Par souley.onoholio | Jeudi 11 mars 2010 | Le Messager |
Le 27 fĂ©vrier 2010, le peuple bamoun a assistĂ© Ă un Ă©vĂšnement culturel et traditionnel inhabituel dans la cour royale. Bravant les replis identitaires et les prĂ©jugĂ©s qui constituent autant dâobstacles au dialogue culturel et Ă la manifestation de ce que LĂ©opold SĂ©dar Senghor appelait «syncrĂ©tisme culturel», les français Chris et Carole Lemoine ont fermĂ© les yeux au rituel qui entoure la cĂ©lĂ©bration des noces Ă lâeuropĂ©enne, pour se marier aux sons et couleurs africaines. Ils ont choisi le faste de la culture bamoun. Refusant de faire les choses Ă moitiĂ©, le couple a requis le soutien de la reine Neh Chetou (une des Ă©pouses du sultan) et lâĂ©pouse du 1er adjoint au roi des bamoun, respectivement dans le rĂŽle de marraines du mariĂ© et de la mariĂ©e. Fils de notable, Nji Mbouombo Arouna qui a du mal Ă contenir ses Ă©motions, parle dâun Ă©vĂšnement unique jusquâici organisĂ© dans lâenceinte de la cour royale du sultanat bamoun.
«Le phĂ©nomĂšne relĂšve de lâinĂ©dit. Câest pour la toute premiĂšre fois quâon voit le sultan, roi des bamoun, bĂ©nir, mieux encore prĂ©sider avec autant de faste et de solennitĂ© traditionnelles, les festivitĂ©s dâune union entre deux personnes qui ne sont ni de souche, ni de culture bamoun » clame-t-il. Toute la symbolique traditionnelle en pareille circonstance a Ă©tĂ© respectĂ©e ajoute-t-il. Tout a commencĂ© vendredi 26 fĂ©vrier avec la prĂ©sentation de Chris Lemoine Ă sa marraine au palais royal par une dĂ©lĂ©gation de notables. Sâen est suivie lâescale chez la marraine de la femme oĂč, une autre dĂ©lĂ©gation de notables a dĂ©posĂ© ses valises pour prĂ©senter Carole Lemoine qui pour les besoins de la cause a fait spĂ©cialement le voyage de Paris.
AprĂšs les usages habituels constituĂ©s de: la demande en mariage; lâexĂ©cution du cĂ©rĂ©monial, la femme qui est parĂ©e de bijoux, puis dâun port vestimentaire appropriĂ© (le vernis, les pagnes et plusieurs autres bigoudis), le clou de la cĂ©rĂ©monie traditionnelle a eu lieu samedi dans la cour royale sous le regard approbateur admiratif du souverain. Les populations rassemblĂ©es ont Ă©tĂ© tĂ©moins des grands moments de la cĂ©lĂ©bration au rang desquels : le partage de la noix de cola pour consolider les liens de mariage, la symbolique de la dote Ă travers la remise de nombreux cadeaux (les cauris, les pagnes et diverses autres richesses) Ă la famille de la mariĂ©e par son Ă©poux.
En retour, comme le veut la tradition bamoun, les paniers, les mortiers, les pilons, les calebasses et le maĂŻs ont Ă©tĂ© solennellement offerts Ă la mariĂ©e ; comme pour dire que la femme bamoun, en plus dâavoir le regard attentif sur son foyer et sa famille, est entreprenante, travailleuse, courageuse⊠Prenant la parole Ă son tour, Ibrahim Mbombo Njoya, sultan roi des bamoun a bĂ©ni les mariĂ©s et les a invitĂ© Ă une vie empreinte de tolĂ©rance et dâharmonie. «Lâaspect le plus spectaculaire de lâĂ©vĂšnement nuptial procĂšde de la prĂ©sence du souverain lui-mĂȘme de la mobilisation du palais et de ce que le royaume dispose en terme de notabilitĂ©. Le sultan Mbombo Njoya apporte lĂ la preuve que face Ă la mondialisation, la tradition nâest plus fermĂ©e. Beaucoup de choses sont entrain de changer» avoue Njikam Souaibou.
Une histoire dâamour
La genĂšse de la rencontre entre la famille Lemoine et la tradition bamoun ainsi couronnĂ©e par les liens de mariage dure depuis prĂšs de 58 ans avec lâarrivĂ©e au Cameroun du pĂšre de lâheureux Ă©poux. Les visites rĂ©pĂ©tĂ©es de ce dernier au sultanat ont fini par convaincre son fils nĂ© au Cameroun, oĂč il vit depuis une trentaine dâannĂ©es. Par amour pour cette terre dâaccueil qui selon lui est source de stabilitĂ©, par devoir de reconnaissance Ă cette culture qui inspire confiance et fortifie lâhomme, Chris Lemoine a dĂ©cidĂ© de se faire adopter par les traditions bamoun. Dans le poĂšme quâil a rĂ©digĂ© et dĂ©clamĂ© en prĂ©sence du sultan, il a magnifiĂ© et couvert le souverain dâĂ©loges, a exaltĂ© le peuple bamoun ainsi Ă©clairĂ© par le rĂšgne de son roi, Ă aller de lâavant, parce que dâaprĂšs lui, il sâagit lĂ dâune culture qui fait honneur au Cameroun et Ă lâAfrique toute entiĂšre. « A lâadresse du peuple bamoun, le mariĂ© a clairement dit quâil nâest ni noir, ni blanc, mais un ĂȘtre humain Ă la recherche de sa voie et de la vĂ©ritĂ© » explique Nji Mbouombo Arouna. TrĂšs sensible Ă cette dĂ©marche le sultan a trouvĂ© Ă lâimportant poĂšme, un espace de choix dans le musĂ©e du palais royal bamoun.
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