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Contre-attaque: Marafa « manque de respect » à Biya

Dans le brûlot qu’il adresse au président de la République, l’ancien ministre d’Etat chargé de l’Administration territoriale et de la Décentralisation met le chef de l’Etat en face de ses responsabilités et se dit victime d’une affaire politique.

Dans le langage des jeunes, on dira qu’il lui a « manqué de respect », allusion faite à la missive que Marafa Hamidou Yaya a adressée au président Paul Biya depuis sa cellule de la prison centrale de Kondengui. Brûlot qui alimente les conversations depuis hier. Car, c’est bien la première fois, en 30 ans de pouvoir, que Paul Biya est ainsi frontalement attaqué par un ancien collaborateur. Excepté l’affaire Messi Messi, du nom de l’ex-Dg de la Scb, qui s’en alla se répandre en révélations croustillantes sur la gestion du Cameroun dans les colonnes de Jeune Afrique Économie.

Même au plus fort de la disgrâce et de la déchéance, les anciens subordonnés du président de la République, soit évitent de parler de lui, soit continuent de lui témoigner leur fidélité. Titus Edzoa, condamné à 15 ans d’emprisonnement ferme en 1997, après qu’il avait déclaré sa candidature contre Paul Biya à la présidentielle, ne vient-il pas de publier tout un livre (Titus Edzoa, Méditations de prison, Karthala, 2012, 155 pages) dans lequel il évite superbement de parler de son ancien patron ?  Et que dire d’Emmanuel Gérard Ondo Ndong, condamné à 20 ans d’emprisonnement ferme pour détournement de fonds publics et qui, dans une interview chez nos confrères de L’Actu, affirme : « Je reste fidèle à Paul Biya » ?
L’ancien ministre de l’Administration territoriale et de la Décentralisation, pour sa part, a décidé d’affronter son destin et ses révélations portent un coup sérieux à l’opération Epervier et confortent ceux qui estiment qu’elle est une opération « d’épuration politique ».
Sur les accusations de détournement de fonds publics portées contre lui au sujet de l’affaire de l’avion présidentiel pour laquelle il est poursuivi, Marafa Hamidou Yaya les rejette d’un revers de la main et rappelle que c’est lui qui a sollicité le chef de l’Etat dès le 7 mai 2008 pour être entendu dans cette affaire, question de dire sa part de vérité dans « cette scabreuse affaire que [vous] connaissez mieux que quiconque parce que régulièrement informé de ce processus d’acquisition de [VOTRE] AVION, que [vous] suiviez au jour le jour ».

Mensonge d’Etat
C’est rarement que les accusés de l’affaire de l’avion présidentiel pointent ainsi la responsabilité du chef de l’Etat. Car, au commencement, Paul Biya veut un avion. Mais, parce que le Cameroun est sous ajustement structurel, une telle acquisition est un luxe qui ne peut être que mal vu par les institutions financières internationales. Et pour les contourner, rien de moins qu’une entourloupe actée par le chef de l’Etat : donner l’impression qu’il s’agit d’une acquisition de la Camair, d’où l’entrée en scène de l’administrateur directeur général de la Cameroon Airlines, Yves Michel Fotso.
Marafa Hamidou Yaya dit être en prison du fait du chef de l’Etat et ne cache pas qu’il s’agit d’une affaire politique. « Vous savez bien, écrit-il, que mon incarcération n’a rien à voir avec cette affaire pour laquelle je ne suis coupable d’aucun délit et surtout pas de celui que vous avez instruit que l’on m’impute. » L’ancien Minatd agit ici comme Dominique de Villepin en France qui, poursuivi pour une affaire de droit commun (Clearstream), a habilement réussi à faire admettre à l’opinion qu’il s’agissait d’une affaire politique. « Je suis victime de l’acharnement d’un homme : Nicolas Sarkozy », n’avait-il eu de cesse de clamer, face aux médias et même devant ses juges.
Si l’on s’en tient à la lettre de Marafa Hamidou Yaya – en attendant que ses propos soient démentis par le destinataire –, il se présente certes comme un homme « fidèle et loyal » envers le chef de l’Etat, mais refuse de céder à la reptation et à la courtisanerie ambiante dans le système. Il dit avoir toujours refusé de s’associer aux « folklores » des différentes éditions de « l’Appel du peuple » publié par la Sopecam. Il révèle avoir osé demander au chef de l’Etat, Paul Biya, en 2004, de ne plus se représenter en 2011, devant les électeurs, pour ce qu’il considérait alors comme le septennat de trop. « J’exprimais sincèrement ce que je pensais à l’époque être dans votre intérêt et dans celui de notre pays. Ma conviction à l’époque était qu’un mandat supplémentaire serait le mandat de trop. Comme nous allons le voir, le harcèlement et la vindicte à mon égard datent de ce temps-là; aujourd’hui, je paye peut-être pour cette lucide franchise », écrit-il.

La République des Ragots
Si Paul Biya ne porte peut-être pas son ministre de l’Administration territoriale et de la Décentralisation en estime, il le respecte ou le redoute tout au moins. Avant la présidentielle du 9 octobre dernier, rapporte Marafa Hamidou Yaya, il est reçu par le directeur du Cabinet civil, Belinga Eboutou, au nom du chef de l’Etat, qui souhaite savoir s’il entend se présenter contre lui à cette élection. Il dit avoir été choqué par cette curiosité présidentielle qui le confortait vis-à-vis du président de la République sur les nombreux ragots à son sujet.
Quelque chose s’est brisé entre le chef de l’Etat et son ministre d’Etat : le lien de confiance supposé exister entre le détenteur du pouvoir suprême et son « fidèle serviteur » depuis plus de 15 ans. N’en pouvant plus de cette atmosphère délétère où des notes de renseignement plus ou moins sérieuses les disputent aux « ragots » de courtisans et même de « neveu du président » (député Mvondo Assam), Marafa Hamidou Yaya redit au chef de l’Etat sa volonté « non négociable » de ne plus faire partie du gouvernement post élection présidentielle 2012.
Sans vouloir prendre pour argent comptant les propos de Marafa Hamidou Yaya, qui peut être pris à défaut à tout moment par le président de la République, il faut se rendre à l’évidence que ce nouveau prisonnier de l’opération Epervier est bien encombrant. Son brûlot ouvre un embarrassant feuilleton qui ne fait que commencer et qui promet en rebondissements.
Quand on lit entre les lignes, l’ancien secrétaire général de la présidence de la République et ancien ministre d’Etat chargé de l’Administration territoriale, depuis le bagne, se montre combatif et capable d’aller encore plus loin. De toutes les façons, ce fringant pétrochimiste de 61ans, diplômé de l’université du Kansas (États-Unis) en sait des choses…

Jean-Bruno Tagne | 3 Mai 2012 | Blog JBT | 

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