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Garga Haman Adji: « Je ne serai pleinement utile au gouvernement que si j’en suis Premier ministre »

Posted by Admin on Jan 18th, 2010 and filed under Featured. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0. Both comments and pings are currently closed.

Par lemessager | Lundi 18 janvier 2010 | Le Messager

Pourquoi  acceptez-vous encore de parler au Messager ?

D’abord merci pour cette invitation. En vĂ©ritĂ© je considĂšre Le Messager comme mon journal, non pas que j’en sois actionnaire, mais un adepte. Comme le disait le DP M. NjawĂ©, la proximitĂ© que j’ai en 1992 avec Le Messager avait conduit Ă  ce que les adresses de toutes les agences de presse du monde me furent communiquĂ©es par monsieur Pius NjawĂ©, sans d’ailleurs qu’il sache ce que je voulais en faire. C’était pour que le jour de ma dĂ©mission du Gouvernement, je puisse transmettre le communiquĂ© annonçant cet Ă©vĂšnement Ă  toutes ces agences de presse ; ceci pour garder le secret et Ă©viter d’ĂȘtre court-circuitĂ© par un remaniement ministĂ©riel de complaisance, juste pour annihiler l’effet de ma dĂ©cision de dĂ©missionner. Inutile de dire combien j’ai Ă©tĂ© heureux d’avoir rĂ©ussi le coup de surprendre tout le monde, y compris les services secrets. En fait c’était ma maniĂšre de dĂ©noncer haut et fort l’annihilation de mes initiatives et l’étouffement de mes actions de lutte contre la corruption. Ayant par le passĂ© occupĂ© les fonctions de secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral du ministĂšre de la Fonction publique et d’inspecteur d’Etat, le ministĂšre de la Fonction publique et du ContrĂŽle de l’Etat me convenait Ă  merveille. C’est comme si on l’avait  expressĂ©ment façonnĂ© pour moi. J’avais en effet dĂ©jĂ  acquis une bonne expĂ©rience dans l’un et l’autre volet de ce dĂ©partement ministĂ©riel. Je m’étais donc aussitĂŽt lancé  pour donner satisfaction Ă  celui qui m’y avait nommĂ©. Car, je ne sais pas ĂȘtre ingrat. Je lui avais d’ailleurs affirmĂ© que je resterais Ă  son Ă©coute et Ă  sa disposition Ă  n’importe quel moment de la journĂ©e. Je m’engageais ainsi Ă  servir le Cameroun certes, mais dans l’intĂ©rĂȘt bien compris de celui qui le dirige. Je voulais son succĂšs et j’y tenais,  car on se connaissait bien avant qu’il m’ait nommĂ© ministre. Ma maniĂšre de le remercier Ă©tait de lui enlever toutes les Ă©pines qui pouvaient lui coller aux pieds. Malheureusement, les cancans,  l’ont emportĂ© et sur moi et sur lui. On lui a dit que dans ma rĂ©pression de la corruption, je ne poursuis que les BĂ©tis. Or, je ne poursuivais pas les BĂ©tis en tant que ressortissants d’une ethnie. Je poursuivais et condamnais toute personne qui, dans sa gestion, avait confondu la fortune publique avec une propriĂ©tĂ© personnelle ou familiale. J’agissais ainsi collĂ©gialement avec tous les autres membres du Conseil de discipline budgĂ©taire et comptable sur la base des rapports de missions de contrĂŽle dressĂ©s par les inspecteurs d’Etat, tous assermentĂ©s, et des Ă©clairages complĂ©mentaires du rapporteur du CDBC. Des preuves accablantes y Ă©taient matĂ©riellement assorties de documents signĂ©s, de chĂšques endossĂ©s (parfois mĂȘme par les membres de la famille du gestionnaire incriminĂ©), des travaux facturĂ©s mais non rĂ©alisĂ©s, de relevĂ©s bancaires faisant ressortir des virements de compte Ă  compte, y compris Ă  l’étranger, de rĂšglements de factures de tiers, etc., toutes preuves rĂ©coltĂ©es en toute indĂ©pendance et sous leur responsabilitĂ© par les inspecteurs d’Etat au cours de leurs missions de contrĂŽle dans les administrations et les entreprises publiques.  Il n’y avait rien Ă  redire. Et moi-mĂȘme j’accomplissais  honnĂȘtement mon travail pour le bien du pays, mais aussi pour le prĂ©sident Biya. Je savais qu’au dĂ©part il me comprenait et apprĂ©ciait sincĂšrement mon action. C’est par la suite qu’il avait Ă©tĂ© empĂȘchĂ© de me comprendre et de me soutenir. Heureusement, , c’est 16 ans aprĂšs ma dĂ©mission qu’il a de nouveau compris que je ne lui racontais pas des histoires. Malheureusement beaucoup (42) de ceux qui sont en train d’ĂȘtre arrĂȘtĂ©s ou qui le seront plus tard Ă©taient dĂ©jĂ  dans mes listes en 1990/1992. L’un de ceux-lĂ  n’avait pu Ă©chapper   que parce qu’il n’est pas permis de traduire un ministre en fonction au conseil de discipline budgĂ©taire et comptable. Celui-ci n’était pas ministre mais en avait  le rang et les prĂ©rogatives. Je m’en Ă©tais rĂ©fĂ©rĂ© au prĂ©sident Biya pour suite Ă  donner Ă  ce dossier dĂ©licat. Il m’avait alors instruit de ne pas traduire le responsable en question au CDBC. Il m’avait demandĂ© d’attendre jusqu’à ce qu’il le nomme DG d’une entreprise publique avant de le prendre. Mais cela avait pris tellement de temps qu’entre temps j’avais dĂ©missionnĂ© de mes fonctions ministĂ©rielles. Finalement le prĂ©sident a tenu parole. Mais sa nomination comme DG d’une entreprise a permis d’y dĂ©rober plus de cinquante milliards de francs. Ce qui finalement lui a valu d’ĂȘtre enfin arrĂȘtĂ© et emprisonnĂ© Ă  plusieurs dĂ©cennies. Ce retard a lourdement Ă©tĂ© prĂ©judiciable Ă  la fortune publique tout autant qu’il a conduit Ă  aggraver la durĂ©e de sa peine. Ce cas explique largement que si j’avais Ă©tĂ© Ă©coutĂ©, notre Etat et nos entreprises publiques n’auraient pas Ă©tĂ© dĂ©lestĂ©s de tant de milliers de milliards de francs. Je suis persuadĂ© que tous ceux que j’avais dans mes filets auraient Ă©tĂ© mis hors d’état de nuire bien avant 1994. Car je travaillais le plus consciencieusement et le plus patriotiquement du monde. Je consacrais tout mon temps Ă  mon travail pour assainir la gestion financiĂšre du secteur public. Je dois enfin signaler que Le ContrĂŽle supĂ©rieur de l’Etat fut paradoxalement retirĂ© des compĂ©tences de mon dĂ©partement ministĂ©riel Ă  cause, entre autres,  de la traduction d’un DG BĂ©ti qui avait soustrait plus d’un milliard de francs des comptes et des caisses de l’entreprise publique qu’il Ă©tait censĂ© diriger.  Sachant qu’il Ă©tait traquĂ© et qu’il ne pouvait pas s’en sortir, il se trouva un membre complaisant du conseil de discipline pour se rendre auprĂšs de certains collaborateurs du chef de l’Etat et dĂ©fendre la thĂšse selon laquelle le ministre Garga poursuivait que les BĂ©tis. In fine, c’est Ă  cause de ce monsieur qui n’est pas encore arrĂȘtĂ© mais qui le sera j’en suis sĂ»r, que mon dĂ©partement ministĂ©riel fut amputĂ© du ContrĂŽle de l’Etat. Ce qui provoqua ma dĂ©mission du Gouvernement. Je m’en suis allĂ© tranquillement et je ne regrette pas d’avoir agi ainsi. Car, Ă  mon entendement, il n’est pas possible de continuer de travailler alors qu’on a cessĂ© de bĂ©nĂ©ficier de la totalitĂ© de la confiance dont Ă©tait initialement dĂ©positaire. Agir dans le sens contraire serait faire preuve de malhonnĂȘtetĂ© et de fourberie. Ce qui Ă©quivaudrait Ă  travailler pour son intĂ©rĂȘt Ă©goĂŻste tout en se moquant en sourdine de son patron. Or, je n’ai jamais voulu considĂ©rer ma personne comme un personnage qui ne poursuivrait que ses seuls intĂ©rĂȘts personnels. Je dois servir mon pays en me rangeant toujours du cĂŽtĂ© de l’intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral et non en engraissant ma modeste personne. Un proverbe Peul dit que  ; j’y crois fermement. Cela explique pourquoi 17 ans aprĂšs ma dĂ©mission, je reste lucide, respectable et respectĂ©. Tout simplement parce que je sais gĂ©rer mes affaires. Ainsi, les maisons de rente que j’avais construites sur crĂ©dits BCD, SCB et BICIC entiĂšrement remboursĂ©s sont-elles successivement revendues pour me permettre de continuer Ă  vivre dĂ©cemment. Il faut savoir investir en pĂ©riode de vaches grasses et dĂ©sinvestir en celle de vaches maigres. Il faut surtout savoir gĂ©rer sa vie avec les moyens du moment. Un ancien Premier ministre du Canada conseille qu’il ne faut jamais  ĂȘtre au-dessus de ce qu’on est, mais jamais non plus en-dessous de ce qu’on est. Il faut rester Ă  son niveau et je crois que je fais tout pour rester Ă  mon niveau. On me retrouve  parfois au palais de l’UnitĂ©. Je me sens Ă  l’aise aussi bien dans les  qu’au palais de l’UnitĂ©. C’est ce qui justifie que beaucoup de Camerounais de diffĂ©rentes couches sociales aient de la sympathie pour moi.

C’est donc parce qu’on vous a retirĂ© le ContrĂŽle supĂ©rieur de l’Etat que vous avez dĂ©missionnĂ© ?

Je viens de vous dire que c’est plutĂŽt parce qu’on m’a partiellement retirĂ© la confiance. Cette situation m’interpelait Ă  rĂ©soudre beaucoup d’équations. Certes mon passage au ministĂšre de la Fonction publique et du ContrĂŽle de l‘Etat avait Ă©tĂ© une occasion pour moi de rĂ©vĂ©ler aux fonctionnaires et au public camerounais mes aptitudes politiques et ma capacitĂ© de gĂ©rer des structures et des hommes. Mais je reste convaincu que la valeur d’un ministre ne se mesure pas Ă  la dimension du ministĂšre qu’il dirige. A mon sens, c’est plutĂŽt le ministre qui donne de la valeur Ă  son  dĂ©partement et non l’inverse. Si la Fonction publique et le ContrĂŽle de l’Etat faisaient beaucoup  en bien Ă  l’époque, je crois sans me vanter que c’était dĂ» Ă  mes initiatives et mon action que d’aucuns jugeaient positives. La Fonction publique existe toujours ; le ContrĂŽle de l’Etat aussi. Mais il est parfois arrivĂ© qu’on ne savait mĂȘme pas qui Ă©tait ministre chargĂ© de l’une ou de l’autre de ces structures. Pour dire vrai ce n’est qu’avec les ministres qui en ce moment gĂšrent ces ministĂšres que je me suis quelque peu senti remplacĂ© depuis 1992. Les autres qui s’y Ă©taient succĂ©dĂ©s Ă©taient venus faire du cinĂ©ma ou du cirque. Ils m’ont semblĂ© ne comprendre rien Ă  rien. Et malheureusement ceux-lĂ  n’ont pas encore compris le SIGIPES que j’avais mis en place. Et qui devait empĂȘcher de dĂ©tourner les salaires des fonctionnaires ou d’entretenir des fonctionnaires ou des salaires fantĂŽmes. Il devait rationnaliser et faciliter la gestion des carriĂšres et permettre Ă  tous les agents publics, civils ou militaires, atteints par la limite d’ñge de percevoir leurs pensions dĂšs le mois de leur mise Ă  la retraite sans constituer le moindre dossier. Le SIGIPES avait prĂ©vu tous ces cas de figure pour que l’administration soit nettoyĂ©e de tous ces problĂšmes dont elle est aujourd’hui encore maquillĂ©e. N’ayant pu saisir le contour et le contenu du SIGIPES, ils l’ont transformĂ© en une sorte de programme informatique pour dresser des listings ou confondre les organigrammes des ministĂšres Ă  des postes de travail. Du reste, le SIGIPES signifie . C’est donc avant tout un systĂšme intĂ©grĂ©, c’est-Ă -dire quelque chose qui couvre tout, Ă  l’image d’une toile d’araignĂ©e et qui est mis en rĂ©seaux. Cela veut aussi dire que ce qui se passe Ă  la Justice, Ă  la SantĂ© ou aux Eaux et ForĂȘts par exemple, est gĂ©rĂ© suivant une mĂȘme logique et de la mĂȘme maniĂšre avec des clĂ©s d’accĂšs diffĂ©rentes selon la spĂ©cificitĂ© et le niveau de responsabilitĂ© des utilisateurs. Le SIGIPES que j’ai mis sur pied est malheureusement dĂ©figurĂ©, travesti mĂȘme. C’est bien dommage que cet instrument extrĂȘmement prĂ©cieux et ultramoderne ait Ă©tĂ© incompris, travesti et perdu toute sa valeur informatique.

A vous entendre parler, vous avez dĂ©jĂ  eu Ă  rencontrer M. Biya. A Ă©couter ce qu’on dit de lui, il n’est pas trĂšs accessible. Comment procĂ©diez-vous pour le rencontrer ?

Moi non plus je ne le rencontrais pas tous les jours. Je n’étais pas le directeur du Cabinet civil, ni encore moins le secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral. Mais  il faut aussi garder Ă  l’esprit que je gĂ©rais un dĂ©partement sensible. En fait je recourais Ă  deux mĂ©thodes. S’il me reçoit, je lui dis ce que j’ai Ă  lui dire. Ou bien je lui envoyais de notes succinctes qu’il se plaisait d’ailleurs Ă  lire. Il n’a jamais rejetĂ© mes notes. En fait, il avait aussi de l’estime pour moi. Je suppose qu’il doit encore en avoir aujourd’hui. Bien avant qu’il me nomme ministre, on se connaissait. Quand j’étais Ă  la SĂ»retĂ© nationale et aux Finances, il Ă©tait secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de la prĂ©sidence. Quand j’étais secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de la Fonction publique, il occupait les mĂȘmes fonctions. En guise d’illustration de sa position Ă  l’égard de ma modeste personne, je vais vous raconter une anecdote. C’était un samedi 19 Mai 1973. Je devais me rendre en mission officielle au Maroc pour signer au nom du Cameroun et pour le compte du CAFRAD une convention avec le PNUD. A 13 heures, juste Ă  la fermeture des bureaux, le directeur du protocole de l’époque, M. Happi Gabriel (paix Ă  son Ăąme), me remet le dossier contenant . Il s’agit en langage simple d’un document signĂ© seulement par le prĂ©sident de la RĂ©publique et qui accrĂ©dite et habilite le porteur Ă  signer un accord ou une convention en son nom faute de quoi la signature du porteur est nulle et non avenue. Or, je devais impĂ©rativement voyager le lendemain 20 mai 1973 pour ĂȘtre prĂ©sent Ă  la cĂ©rĂ©monie de signature irrĂ©vocablement programmĂ©e pour le 21 Mai Ă  10h. Comment puis-je parvenir Ă  faire signer ce document par le prĂ©sident Ahidjo ? Je me suis souvenu que les samedis aprĂšs-midi le secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de la prĂ©sidence, M. BIYA, se rend immanquablement  au terrain de golf. Ce serait indĂ©cent que j’y aille l’enquiquiner. A 19h30 je me rends  chez lui, Ă  son domicile. Il me reçoit immĂ©diatement et m’écoute. Je lui explique la situation et il me rĂ©pondit, contrariĂ© mais souriant  . Il monte dans ses appartements, sans doute pour tĂ©lĂ©phoner au PrĂ©sident Ahidjo. Cinq minutes aprĂšs, il revient et me demande de le suivre au palais. Il Ă©tait au volant de sa DS 23 et moi Ă  celui de ma Coccinelle. Je l’ai suivi jusqu’au palais. Il Ă©tait 20h. ArrivĂ© dans son bureau, il m’y installe et m’y laisse. Il revient avec  signĂ©s et me retrouve contemplant son bureau. Il me fit savoir que normalement le document devrait frappĂ© d’un cachet sec. Mais celui-ci est enfermĂ© dans un coffre-fort au bureau d’à cĂŽtĂ© dont il n’avait pas les clĂ©s. Il se contenta de prendre du cachet humide de son bureau. Il souffle dessus pour l’humidifier davantage et l’appose sur le fameux document. Il me dit de ne pas m’en inquiĂ©ter et me rassura en ces termes  ? Il est difficile d’oublier la disponibilitĂ© et la simplicitĂ© que M. Biya m’avait manifestĂ©es ce soir-lĂ , moi petit (29 ans) secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral d’un ministĂšre qu’il accepte de l’escorter jusqu’au palais et Ă  qui il remet un document nuitamment signĂ© par un chef d’Etat, Ă  l’heure du dĂźner. Evidemment, c’est une preuve de l’entente cordiale qui rĂ©gnait entre le prĂ©sident Ahidjo et son SG/Pr M. Biya. Cette anecdote illustre le type de relations dont il m’honorait. Sinon je ne me serais pas permis d’oser aller le retrouver Ă  son domicile Ă  19h30’. Il faut aussi souligner j’étais assez suivi car aprĂšs tout, j’étais le premier du grand nord Ă  entrer et Ă  sortir diplĂŽmĂ© de l’ENAM et ĂȘtre classĂ© parmi les meilleurs. Excusez le manque de modestie (rires). Car, sous directeur de la SĂ»retĂ© nationale Ă  25 ans, directeur adjoint aux Finances Ă  27 ans et secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral du ministĂšre de la Fonction publique Ă  28 ans, c’est tout le monde qui me lançait des regards admiratifs, sinon mĂȘme laudatifs. Quand j’étais sous directeur, nous Ă©tions seulement trois du Grand nord Ă  avoir atteint ce niveau de responsabilitĂ© Ă  cause de la raretĂ© des cadres administratifs originaires de cette partie du pays. Les deux autres (d’ailleurs plus anciens que moi) Ă©taient Adji Ali Boukar Ă  l’administration pĂ©nitentiaire et Youssoufa Daouda Ă  la Jeunesse. Il faut donc convenir que le chef de l’Etat me connaissait depuis fort longtemps. Je crois mĂȘme savoir qu’à sa nomination au poste de Premier ministre en 1979, c’était moi qu’il avait pressenti pour ĂȘtre son secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral. Mais le prĂ©sident Ahidjo lui prĂ©fĂ©ra mon promotionnaire et ami Abouem Ă  Tchoyi. Et quand il est devenu prĂ©sident de la RĂ©publique, j’étais dans le peloton de tĂȘte de ceux qui le soutenaient aux cĂŽtĂ©s de ses inconditionnels. C’est par exemple avec l’appui du Pr Georges Ngango que je l’avais convaincu de l’opportunitĂ© de faire Ă©clater le Nord en trois provinces, ce qui conduisit par ricochet Ă  crĂ©er la province du Sud. C’est par l’intermĂ©diaire de Samuel Enam Mba que j’avais suggĂ©rĂ© au prĂ©sident de sĂ©parĂ© la fonction de sous-prĂ©fet de celle de maire de la commune rurale, ce qui lui faisait autant de postes Ă  de responsabilitĂ© Ă  attribuer Ă  tous ceux qui attendaient du nouveau prĂ©sident quelques postes de responsabilitĂ©. C’étaient des soutiens politiques concrets. Tout cela a dĂ» contribuer Ă  ce que l’estime qu’il avait pour moi soit maintenue. Et explique pourquoi mes notes Ă©taient lues rapidement et avec bienveillance.  Qu’il soit cependant prĂ©cisĂ© que je n’ai jamais Ă©crit ni Ă  Ahidjo ni Ă  Biya pour demander une quelconque faveur. Et jamais je ne le ferai ! Quand vous travaillez bien, le prĂ©sident finit par le savoir. Je vous donne un autre exemple susceptible de vous Ă©clairer encore davantage. En 1992 lors des Ă©lections lĂ©gislatives, l’UNDP rĂ©gnait en maitre absolu dans le Grand nord. J’ai Ă©crit au prĂ©sident en lui disant que « j’aurais bien voulu lui ramener les 29 dĂ©putĂ©s de l’extrĂȘme-Nord. Je ferai tout pour rĂ©ussir mais Ă  dĂ©faut je lui ramĂšnerai le maximum. Sur les 29, j’ai pu lui ramener 13. C’est moi qui avais confectionnĂ© toutes les listes du DiamarĂ© oĂč j’avais lamentablement Ă©chouĂ©, du Mayo-Danay, du Mayo Tsanaga et du Mayo Sava. CavayĂ© YĂ©guĂ© Djibril compte parmi ceux que j’avais rĂ©ussi Ă  convaincre chez moi, Ă  mon domicile de Makabaye, pour  Ă  ĂȘtre candidat. Je mesure mes mots en disant  parce qu’il Ă©tait trĂšs rĂ©ticent Ă  accepter de partager mes convictions et ma stratĂ©gie. Et ce fut avec lui que nous avions dressĂ© la liste des quatre dĂ©putĂ©s et de leurs supplĂ©ants du Mayo Sava. Tous ont Ă©tĂ© Ă©lus. C’était Ă©galement Ă  moi qu’était revenu le privilĂšge de confectionner, la liste du Mayo Danay non sans difficultĂ©, Ă  cause des dissensions internes qui scindait en deux camps opposĂ©s l’élite de Doukoula dans l’arrondissement de Kar-Hay, et dont l’un des tenants autre que l’actuel prĂ©sident du Conseil Ă©conomique et social. A Kar-Hay comme Ă  KaĂ©lĂ© j’avais Ă©tĂ© contrarié  par deux personnages de l’élite qui refusaient de comprendre que, seul moi, ministre de l’ExtrĂȘme Nord, j’avais les mains libres pour agir et en assumer la responsabilitĂ©. Par contre je n’avais rencontrĂ© ni hostilitĂ© ni incomprĂ©hension dans le Mayo Tsanaga. Je m’étais abstenu d’interfĂ©rer dans les investitures des candidats du Logone et Chari. Je savais qu’ils Ă©taient tous acquis Ă  la cause du RDPC. A cause des Ă©meutes intestines entre les Arabes Choas et les Kotokos, chacun des deux groupes voulait se faire apprĂ©cier du nouveau rĂ©gime. Ma moisson fut nettement meilleure que celle du Nord ou de l’Adamaoua. Bien que Premier ministre pourvu d’énormes moyens financiers, Sadou Hayatou n’avait pu arracher Ă  l’UNDP aucun des 12 siĂšges Ă  pourvoir de la Province. Il en Ă©tait de mĂȘme pour l’Adamaoua oĂč l’UNDP avait facilement emportĂ© la totalitĂ© des 10 siĂšges de dĂ©putĂ©s de la province.  Ainsi, de tout le Grand Nord, j’étais le seul Ă  avoir ramenĂ© 13 dĂ©putĂ©s. C’était insuffisant par rapport Ă  mes objectifs. Mais comparĂ©s Ă  ceux de mes grands frĂšres qui avaient battu campagne dans les deux autres provinces, mes rĂ©sultats n’étaient pas mauvais. Je sais que le prĂ©sident avait apprĂ©ciĂ©. L’ex premiĂšre dame, Jeanne IrĂšne Biya avait laisser entendre que tout le monde faisait comme le ministre Garga, on serait vraiment sauvĂ©s. Tout ceci contribue Ă  montrer jusqu’oĂč j’étais engagĂ©. Cette campagne m’avait coĂ»tĂ© quolibets, hostilitĂ©, dĂ©nonciation calomnieuse, menaces et mĂȘme tentative d’assassinat dans la localitĂ© de Gazawa. Mais m’avait aussi beaucoup appris sur les Hommes et la politique.

Aprùs le coup d’Etat










D’abord en 1984, je n’étais pas encore ministre, mais inspecteur d’Etat et directeur adjoint des inspections et de la rĂ©forme. En 1984, suite au coup d’Etat avortĂ© du 6 avril, c’était aussi tragique qu’amusant. Une grande chasse non pas aux baleines mais aux nordistes avait Ă©tĂ© organisĂ©e. On tirait sur eux comme sur des lapins,   pour des objectifs diffĂ©rents et souvent divergents. Il y en a qui les poursuivait pour rĂ©primer la tentative, ce qui Ă©tait tout Ă  fait comprĂ©hensible. Il y en a qui les poursuivait pour arracher les postes qu’ils occupaient (CAMAIR, Office des produits de base, garde rĂ©publicaine, etc
). Il y en a qui les poursuivait pour des  rĂšglements de comptes. AprĂšs 41 jours de privation de libertĂ©, j’appris Ă  ma sortie de prison que je relevais quant Ă  moi de la 2Ăš catĂ©gorie. J’avais en effet Ă©tĂ© mis aux arrĂȘts parce qu’un commissaire divisionnaire qui convoitait le poste de DG du CENER avait appris que le prĂ©sident Biya envisagerait de m’en confier la responsabilitĂ© et que l’enquĂȘte menĂ©e Ă  cet effet m’était plutĂŽt favorable. Sentant venir le risque de voir s’effondrer ses rĂȘves, notre divisionnaire inventa de toute piĂšce une histoire selon laquelle j’étais subversif, donc susceptible d’ĂȘtre mĂȘlĂ© au coup d’Etat. Le montage de cette dĂ©nonciation calomnieuse prit du temps. Ce qui explique que je ne fus convoquĂ© par la commission chargĂ©e d’enquĂȘter sur le coup d’Etat que le 19 mai, soit un mois et treize jours aprĂšs la tentative du coup. J’avais rĂ©ussi Ă  dĂ©montrer que je n’étais nullement mĂȘlĂ© au coup d’Etat, ni de prĂšs ni de loin. Mais sur manigances de celui qui tenait Ă  ĂȘtre mon bourreau je finis par l’ĂȘtre le 6 juillet. J’eus juste le temps d’en alerter le secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral Ă  la prĂ©sidence de la RĂ©publique qui n’était autre que mon ami Abouem. Car et en principe, un inspecteur d’Etat ne peut ĂȘtre arrĂȘtĂ© que sur accord Ă©crit du prĂ©sident de la RĂ©publique. Mais ce n’était certainement pas aux militaires de la SEMIL de s’encombrer de tant de procĂ©dures et de subtilitĂ©s. Je fus donc cueilli sans autre forme de procĂšs. Je fus transfĂ©rĂ© Ă  Kondengui le 31 juillet, juste la veille du procĂšs qui finalement me blanchira et ordonnera ma relaxe pure et simple. Le commissaire du gouvernement (procureur) Valdez n’avait pas daignĂ© obtempĂ©rer Ă  la demande du  standardiste qui avait Ă©tĂ© instrumentalisé  pour soutenir que j’avais conversĂ© en fulfuldĂ© au tĂ©lĂ©phone avec Issa Adoum qui Ă©tait prĂ©sentĂ© comme l’un des cerveaux du putsch. Le commandant Valdez avait haussĂ© les Ă©paules en signe de refus de s’exĂ©cuter. Il a dĂ» se dire qu’au moment oĂč la dĂ©lation contre les nordistes Ă©tait Ă  son apogĂ©e, emprisonner un dĂ©lateur risquerait de dĂ©courager non seulement les dĂ©lateurs mais Ă©galement ceux qui Ă©taient de bonne foi pour dĂ©noncer. Bien relaxĂ©, je resterai encore une semaine en prison. Il fallait attendre la fin du tri entre ceux qui devaient ĂȘtre maintenus et envoyĂ©s en internement administratif et ceux qui devaient ĂȘtre libĂ©rĂ©s et rejoindre leur domicile. De notre cellule oĂč nous Ă©tions au nombre de trois je fus le seul Ă  quitter la prison pour mon domicile. Je laissai Ă  l’un de mes compagnons de misĂšre toute ma
richesse de prisonnier : deux serviettes de toilette, une boĂźte de lait, un morceau de savon,  une somme de 30 000 francs camouflĂ©s dans la mie de pain (rires) qui faisait office de coffre-fort. Mes deux co-celluliers dont Issa Tchiroma  furent conduits Ă  Yoko oĂč ils passeront sept ans d’internement administratif. C’est une malheureuse expĂ©rience qu’il fallait vivre surtout si elle est de trĂšs courte durĂ©e, car elle m’a permis de connaĂźtre l’envers et l’endroit du coup d’Etat.

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