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Jean-Pierre Bekolo : « L’Abbia est fermĂ© et je dis : tant mieux»

Posted by Admin on Mar 24th, 2010 and filed under Culture, Featured. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0. Both comments and pings are currently closed.

Écrit par StĂ©phanie Dongmo| Mercredi, 24 Mars 2010| Le Jour |

Vous ĂȘtes au Cameroun depuis quelques jours ; sur quels projets travaillez-vous ?

Je suis au Cameroun pour promouvoir The BigAafrica Show, une sĂ©rie d’Ă©missions qui seront diffusĂ©es pendant la Coupe du Monde. Il s’agit d’une sĂ©rie qui se propose de prĂ©senter le meilleur de l’Afrique, « featuring the best of Africa ». L’Afrique souffre avant tout de son image. En tant que cinĂ©aste, ma mission est d’amĂ©liorer cette image, tant au niveau de la rĂ©alitĂ© (dont mon engagement) qu’au niveau des mĂ©dias. Comme le disait Ban Ki Moon (sĂ©crĂ©taire gĂ©nĂ©ral de l’Onu, ndlr), cette Coupe du Monde est une occasion unique pour l’Afrique d’amĂ©liorer cette image. The Big Africa Show est une vitrine pour vendre les entreprises et les talents africains au reste du monde. Nous proposons cette sĂ©rie au maximum de chaĂźnes internationales. Car la culture et les mĂ©dias jouent un rĂŽle capital dans le dĂ©veloppement.

Comment allez-vous vous y prendre ?

Nous prĂ©voyons une sĂ©rie d’activitĂ©s crĂ©atrices, sources d’emplois, d’exportations et par consĂ©quent, de revenus au niveau national. The Big Africa Show est une espĂšce de campagne que je mĂšne auprĂšs des deux milliards de tĂ©lĂ©spectateurs qui vont, de par le monde, regarder l’Afrique. J’aimerais que le Cameroun en profite, car c’est nous qui avons redonnĂ© sa dignitĂ© au football africain et avons permis que cette Coupe du Monde ait lieu en Afrique. C’est la nĂŽtre. Nous avons dĂ©jĂ  le soutien de l’ancien prĂ©sident Rawlings du Ghana. Nous finalisons actuellement un partenariat avec France tĂ©lĂ©visions et SABC, la tĂ©lĂ© sud-africaine. J’ai voulu, suite au film avec Eto’o, et grĂące Ă  mes contacts en Afrique du Sud, offrir un package (film, Ă©mission, magazine et Ă©vĂ©nements). Nous avons un journal, Footura, qui sera disponible dans tous les kiosques sud-africains pendant la Coupe du Monde. Il offre un support supplĂ©mentaire de visibilitĂ© Ă  tous ceux qui aimeraient en profiter.

OĂč en ĂȘtes-vous avec le projet de film sur Samuel Eto’o ?

Personnellement, j’ai lancĂ© le projet d’un film biographique sur Samuel Eto’o, il y a deux ans. C’est un projet qui est immense, je ne peux pas le porter tout seul. Ce n’est pas une affaire d’Eto’o ou de Jean-Pierre Bekolo, mais, de nous tous. Je ne suis pas fan de foot. C’est Barbara Etoa avec qui j’ai travaillĂ© Ă  la Crtv qui m’a suggĂ©rĂ© de faire un film sur Eto’o. J’ai trouvĂ© l’initiative noble. Sauf qu’aprĂšs, il y a la rĂ©alitĂ© qui vous rattrape. A un moment donnĂ©, je me suis retrouvĂ© avec des Sud-africains, des Espagnols, et un petit producteur français qui s’est cassĂ© les dents, faute de ressources. J’ai Ă©crit Ă  la prĂ©sidence de la RĂ©publique, au ministĂšre de la Culture. Sans succĂšs. Tout l’argent que j’ai est parti dans cette histoire-lĂ . On est allĂ© Ă  Sundance (c’est un festival aux Etats-Unis oĂč des crĂ©ateurs indĂ©pendants peuvent aller chercher des producteurs, ndlr), on allait avoir le fils de Will Smith pour jouer Eto’o petit. Le but Ă©tait de faire un film qui allait changer les choses. Mais l’Afrique, le Cameroun, ne sont pas crĂ©dibles ; il faut travailler pour en arriver lĂ . Je ne peux pas dire que le projet est mort, ni que ça se fait. Ce qui est choquant, c’est qu’on a institutionnalisĂ© la dĂ©brouille et l’affairisme chez nous. Pourtant, ce film pouvait changer le cinĂ©ma africain.

Eto’o a-t-il financĂ© ce projet ?

J’ai voulu ĂȘtre professionnel et j’ai travaillĂ© surtout avec son manager. Ce n’est pas comme ca que je l’ai contactĂ© : on a Ă©tĂ© clair avec son manager et je n’ai jamais dit qu’il allait y mettre son argent. Il y a eu d’autres difficultĂ©s du fait qu’il est hyper occupĂ©, il ne s’appartient pas toujours. Mais j’ai aussi acceptĂ© de travailler avec un intermĂ©diaire.

Quel est le budget de ce film ?

On Ă©tait parti sur 6 millions d’euros (environ 4 milliards Fcfa, ndlr), ce qui reprĂ©sente le budget moyen d’un film français. Nous avons commandĂ© une Ă©tude qui dit que ce film devra rapporter entre 17 et 30 millions d’euros. Avec Eto’o, on va avoir la recette. J’essaie de faire un film camerounais pour l’intĂ©rĂȘt des Camerounais. La vĂ©ritĂ©, c’est qu’on n’existe pas encore, on est trop faible et mĂȘme Eto’o ne s’appartient pas. Pour moi, le Cameroun manque de vision. Mettre Eto’o dans un film, ça crĂ©e toute une entreprise culturelle ; du coup, on peut dĂ©velopper d’autres secteurs.

Certains critiques disent de vos films qu’ils sont futuristes. Vous, comment les qualifiez-vous ?

Je pense que chaque peuple a dĂ©fini ce qu’est le cinĂ©ma pour lui. Mais nous, nous sommes toujours Ă  la traĂźne et copions sur les autres ; c’est l’une des consĂ©quences de la colonisation. Mes films montrent les problĂšmes, c’est un cinĂ©ma de monstration. Je fais comme si le cinĂ©ma n’existe pas et je me dis : Afrique, annĂ©e zĂ©ro. On a besoin de redĂ©finir notre cinĂ©ma et de faire un cinĂ©ma afro futuriste. J’ai envie de dire aprĂšs 50 ans d’indĂ©pendance : maintenant, tout peut commencer. Aujourd’hui, tout le monde dit que l’Abbia est fermĂ© et je dis : tant mieux, si l’Abbia est fermĂ© parce que plus personne n’y allait. C’était devenu une sorte de fantĂŽme. Il faut redĂ©finir notre cinĂ©ma, il faut qu’il trouve de nouveaux supports, il faut penser Ă  son modĂšle Ă©conomique
 tout est Ă  inventer. Et il ne faut surtout pas s’enfermer dans des canons occidentaux, parce qu’eux-mĂȘmes sont au bout d’un systĂšme.

A une Ă©poque, JosĂ©phine Ndagnou, vous-mĂȘme et d’autres cinĂ©astes aviez en projet d’ouvrir une salle de cinĂ©ma. Qu’est devenu ce projet ?

L’idĂ©e Ă©tait de dire qu’il faut rĂ©soudre nous-mĂȘmes nos problĂšmes. Je ne suis pas un homme d’affaires, je n’ai pas le tempĂ©rament de manager, je ne sais pas oĂč nous en sommes, parce que je n’ai pas eu Ă  manager le projet. A l’époque, on devait prendre l’ancien immeuble T. Bella, Ă  l’Omnisports. Evidemment, tout le monde est terrorisĂ© par les montants d’argent, par le nombre de portes auxquelles il faut frapper. La dĂ©brouille a Ă©tĂ© institutionnalisĂ©e chez nous.

Un commentaire sur le cinéma fait au Cameroun?

Que des gens fassent des films, c’est trĂšs bien. Que ça rentre dans la culture quotidienne, c’est une bonne chose. Le seul problĂšme, c’est que nous ne somme pas dans un systĂšme organisĂ©. Ce qui fait que ceux qui peuvent Ă©merger et aller loin ne sont plus identifiĂ©s. Aujourd’hui, les gens sont abandonnĂ©s Ă  eux-mĂȘmes, ils se dĂ©brouillent. Or, la dĂ©brouille ne peut pas ĂȘtre Ă©rigĂ©e en systĂšme. Il faut que le systĂšme soit organisĂ© pour que ceux qui font des choses bien Ă©mergent. C’est bien d’avoir tout cela, mais il faut qu’il y ait une institution derriĂšre.

Sur quels autres projets travaillez-vous ?

J’ai fait un court mĂ©trage sur Koffi Yamgnane (candidat malheureux aux Ă©lections prĂ©sidentielles au Togo, ndlr), intitulĂ© « Et si l’Afrique lui ressemblait ? ». Actuellement, je travaille sur un documentaire que je vais intituler «Les origines de la françafrique ».

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