă©galement liĂ© par les normes du Droit International coutumier en la matiĂšre. Deux instruments internationaux ratifiĂ©s par le Cameroun qui sâappliquent aux Ă©vĂ©nements de FĂ©vrier 2008 mĂ©ritent ici dâĂȘtre mentionnĂ©s : le Pacte Internationale relatif aux Droits civils et politiques, la Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dĂ©gradants. Par ailleurs, un grand nombre de victimes de ces massacres Ă©tant des enfants, il convient dâajouter Ă©galement la Convention relative aux droits de lâenfant et la Charte africaine des Droits et de bien ĂȘtre de lâenfant, toutes ratifiĂ©es par le Cameroun. Il y aurait ainsi lieu que la Commission dâenquĂȘte vĂ©rifie que plusieurs droits garantis par ces conventions nâont pas Ă©tĂ© violĂ©es lors de Ă©vĂ©nements de FĂ©vrier 2008 et de dĂ©terminer la responsabilitĂ© de lâ Etat camerounais dans ces violations.
3. 3- Droit pĂ©nal international : Le Cameroun a ratifiĂ© le Statut de Rome de la Cour pĂ©nale Internationale, laquelle a donc juridiction pour juger les crimes commis au Cameroun et pour lesquels elle est compĂ©tente. Le Statut de Rome dĂ©finit trois catĂ©gories de crimes internationaux parmi lesquels la catĂ©gorie de « crime contre lâhumanit » est applicable aux Ă©vĂ©nements du 28 FĂ©vrier 2008. Il y a « crime contre lâhumanitĂ© » quand lâun des actes Ă©numĂ©rĂ©s Ă lâarticle 7 du Statut de Rome est commis dans le cadre dâ ââune attaque gĂ©nĂ©ralisĂ©e ou systĂ©matique lancĂ©e contre toute population civile et en connaissance de cette attaqueââ.
Les services de sécurité impliqués dans les massacres de février 2008
Trois services de sécurité ont été impliqués dans les événements de Février 2008 et qui sont tous rattachés à la Présidence du Cameroun, ce qui engage en ultime ressort la responsabilité de celui qui occupe ce poste.
1. 1- La Police Nationale et principalement le GMI, Groupement Mobile dâIntervention relevant du SecrĂ©tariat dâ Etat Ă la SĂ»retĂ© IntĂ©rieure rattachĂ© Ă la PrĂ©sidence de la RĂ©publique;
2. 2- La Gendarmerie Nationale relevant du SecrĂ©tariat dâ Etat Ă la SĂ©curitĂ© nationale ;
3. 3- Les unités spéciales de lutte contre le grand banditisme : GSA et BIR rattachés au MinistÚre de la Défense et aux Services de la police nationale.
Les Ă©lĂ©ments de ces forces entretiennent une tradition de recours Ă la violence extrĂȘme exacerbĂ©e par la culture dâimpunitĂ© dans laquelle ils ont Ă©tĂ© Ă©tablis par un rĂ©gime oppressif et accordant trĂšs peu de prix au respect de la vie et de la dignitĂ© humaine.
Le contexte
Il est utile de prĂ©senter briĂšvement le contexte dans lequel se situent les Ă©vĂšnements de FĂ©vrier 2008 en reprenant la relation des faits de premiĂšre main et les analyses produites par les associations de dĂ©fense des Droits de lâHomme en activitĂ© au Cameroun, dont plus particuliĂšrement lâ Observatoire National des Droits de lâ Homme du rapport duquel nous tirons lâ essentiel du matĂ©riel et des donnĂ©es utilisĂ©es dans la prĂ©sente pĂ©tition.
1. Le contexte politique
Dans le courant de lâannĂ©e 2007, plusieurs dignitaires du Rassemblement dĂ©mocratique du peuple camerounais (RDPC) â parti au pouvoir â appellent individuellement Ă la modification de la Constitution afin de permettre au PrĂ©sident Paul Biya de briguer un nouveau mandat en 2011. Le dĂ©bat est lancĂ©. Diverses forces politiques de lâopposition expriment alors leur mĂ©contentement et avertissent de prochaines manifestations. Le 30 octobre 2007, Paul Biya explique Ă la chaĂźne de tĂ©lĂ©vision France 24 que la Constitution ne lui permet pas, «à lâheure actuelle», dâenvisager une nouvelle candidature, avant dâajouter : «Vous avez aussi des gens qui estiment que pour assurer la continuitĂ©, il faut que le PrĂ©sident se prĂ©sente. Je laisse le dĂ©bat se dĂ©rouler.» Le 6 novembre 2007, Ă lâoccasion de la journĂ©e commĂ©morative de lâarrivĂ©e au pouvoir de M. Paul Biya, (le 6 novembre 1982), le Rdpc appelle publiquement Ă la rĂ©vision constitutionnelle. Le discours de fin dâannĂ©e du PrĂ©sident qui confirme cette option suscite de nouveau les critiques de lâopposition politique et de la sociĂ©tĂ© civile qui dĂ©noncent une «dĂ©rive monarchique» visant Ă assurer le maintien au pouvoir du Chef de lâĂtat aprĂšs 2011.
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